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Ils disent stop à « la dictature » d’un président de temple tamoule

?Ils brisent le silence qui prévaut habituellement dans chacune des communautés religieuses. Des fidèles d’un temple tamoule de l'ouest veulent en finir avec la "dictature" d’un président. Ce dernier leur attribue volontiers le titre de "perturbateurs".

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 24 décembre 2021 à 05H00

Remontés comme jamais. Des fidèles sortent du silence. La goutte qui a fait déborder le vase a eu lieu dimanche dernier à Trois Bassins. 

Ce jour-là, Vishwanaden se rend au temple pour assister à une marche sur le feu. À peine a t-il le temps de prendre place qu’un prêtre l’interpelle. « Il a crié fort mon prénom et a dit : « a ou dehors ! li veut mette à mwin dehors saint Paul ma mette a li dehors avant »« , rapporte le jeune fidèle âgé de 22 ans. 

Offusqué, puisque ce temple est aussi le lieu où ses grands-parents ont pratiqué leur foi, il tourne les talons. Il raconte son aventure sur les réseaux sociaux et son récit trouve un écho parmi certains fidèles plus âgés. 

C’est le cas chez Sami Araye. Lui aussi vient ajouter son expérience à la mésaventure vécue par son cadet. Au final, ils sont une poignée, du moins ceux qui sont prêts à s’afficher, à se plaindre des méthodes supposées du président du temple de Saint-Paul, centre ville. Ce président officie aussi en tant que poussari, c’est-à-dire un prêtre tamoule, dans d’autres temples comme celui de Trois Bassins. 

A les écouter, ce président a le don de faire la pluie et le beau temps là où les fidèles demandent simplement à ce que leur temple soit ouvert à tous, sans distinction. 

« L’heure est arrivée pour dire stop à ce genre de personnages qui créent un climat de terreur dans les temples depuis des années, avec parfois des humiliations adressées à des fidèles dans le micro », entame sans détour Sami Araye. « Ce président a une attitude en contradiction avec les textes sacrés », ajoute-t-il. 

Les fidèles mécontents retracent tour à tour des petites mésaventures qui leur sont arrivées ici et là, sur une période parfois lointaine qui peut même remonter à 2009 pour certains, mais sans que l’attitude supposée autoritariste de ce président ne soit contestée ouvertement jusque-là. Mais, à les entendre, l’heure de cesser de courber l’échine est arrivée.  

« On veut sanctionner son comportement. Il faut mettre de l’ordre »

Si Vishwanaden dit avoir été mis à la porte du temple de Trois Bassins dimanche dernier, c’est assurément à cause de son implication dans l’organisation d’une liste concurrente au président de l’association Siva Vishnou Kaaly du temple de Saint-Paul. 

« Vishwa a donné un coup de main à un candidat, il a participé à des réunions », finit de contextualiser un autre fidèle préférant garder l’anonymat pour des raisons professionnelles. Mais selon ce dernier, cette implication en faveur d’une liste concurrente ne doit en aucune façon interférer avec la pratique du culte. 

« Peu importe nos convictions religieuses, peu importe nos bords politiques, les jeunes comme Vishwa viennent au temple pour suivre le chemin de la vie. En plus, cela s’est passé dans un temple public. Si encore le président faisait le ménage dans un temple privé qui l’appartenait,… Le temple est là au début de la vie du fidèle, avec les cheveux enlevés devant le temple pour les enfants, et le temple est là aussi au moment de la mort. Mais ce président bafoue cela en agissant comme un dictateur. Et les plus jeunes n’osent pas contredire un poussari. On veut sanctionner son comportement. Il faut mettre de l’ordre », ajoutent Sami Araye et cet autre fidèle qui prennent fait et cause pour le jeune Vishwanaden. 

