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La perpétuité pour Abraham Bomela, reconnu coupable de son périple meurtrier à La Possession

Ecrit par Gignoux Sébastien – le vendredi 20 février 2026 à 16H50
Photo d'illustration

Reconnu coupable de trois meurtres et sept tentatives, Abraham Bomela, 41 ans, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 25 ans. L’altération du discernement a été retenue.

"Je ne pensais pas en arriver à tuer pour éviter de devenir un pédophile." Jusqu’à sa dernière prise de parole devant la cour d’assises, vendredi 20 février, Abraham Bomela est resté arc-bouté sur son raisonnement aveuglément binaire, occultant totalement le désastre qu’il a causé le 28 octobre 2023 et les multiples victimes laissées sur son chemin.

Après cinq jours d’une audience éprouvante et plus de quatre heures de délibéré, les jurés ont déclaré l’accusé de 41 ans coupable de la plupart des faits reprochés. S'il est acquitté de la tentative d'assassinat sur son cousin, il est bien condamné pour les assassinats de la petite Lorane et de Joé Bréda, ainsi que pour le meurtre de sa mère Edith, requalifié en homicide volontaire sur ascendant alors que les jurés ont écarté la préméditation la concernant. Il est en revanche reconnu coupable des sept autres tentatives d'assassinat, dont celle sur le gendarme du GIGN grièvement blessé lors de l’assaut du Crédit Agricole.

Lire aussi : Retour sur l’itinéraire sanglant d’Abraham Bomela

L’altération retenue

Pour l’ensemble de ces crimes, auxquels s’ajoutent les délits relatifs à la détention d’images pédopornographiques, la cour l’a condamné à la peine de réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 25 ans. Un verdict accueilli sans réaction particulière par l'accusé.

Et si les membres du jury ont retenu l'altération de son discernement au moment des faits, ils ont écarté le bénéfice de l'atténuation de peine "compte tenu de la gravité des faits", a précisé la présidence Doriane Trombi.

Ils ont suivi ainsi en grande partie les réquisitions de l’avocate générale, qui avait réclamé "une peine de mise à l’abri" de réclusion à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 25 ans, possiblement suivie d’une admission en établissement de sûreté. Ce dernier point n'a toutefois pas été retenu par les jurés.

Son comportement, "symptômes de sa maladie"

Pour la défense d’Abraham Bomela, Me Judith Baumont avait mis en garde les jurés contre la tentation d’éluder la composante psychiatrique de ce dossier "hors normes". "Je ne dis pas que ce n’est pas de sa faute. Mais il y a une expertise qui démontre qu’il est atteint de psychose paranoïaque, qu’il vivait constamment avec ses démons et tout ce procès a montré que cette maladie fait partie de lui", appuie l’avocate.

"Sa capacité à assumer les faits, son absence de regrets, le fait qu’il ne se trouve pas lui-même malade… Ce n’est pas de la provocation, mais les symptômes même de sa maladie", illustre Me Baumont.

L’altération "pas par clémence mais par justice"

S’adressant toujours aux jurés, elle leur demandait donc de prendre en compte "la personnalité complexe" de l’accusé. "Ne pas tenir compte de l’altération de son discernement, c’est nier les faits" a-t-elle encore insisté, les invitant à retenir ce paramètre "non pas par clémence, mais par justice". Mais aussi pour entretenir l’espoir "qu’il suive un traitement, que ça aille mieux pour lui et la société."

Mais les jurés avaient aussi gardé en mémoire l’intervention de l’avocat du gendarme du GIGN plus tôt ce matin sur "l’intention et la volonté persistantes de tuer" démontrées par Abraham Bomela.

"Qui prendra le pari ?"

"Qui est prêt aujourd’hui à prendre le pari qu’il ne récidivera pas ?", demandait Me Louis Cailliez aux jurés. "Mon client était OK pour sacrifier sa jambe pour qu’il soit remis vivant à la justice, mais pas pour qu’il recommence", ajoutait-il.

Le 28 octobre 2023 à La Possession, vers 6h30, Abraham Bomela laissait éclater sa "colère" de voir à nouveau sa mère Edith garder à son domicile du 65 chemin Bœuf Mort sa petite nièce Lorane, 5 ans. Pour s’empêcher, dira-t-il, de succomber à "une tentation pédophile", il tuait la petite fille, puis sa mère de 69 ans qui tentait de s’interposer. Après avoir croisé son cousin qui tentait d’intervenir, Abraham Bomela embarquait dans sa Twingo blanche avec la volonté "de tuer un maximum de gens" en compensation "de tout ce qu’(il) avait perdu."

Lire aussi : "J’ai voulu tuer tout le monde mais je n’ai pas réussi", les aveux réitérés d'Abraham Bomela

Sans regrets

Il fauchait alors volontairement un joggeur et un scootériste devant le lotissement Horizon Bleu, puis deux hommes sur le parking du supermarché Leclerc, ainsi qu’un motard sur le rond-point voisin.

Abandonnant sa voiture accidentée, il s’engouffrait alors dans l’agence du Crédit Agricole, où, "sans pitié" ni justification autre que son "envie de tuer", il assénait plusieurs coups de couteau mortels à Joé Bréda, un agent d’entretien de 54 ans.

Son périple meurtrier s’achevait deux heures plus tard avec l’intervention du GIGN, au cours de laquelle il s’en prenait violemment à un militaire avant d’être maîtrisé. Un déchainement de violences qui a bouleversé La Réunion et traumatisé durablement les survivants de cette terrible journée, comme les proches des victimes décédées pour lesquelles il n'aura pas exprimé le moindre regret.

Abraham Bomela a dix jours pour faire appel de sa condamnation.

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