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"Un couvre-feu, ça nous rassurerait" : des commerçants inquiets avant un nouveau week-end de mobilisation

Ecrit par P.M. – le vendredi 23 octobre 2026 à 14H20
Inquiet à l’approche d’un nouveau week-end de mobilisation, le directeur de l’Intermark de la Providence renforce la sécurité de son supermarché, dévalisé à deux reprises le week-end dernier. Il se dit favorable à un couvre-feu.

À l’image de l’Intermark de la Providence, dévalisé le week-end dernier, une dizaine de commerces ont fait l’objet de dégradations depuis le début de la mobilisation sociale dans l’île. Avant un nouveau week-end de mobilisation aux contours encore flous, la plupart des commerçants interrogés à Saint-Denis et dans l’Est ne cachent pas leur inquiétude. Sur leurs gardes, ils veulent néanmoins croire que les scènes de pillage observées dans l’Hexagone ne se reproduiront pas à La Réunion.

Une nuit blanche pour lui et plusieurs de ses salariés, qu’ils ne sont malheureusement pas près d’oublier. À l’extérieur, une rubalise rappelle que le supermarché fait partie de la dizaine de commerces dégradés ou dévalisés depuis le début de la contestation sociale dans l’île.

Directeur de l’Intermark de la Providence, Jean-François Claude-Bègue, comme d’autres commerçants du chef-lieu et d’ailleurs dans l’île, ne cache pas son inquiétude à l’approche d’un nouveau samedi de mobilisation.

Dévalisé à deux reprises dans la même nuit

Dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 octobre, son supermarché a été dévalisé à deux reprises par des jeunes, faisant une razzia sur les cigarettes et les alcools forts avant d’être mis en fuite par les policiers, heureusement sans saccager le magasin ou tenter d’y mettre le feu. L’un d’entre eux, mineur, a été interpellé dans la semaine.

Appelé un peu avant minuit, le directeur est ensuite resté sur place toute la nuit, avec le renfort d’une partie de ses salariés, pour tout remettre en ordre et accueillir la clientèle dès le dimanche matin.

Depuis, les habitants du quartier ont fait part de leur soutien au personnel et au dirigeant, qui rappelle l’importance de maintenir ouvert ce supermarché de proximité, présent depuis des générations. Lors de l’épisode des Gilets jaunes, l’établissement avait déjà été vandalisé.

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Sur les 42 salariés, certains affichent plus de 35 ans d’ancienneté. Des employés qui se sont serré les coudes pour rouvrir au plus vite.

"Les clients ont été désolés pour nous, alors que le quartier est plus ou moins calme en général. C’est un petit supermarché qui dépanne beaucoup de gens. On a senti une solidarité", commente le directeur.

En prévision du week-end, les accès au supermarché seront renforcés, tout comme la sécurité à l’intérieur et à l’extérieur, avec des rondes fréquentes, en lien avec les forces de l’ordre.

Le directeur se dit également favorable à un couvre-feu : "Oui, ça nous rassurerait, alors que le week-end prochain, c’est Halloween. Oui, ce serait une bonne chose."

"Il y a de la crainte, c'est certain"

Dans le centre-ville de Saint-Denis, les commerçants se disent sur le qui-vive, prêts à s’adapter à l’évolution de la situation.

"On a plusieurs magasins, on pourrait en fermer certains pour faire venir plus de personnel ici ou dire aux gens de rentrer chez eux", nous confie le propriétaire d’une bijouterie déjà bien sécurisée.

"Oui, il y a de la crainte, c’est certain, mais on veut croire que ça va bien se passer. Ici, les mentalités restent différentes de ce qu’on voit dans l’Hexagone", poursuit-il, avec en tête les images de magasins pillés et saccagés à Lyon, Paris ou Marseille. Il espère également que les caméras de la ville contribuent à dissuader d'hypothétiques casseurs.

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Le bijoutier s’interroge aussi sur les limites d’un renforcement de la sécurité : "De toute façon, si on prend des gros bras, que faire si 50 jeunes débarquent armés ?"

Il envisage surtout d’adapter ses horaires : "Oui, on a des craintes, évidemment. La mesure particulière, c’est de fermer plus tôt que d’habitude." Il dit aussi ne pas comprendre pourquoi une manifestation est prévue à 18 heures.

À Saint-André, un bijoutier a, lui, prévu de faire appel à davantage de vigiles.

"Casser ne mène jamais à rien"

Un acheteur et vendeur d’or prévoit de retirer les objets de valeur. "On essaie d’anticiper, mais ce n’est pas certain que ça se passe ici, pour moi cette ultraviolence concerne l'Europe mais pas ici", explique-t-il, avant d’ajouter : "En tout cas, je prie pour que ça n’arrive pas ici."

Un libraire préfère rester confiant, tout en suivant attentivement la situation. "Je ne suis pas inquiet, mais vigilant. Pas de préparation particulière, on se tient informés. Si jamais ça se rapproche, je baisserai les grilles." Si les conditions de circulation se dégradent, il prévoit également de libérer ses salariés plus tôt pour leur permettre de rentrer chez eux.

Un autre bijoutier du centre-ville veut croire que les appels au calme seront entendus : "Il faut être positif et que les jeunes comprennent qu’il faut manifester dans le calme." Malgré l’incertitude, il garde confiance : "J’ai assez confiance dans les gens pour qu’ils ne pètent pas un câble et que casser n'amène jamais à rien."

Des mesures de soutien mises en place

La préfecture a rappelé ce vendredi matin les mesures de soutien mises en place par le gouvernement pour les entreprises victimes des dégradations. Une dizaine d’entreprises sont concernées à ce stade. Plusieurs dispositifs ont été présentés : la prise en charge intégrale de l’activité partielle pour celles contraintes de réduire ou de suspendre leur activité ; le report, jusqu’à douze mois, du paiement des cotisations patronales des trois prochains mois ; des délais de paiement pour les charges fiscales ; ainsi que la possibilité de bénéficier d’un prêt pour reconstituer les stocks ou faire face aux échéances de trésorerie. Les entreprises en difficulté sont invitées à se rapprocher de leur chambre consulaire ou des interlocuteurs dédiés des services de l’État.

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