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Huguette Bello intervient à l'Assemblée sur les retraites

Seule parlementaire de l'Outre-mer inscrite dans la discussion générale consacrée au débat sur les retraites, Huguette BELLO est intervenue hier soir à la tribune de l'Assemblée nationale. Elle a attiré l'attention du Gouvernement sur les effets désastreux des mesures prévues par cette réforme et également insisté sur les conséquences particulièrement redoutables de ce projet de loi pour la Réunion. Au cours du débat qui va se poursuivre jusqu'au début de la semaine prochaine, seront examinés les amendements que la députée-maire de Saint-Paul a déposés notamment sur la revalorisation des petites retraites, la date de versement des pensions à la Réunion, la réactivation du dispositif de congé-solidarité ou encore la situation des marins-pêcheurs et des agriculteurs. A suivre donc... Quant au vote sur l'ensemble du texte devrait intervenir mercredi prochain 15 septembre. Voici l'intégralité de son discours...
Ecrit par zinfos974 – le mercredi 8 septembre 2010 à 15H30

"Placée sous le signe de l’injustice et de l’inégalité, cette nouvelle réforme des retraites risque, de surcroît, de ne pas atteindre les objectifs financiers qu’elle se propose. Voilà qui fait beaucoup pour un projet qui concerne un des symboles du patrimoine social de la France. Rien d’étonnant, donc, si ce nouveau « rendez-vous » sur les retraites suscite dans le pays, à son tour, une opposition frontale qui est à l’origine d’une gigantesque mobilisation populaire.
 
Cette nouvelle réforme nous est présentée comme inéluctable. Pour un peu, elle serait celle de la dernière chance. À saisir en l’état. La dernière digue avant l’avènement de la retraite par capitalisation. Mais comment l’affaire pourrait-elle être bien engagée puisque le postulat de la réforme est avant tout financier, n’est que financier ? Nous voici bien loin du Conseil National de la Résistance. Face à une situation aussi périlleuse, sinon plus, que la nôtre, il plaçait, lui, sans le proclamer tous les matins, les hommes au cœur de ses décisions en se donnant les moyens de « permettre aux vieux travailleurs de finir dignement leur vie ».
 
Prétendre sauver un système contre la société, c’est s’interdire les solutions durables. Ce projet de loi, c’est un pas de plus dans la dégradation des retraites de la grande majorité des Français. Après la baisse des pensions programmée par les réformes de 1993 et de 2003, c'est une nouvelle salve contre les retraites et, cette fois, les plus modestes et les plus fragiles d’entre nous sont vos cibles privilégiées.
 
Noyau dur de la réforme proposée, l’augmentation de la durée d’activité est présentée comme une décision de bon sens. Mais reculer de deux ans l’âge légal de départ à la retraite, c’est obliger ceux qui ont déjà toutes leurs annuités à cotiser deux ans de plus pour rien. C’est contraindre ceux qui ont commencé à travailler très tôt, et souvent dans des conditions pénibles, à travailler encore. C’est donc faire payer les besoins de financement des retraites par les plus modestes. Ainsi les salariés vont payer deux fois. Ils payent quand la crise les percute de plein fouet, ils payent pour combler les déficits que cette même crise a accélérés. Brandir la démographie pour justifier cette réforme est une tromperie qui ne trompe plus personne. Tout le monde le sait, tout le monde l’a dit : la démographie est responsable pour un tiers du déficit des retraites, la crise pour les deux tiers. Le bon sens, est-ce de faire payer ceux qui ont déjà le plus payé ?
 
Combiné à l’allongement de la durée de cotisation inscrite dans la loi de 2003, le relèvement de l’âge de la retraite à 62 ans fait diminuer le nombre de retraités qui peuvent prétendre à une pension à taux plein. C’est donc porter directement atteinte à leur pouvoir d’achat. C'est accroître encore le nombre de petites retraites.
 
Déduire de cette première négation du bon sens que l’âge d’obtention de la retraite à taux plein doit reculer à 67 ans n’est ni une évidence ni une obligation. C’est un choix politique, un choix politique partisan qui commet une insupportable injustice à l’égard des femmes et, de façon générale, de tous ceux qui ont déjà subi de plein fouet les aléas, les périls, les agressions du marché du travail.
 
Les mesures préconisées dans ce projet de loi laissent imaginer un système des retraites qui fonctionnerait en circuit fermé, et supposent qu’il appartiendrait à ce système, donc aux salariés, de pourvoir presque exclusivement aux besoins de son financement. C’est faux. Nous savons tous que les marges de manœuvre sont bien plus importantes. À condition, bien sûr, de ne pas écarter systématiquement de nouveaux modes de financement, qui ne reposent pas sur les revenus du travail. Ils correspondent pourtant aux caractéristiques de l’économie d’aujourd’hui et pourraient apporter une bonne part des ressources nécessaires.
 
Bon sens, dites-vous ?
Bon sens que de demander aux plus modestes de sauver le système de retraite ? Bon sens que de défendre dans le même temps le bouclier fiscal ?
Bon sens que de frémir d’indignation à la seule pensée d’une véritable taxation des stock-options et de tous les revenus financiers ?
Bon sens que de sanctuariser la « niche Copé » qui prive le budget de l’État de milliards d’euros ?
Ce genre de bon sens, comprendrez-vous un jour qu’il n’est pas la chose la mieux partagée en France ?
 
Les effets mécaniques de l’application de cette nouvelle réforme sont connus. Et il n’y a pas grand risque à parier que les quelques mesures prévues en faveur de l’emploi des seniors ou censées résorber les inégalités de salaire entre les hommes et les femmes n’y changeront pas grand-chose.
 
