Jacquet Hoarau : "Je suis dans une volonté d'apaisement avec les élus de Saint-Joseph"

Voilà 5 mois que vous avez pris la présidence de la CASUD, où vous avez succédé à André Thien Ah Koon. Comment se sont passés ces premiers mois ?
Très bien. Il faut dire que j’ai fait partie des élus à l’origine de l’intercommunalité à La Réunion. J’avais fait partie en 1987 des fondateurs du GIS (Groupement d’Intérêt du Sud) et j’ai été de toutes les Intercos depuis cette date soit en tant que membre, soit vice-président. C’est donc un domaine que je connais bien.
Et en ce qui concerne la CASUD plus particulièrement, je connaissais déjà bien l’institution de l’intérieur et les dossiers en cours puisque j’en étais le vice-président.
La CASUD a surtout fait la Une de l’actualité au cours des dernières années au sujet des conflits avec les élus de Saint-Joseph. Quelle va être votre attitude dans ce dossier ?
Je regrette cette situation. Je ne porte pas de jugement sur ce qui a été fait mais je suis très clairement dans une volonté d’apaisement avec les élus de Saint-Joseph, tout en conservant de bonnes relations avec ceux de Saint-Philippe et de l’Entre-Deux, et bien entendu avec ceux du Tampon.
Depuis mon élection, j’ai rencontré chaque maire en mettant en avant la nécessité pour nous de nous entendre, dans l’intérêt de nos populations.
Chacun garde ses opinions et ses convictions, mais nous devons trouver un dénominateur commun pour faire avancer nos projets.
Mon message a été entendu et les relations se sont apaisées. On peut dorénavant travailler dans la sérénité.
La Réunion connaît de nombreux embouteillages et de problèmes de circulation. La CASUD possède la compétence transport sur son territoire, où en êtes-vous ?
Nous sommes fiers du travail accompli et des projets impulsés par la précédente mandature, que nous poursuivons.
La plus grande gare routière de l’île se trouve au Tampon, à la Chatoire, et a été inaugurée il y a un an pour mieux desservir notre population et notamment les étudiants. Aujourd’hui, il existe une gare routière sur chaque commune membre et nous avons prévu la construction de deux gares routières supplémentaires, l’une à la Plaine des Cafres, l’autre à Vincendo.
De plus, nous avons mis en place deux applications mobiles, Zenbus et M’Tickets, qui permettent pour la première d’avoir en temps réel le trajet des bus et pour la seconde, l’achat en ligne des tickets. La population s’approprie pleinement ces outils.
Mais nous n’oublions par les enjeux environnementaux auxquels nous devons répondre : nous développons les déplacements en bus pour éviter les trajets en voiture (plus polluants) et faisons en sorte de connecter ces réseaux avec les vélos électriques.
J’ai cependant cru comprendre que vous prévoyez de renoncer à la gratuité des transports pourtant annoncée par votre prédécesseur en 2023. Que dites-vous à l’opposition qui vous accuse de ne pas tenir vos engagements ?
Nous souhaitons continuer à développer les transports en commun. C’est une de nos priorités.
Un sondage a été effectué duquel il ressort que la principale préoccupation des usagers n’est pas la gratuité mais la régularité et la qualité des bus.
C’est ce à quoi nous allons nous atteler en premier, mais sans abandonner l’objectif de la gratuité totale à terme.
Pour répondre aux attentes des usagers, nous souhaitons offrir des prestations et un confort de qualité, en toute sécurité.
C’est pourquoi nous allons renouveler la moitié de la flotte de bus avec des véhicules neufs dès juillet 2025. Et pour les autres, veiller à ce qu’ils soient en bon état.
En ce qui concerne la régularité, nous ferons un gros effort dans ce sens car des bus en retard sont un frein à une fréquentation plus importante, comme nous le souhaitons.