Les contestataires déplorent aussi, pour illustrer leurs dires, que la présidence du temple manquerait de transparence. Les assemblées générales qui rendent compte de la gestion du temple ou encore les procès verbaux pour attester des décisions prises collégiallement feraient défaut. Ils attendent, enfin, que les élections pour renouveler les membres du bureau du temple, se tiennent enfin. « Le mandat du président du temple de Saint-Paul se terminait le 20 décembre. Depuis le 21, il n’est plus président en règle », rappellent-ils l’évidence.

« Des perturbateurs » selon le président

Le président ciblé par ces critiques se défend face à « des perturbateurs », dit-il. « M.Araye, c’est un agitateur. Il n’est même pas à jour de ses cotisations, il ne participe même pas aux cérémonies ni aux dons. Ce sont des personnes qui ne sont même pas responsables, ce sont des jeunes que j’ai ramenés dans le temple. Mais ils ne sont pas prêts pour prendre les rênes de la communauté. C’est moi qui a amené la démocratie au temple de Saint-Paul et ça fonctionne normalement », conteste ainsi Serge Ajaguin Soleyen.

Le président du temple de Saint-Paul, situé rue Saint-Louis en centre ville, aborde avec nous les points évoqués par ces contestataires. Tout d’abord, il confirme l’incident de dimanche au temple de Trois Bassins où il officie en tant que poussari, mais la raison invoquée est quelque peu différente selon lui. « Oui je l’ai fait sortir de l’enclos réservé parce qu’il n’avait pas son masque », évoque Serge Ajaguin Soleyen. « C’est mon rôle aussi de faire respecter cela », dit-il en illustrant son propos par un appel reçu justement sur ce thème. « J’ai été appelé par le président des maires aujourd’hui (jeudi, ndlr) – parce que je suis aussi responsable au sein de la Fédération tamoule – pour que l’on fasse respecter les mesures dans tous les temples de La Réunion », explique-t-il. 

Sur les autres points concernant le temple de Saint-Paul cette fois, il rassurera sans doute ces fidèles qui contestent sa façon d’agir car « j’ai décidé, par ma propre volonté, de ne plus être président. Une décision prise et annoncée dès septembre dernier », évoque celui qui est aussi vice-président à la Fédération tamoule.

Le président du temple de Saint-Paul confirme aussi que l’assemblée générale n’a pas eu lieu dans les temps alors que son mandat prenait fin le 20 décembre. Mais il ne s’agit que d’« un report ». « Matériellement, on ne pouvait pas faire l’assemblée générale par rapport au Covid. Comment voulez-vous que j’invite 1000 et quelques adhérents dans une salle ? Je ne peux pas le faire », assure-t-il. 

« J’ai un conseil d’administration qui fonctionne »

Il est d’autant plus étonné par les critiques de ce groupe d’opposants qu’il dit avoir été sollicité pour mener à bien la transition d’ici la prochaine assemblée générale qui doit désigner un successeur. « Pour moi mon mandat se terminait et point barre. Mais on m’a demandé de rester pour jouer ce rôle-là, de transition. Ils me l’ont tous demandé, unanimement », fait savoir Serge Ajaguin Soleyen.

C’est donc en quelque sorte comme médiateur qu’il dit avoir tenu une réunion avec le collectif de Monsieur Coutaye, seul candidat officiel, et des différents responsables de cérémonie durant laquelle « a été décidé d’une forme de gestion apaisée » d’ici la prochaine AG. « Tout le monde était d’accord pour reporter l’assemblée générale », ajoute-t-il. Une AG qui doit se tenir fin février et qui sera devancée d’une autre réunion de cadrage le 11 janvier, toujours avec l’ensemble du collectif et le seul candidat officiel à la présidence pour l’instant, M.Coutaye. 

Enfin le manque de transparence supposée dans la gestion du temple le laisse aussi sans voix. « C’est archi faux », répond-t-il aux critiques. « J’ai un conseil d’administration qui fonctionne, avec des procès-verbaux. J’ai les comptes qui sont tenus par un expert-comptable et j’ai, de manière conforme, fait les assemblées générales tous les ans », ajoute-t-il pour parachever la contre-attaque. 

 

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