Lourdes et sévères pour la grande majorité des citoyens, les conséquences de cette réforme seront encore plus redoutables lorsque les mesures qu’elle propose seront appliquées dans des territoires qui cumulent chômage, précarité et difficultés de toutes sortes. Ainsi des Outre-mer. Aux effets intrinsèquement négatifs de ces mesures s’en ajouteront d’autres, conséquence de leur totale inadaptation au réel. De cette inadéquation, l’étude d’impact ne dit mot. Je dois donc rappeler que l’un des arguments principaux avancés pour reculer l’âge légal de la retraite, celui de l’augmentation de l’espérance de vie, ne se vérifie nullement dans les départements d’Outre-mer où l’espérance de vie est sensiblement inférieure à celle de la France continentale. Aux inégalités entre les catégories socio-professionnelles, entre les cadres et les ouvriers, s’ajouteront donc les inégalités entre les territoires.
 
Comme les secousses du marché du travail se répercutent de plus en plus sur les retraites, le pire est à craindre. À la Réunion, où le chômage de longue durée atteint des records, les taux d’activité sont plus faibles et le temps partiel largement répandu : il est facile de prévoir qu’il va devenir de plus en plus difficile à beaucoup de Réunionnais de percevoir une retraite à taux plein. 30% des retraités sont déjà au minimum vieillesse, soit six fois plus qu’au niveau national. Et cette proportion a toutes les chances de s’aggraver puisque l’alignement du montant du SMIC ne remonte qu’à une vingtaine d’années.
 
Pour les jeunes, dont plus de la moitié est au chômage et qui doivent, lorsqu’ils travaillent, se contenter d’emplois précaires, le scénario est simplement catastrophique. Comme ils le disent eux-mêmes, les jeunes craignent de « subir la triple peine ». Sous-payés même quand ils ont un diplôme, pénalisés à leur entrée sur le marché du travail notamment par le maintien au travail tardif des seniors, et, à la sortie, empêchés de disposer d’une retraite à taux plein. Une société démocratique pourrait éventuellement imaginer, ne pensez-vous pas, de proposer d’autres perspectives à sa jeunesse ? Même la validation des années d’études supérieures et de stage, qui existe pourtant dans d’autres pays européens et, depuis longtemps, pour les Grandes écoles françaises, leur est petitement chipotée.
 
Et comment ne pas parler des femmes auxquelles cette réforme va imposer une lourde et injuste contribution ? Loin d’atténuer les inégalités existantes, elle les aggrave. Les petits salaires, le temps partiel (le plus souvent subi) et les interruptions de l’activité sont surtout le lot des femmes, et se répercutent sur leurs retraites. Elles seront encore plus nombreuses à devoir travailler jusqu'à 67 ans.  À la Réunion, où bon nombre de femmes ne peuvent travailler en moyenne que 600 heures par an, il faudrait à ces femmes travailler une centaine d’années pour valider le nombre d’annuités requis par la règle dite des « 200 heures SMIC ». J’ose espérer que les solutions que la présidente de notre Délégation des droits aux femmes proposera pour la prise en compte de ces temps très partiels seront suivies. Tous les salariés qui ne sont pas à plein temps, notamment les travailleurs saisonniers, attendent d'ailleurs des améliorations dans ce domaine.
 
Autre difficulté qui pèse sur les retraites versées dans les départements d’outre-mer, l’arrivée tardive, et même parfois l’absence, de certaines caisses de retraite. Ainsi des exploitants agricoles qui n’ont pas pu cotiser de longues années durant alors même qu’ils ont commencé à travailler très jeunes. Ou encore des marins-pêcheurs auxquels fut proposée une cotisation à taux minoré. Les répercussions de ces graves anomalies sur les retraites sont particulièrement redoutables puisque leur montant ne s’élève guère au-dessus de 300 euros. Pour les uns comme pour les autres, la bonification de trimestres complémentaires serait particulièrement bienvenue. Pour eux aussi, une réforme des retraites devrait  d'abord et avant tout se traduire par une revalorisation au-dessus du seuil de pauvreté de leur pension.
 
La crise vient de nous en fournir une preuve éclatante : le financement du système de retraite repose en bonne partie sur le marché du travail. Des emplois créés, des emplois détruits : voici des cotisations vieillesse en plus ou en moins. L'efficacité et l'urgence recommandent donc d’abord une politique offensive en faveur de l'emploi. Dans mon département, le chômage continue  d'augmenter. Le secteur du BTP connaît une hémorragie sans précédent avec des milliers d'emplois détruits. Des groupes historiques sont en grande difficulté, avec des menaces en cascade pour les salariés et les sous-traitants. Enrayer cette chute, c'est sauver les emplois, c'est financer les retraites.
 
Ce projet nous est aussi présenté comme un texte pionnier en matière de pénibilité. Sujet très grave. Sujet en soi, qui ne peut être confondu ni avec celui des carrières longues, ni avec celui du handicap. Tout ce que nous savons désormais de la souffrance des travailleurs nous interdit de parler avec légèreté de la pénibilité. Nous savons que les manifestations de cette souffrance sont diverses et qu’elle revêt toutes sortes de formes physiques et psychologiques. Nous savons aussi que, dans le système managérial des entreprises, il lui est souvent difficile, voire impossible, de s’exprimer. Prenons donc garde à une individualisation de la pénibilité qui détournerait notre attention du caractère collectif des souffrances au travail".

 

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