Mais pour en revenir à votre question sur la gratuité totale, je réaffirme que ça reste notre objectif. Mais quand André Thien Ah Koon avait fait cette proposition, l’économie de la France ne se trouvait pas dans l’état où elle est aujourd’hui. Elle semblait saine, et la CASUD ne semblait pas devoir être impactée, et le gouvernement n’avait pas pris des mesures à l’encontre des collectivités.
Entre-temps, il a décidé de mettre en place un plan d’austérité en diminuant les subventions aux collectivités et en leur transférant des charges sans contreparties financières.
Il ne serait pas sage d’aller tout de suite vers une gratuité totale. C’est pour ces raisons que nous avons décidé de différer cette mesure.
Par contre, nous avons décidé d’instaurer une gratuité totale les week-ends pour permettre à la population de prendre plus facilement le bus. Le samedi pour aller faire des courses, et le dimanche pour sortir en famille.
Je rappelle en outre que la gratuité totale existe déjà pour les plus de 65 ans, pour les moins de 3 ans, pour les étudiants et pour les personnes en situation de handicap.
De même, les transports en commun sont gratuits lors d’événements phares comme la Fête du Choca, du Vacoa, du Safran, Miel Vert et les Florilèges.
Enfin, la tarification actuelle de la CASUD figure parmi les plus basses de l’île, ce dont nous sommes particulièrement fiers.
La lutte contre le réchauffement climatique ne concerne pas que les bus...
Effectivement. C’est pourquoi nous avons déjà 108 vélos en service et 250 supplémentaires vont très bientôt être mis en location longue durée pour 6 mois.
Et nous sommes en train de réfléchir à une liaison supplémentaire entre Saint-Pierre et le Tampon. Une étude a été faite. Il apparait que le téléphérique auquel nous avions pensé dans un premier temps n’est peut-être pas la formule idéale. Nous nous orienterions plutôt vers la transformation de la voie cannière en TCSP (transport en commun en site propre) avec une utilisation partagée entre des bus propres et les agriculteurs.
A certaines heures, nous sommes véritablement en coma circulatoire. Il devient urgent de trouver des solutions.
Il semblerait que le prochain Conseil communautaire se prononcera également sur une augmentation de la redevance sur l’eau. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
En tant que président de la CASUD, mon objectif est d’éviter que tout augmente car j’ai bien conscience des difficultés des ménages du fait d’une inflation qui mange leur pouvoir d’achat.
La tâche n’est pas simple.
Pour maintenir le pouvoir d’achat des familles, et ne pas avoir d’augmentation importante, nous faisons tout pour maîtriser les budgets.
Mais, en dépit de nos efforts, la nouvelle loi de finances du gouvernement a changé les règles de prélèvement des taxes sur l’eau, ce qui nous oblige mécaniquement à avoir une augmentation d’une vingtaine d’euros par an.
Nous la répercuterons à notre corps défendant. Mais nous avons affaire à un gouvernement qui augmente tout et nous sommes obligés de répercuter.
Comment envisagez-vous les 16 mois qui nous séparent des prochaines échéances électorales ?
Il y avait déjà des dossiers en cours qui avaient été initiés par l’ancien président quand je suis arrivé à la présidence et mon objectif est de les mener à terme. On peut désormais le faire car l’apaisement est revenu entre les quatre communes.
Mais en supplément, je travaille pour qu’en 2025, l’errance animale et le bien-être animal fassent partie de nos grandes préoccupations.
Par ailleurs, il nous reste quelques gros dossiers à traiter et à améliorer, comme le traitement des déchets et l’enlèvement des ordures. Nous le faisons en collaboration avec ILEVA et nous attendons avec impatience l’usine de revalorisation énergétique.
Bien évidemment, nous soutenons fortement l’aéroport de Pierrefonds. Le nouveau président est en train de restructurer la gouvernance et nous faisons tout pour que les avions puissent redécoller et redonner confiance au personnel en l’avenir.


