Manipulation ou cafouillage ? À Saint-Paul, la programmation hasardeuse d'un débat télévisé enflamme l’entre-deux-tours

Derrière l’accusation de refus de débattre du maire sortant Emmanuel Séraphin brandie par l’équipe de Cyrille Melchior, une chronologie plus trouble se dessine. Entre invitations croisées des chaînes, négociations d’entre-deux-tours et contraintes d’agenda, les versions divergent. Récit d’une controverse où chacun tente d’imposer sa vérité. Une polémique révélatrice des tensions de campagne.
La polémique enfle à Saint-Paul à quelques jours du second tour des municipales. Dans un communiqué offensif, l’équipe de Cyrille Melchior accuse le maire sortant Emmanuel Séraphin d’avoir "choisi de fuir l’échange en déclinant la confrontation", dénonçant un "aveu de faiblesse" et un "boycott délibéré" du débat proposé par Antenne Réunion.
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Le document, diffusé jeudi 19 mars, va plus loin en y voyant le signe d’un candidat "en perte de repères", incapable de défendre "ni son bilan, ni son projet". Il insiste aussi sur "un manque de respect pour Antenne Réunion (où les candidats devaient débattre, NDLR), ses équipes rédactionnelles et les milliers de téléspectateurs" et oppose à cette attitude celle de Cyrille Melchior, présenté comme prêt à débattre et à "faire face".
Mais du côté de l’équipe Séraphin, la version est tout autre. Mustapha Omarjee, directeur de cabinet du maire sortant, conteste frontalement l’accusation de refus. "Les débats ont été proposés avant même le premier tour. Antenne Réunion avait proposé le mardi (17 mars, NDLR) qui suivait le premier tour. On a tout de suite accepté le débat du mardi 17", affirme-t-il.
"Le débat a dû être annulé faute d’adversaire en capacité de dire ce qu’il fait"
Selon lui, un enchaînement rapide d’invitations médiatiques a ensuite complexifié l’organisation. "Dans la foulée, Réunion Première nous a contactés pour un débat le même jour. On avait déjà donné un engagement à Antenne Réunion, donc ils ont décalé au mercredi", explique-t-il.
C’est à partir de là que les agendas et les réalités politiques de l’entre-deux-tours auraient pris le dessus. "Le mardi, au moment du débat sur Antenne Réunion, l’équipe de Melchior n’était pas prête puisqu’ils étaient en pleine négociation d’entre-deux-tours", avance Omarjee, évoquant les discussions en vue d’alliances ou de fusions de listes. A savoir le ralliement d'une partie des équipes de Didier Robert.
Il poursuit : "Le débat a dû être annulé faute d’adversaire en capacité de dire ce qu’il fait". Le lendemain, en revanche, "on participe au débat de Réunion Première", rappelle-t-il.
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La controverse se cristallise ensuite autour d’une nouvelle proposition d’Antenne Réunion pour le jeudi. Une date que l’équipe Séraphin dit ne pas avoir pu honorer. "Antenne Réunion repropose le jeudi 19 mars, mais notre agenda est déjà arrêté. On a une campagne à mener, on ne peut pas faire des débats", insiste Mustapha Omarjee.
D'autant plus, qu'au même moment, ce jeudi 19 mars, le candidat Melchior honorerait ses engagements de président du conseil Général et la tenue d'une conférence de presse à l'hôtel du Département sur les 80 ans de la départementalisation à La Réunion.
Omarjee décrit aussi une contrainte logistique souvent sous-estimée. "Un débat dure 50 minutes à l’antenne mais en réalité cela prend trois à quatre heures dans la journée entre les déplacements et la préparation. Ce n’est pas neutre", détaille-t-il.
Instrumentalisation
Surtout, il réfute toute volonté d’évitement. "Nous, on n’a pas refusé de débattre. On avait accepté un débat le mardi, un débat le mercredi. Il y a des moments qui sont propices au débat", insiste-t-il encore, ajoutant que les deux équipes s’étaient croisées sur un plateau et partageaient les mêmes difficultés d’organisation.
Dans cette bataille de communication, chacun campe sur ses positions. Le communiqué de l’équipe Melchior transforme l’absence au débat en argument politique majeur, y voyant la preuve d’un candidat "fragilisé". De son côté, le camp Séraphin dénonce une instrumentalisation et un emballement médiatique.
"On aurait pu faire un communiqué mardi en disant qu’on était sur le plateau sans adversaire", glisse Mustapha Omarjee, suggérant que la responsabilité est partagée.
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Au-delà de la querelle, l’épisode illustre la tension extrême de l’entre-deux-tours à Saint-Paul, voire dans d'autres communes où le scrutin reste ouvert, où chaque séquence médiatique devient un enjeu stratégique.
Nouvelle polémique, une de plus...


