La continuité territoriale à sens unique : Le désespoir des Réunionnais de métropole

Emilie est une mère de famille de 40 ans vivant dans la région toulousaine. Ayant quitté la Réunion il y a 21 ans et alors qu'on ne parlait pas encore de "mobilité", elle défend aujourd'hui un droit à l'égalité devant l'aide attribuée aux ultra-marins. Sa mère, mourante il y a quelques mois, a fini par fermer les yeux en octobre. Pour regagner précipitamment la Réunion, elle a dû contracter un emprunt de plus de 3.000 euros.
"Ma mère était grièvement malade. J'ai dû me débrouiller toute seule. Rejoindre quelqu'un dans un état grave, c'est complètement différent de la mobilité normale. Il y a un caractère urgent et important à cela", explique-t-elle. Et pourtant, aucune aide institutionnelle ne viendra l'accompagner dans cette urgence.
De la Région à LADOM en passant par le service social du Conseil général, personne ne répondra favorablement à la réunionnaise expatriée. Renseignements pris par nos soins, le service dédié à l'aide sociale du Département nous renverra effectivement vers la collectivité municipale, voire le CCAS de la mairie métropolitaine de la réunionnaise. La première approche d'Emilie avec les services du Conseil général de la Réunion laisse pantois. "L'agent du département a répondu : "Nous ne pouvons rien faire pour les ressortissants réunionnais...", se souvient-elle. Le terme de "ressortissant" employé prêterait à sourire si seulement la situation n'était pas urgente…
"Je me suis alors tournée vers une parlementaire : Jacqueline Farreyrol, qui affichait fièrement sur sa page officielle d'un réseau social "la charte des ultra-marins"". J'ai contacté madame Farreyrol une semaine avant la mort de ma mère. La réponse, en guise de retour à l'envoyeur, viendra malheureusement trop tard et restera évasive. "Dommage, témoigne Emilie, elle avait l'occasion d'agir et de prouver que nos élus peuvent intervenir". Peine perdue. Du côté des services à la mobilité régionale et aussi au Conseil général, les conversations se finissent immanquablement par une redirection pure et simple vers la mairie à laquelle est rattachée la réunionnaise, côté métropole bien sûr.
Un cas extrême qui aurait mérité une priorisation
"Je ne demande pas la prise en charge financière de l'intégralité de mon billet pour regagner temporairement la Réunion mais au moins une participation", réagit-elle. Un point de vue exacerbé par la connaissance d'une aide substantielle de 360 euros de la part de LADOM pour tout résidant réunionnais partant vers la métropole, et avec des conditions plus ou moins restrictives. "Mon cas, comme celui de beaucoup d'autres personnes dans ce cas, est extrême. Je ne vais pas à la Réunion par plaisir. Ma question est la suivante : est-on Réunionnais lorsque l'on vit en métropole ?".
Sur ce volet, Yolaine Costes, 8ème vice-présidente déléguée à la continuité territoriale et à la mobilité et membre du conseil d'administration de LADOM, coupe court à toute interprétation. D'ailleurs, concernant la continuité, l'élue rappelle qu'il s'agit d'une responsabilité de l'Etat que d'assurer cette fameuse continuité et cela "même si les élus du Conseil régional et moi-même sommes sensibles à ce cas comme à tous les autres d'accompagnement en fin de vie".
Que disent les textes ? "C'est la loi qui régit le dispositif de continuité territoriale. La loi est claire : ne sont concernés que les résidents des DOM vers la métropole. Une aide qui se fait évidemment en aller/retour mais le point de départ reste le même. Il doit s'effectuer du sol réunionnais". Yolaine Costes grossit le trait pour argumenter. "Comment décider demain d'attribuer une aide à la mobilité à une personne "réunionnaise" ou ayant vécu à la Réunion ? Qui est Réunionnais ? Qui ne l'est pas ? Quels critères peuvent être choisis ? C'est insoluble et pour le coût deviendrait discriminatoire". Au comptoir de LADOM, on nous confirmera que seul le rattachement à un foyer fiscal à la Réunion reste le sésame du futur bénéficiaire. Selon l'élue régionale, la continuité territoriale a été mise en place dans un principe d'ouverture des résidents des DOM vers la métropole et non l'inverse. Un principe intangible depuis son application.
5.000 aides financières chaque mois
Devant ces réponses, la Réunionnaise qui nous expose son cas précise qu'un dispositif d'aide devrait être mis en place, surtout lors des périodes rouge qui font monter les billets d'avion à des prix peu raisonnables. "Pour toutes ces démarches, des personnes dans mon cas devraient être prioritaires. Au lieu de ça, je m'aperçois que des billets Réunion/métropole sont attribués sans vérification de leur usage, pour des bat' carré. En fait, on est ultra-marin que si on vit à la Réunion. J'étais prête à prouver l'état de santé de ma mère. Un certificat médical du service oncologique (spécialisé dans le traitement des tumeurs) à la main", dit-elle résignée.
Aujourd'hui, le dispositif tel qu'il existe prévoit deux cas de figure. Un premier se fait sous conditions de ressources. Le second n'en demande pas. Il s'agit des cas comme un deuil, un rapatriement sanitaire ou encore l'accompagnement d'un parent qui va aider un enfant à l'installation. L'aide maximale est de 360 euros. Mais toujours dans le même sens Réunion/métropole, précise une nouvelle fois Yolaine Costes. "Aider financièrement une personne lors d'un décès c'est bien, surtout lorsqu'il est brutal. Mais pourquoi ne le fait-on pas lorsque la personne est encore vivante. Finalement, l'accompagnement est tout aussi important. La personne est encore là. Les jours sont comptés. Elle a besoin de proches autour d'elle", conclut la réunionnaise.
A ce jour, LADOM traite environ 5.000 aides financières chaque mois.



