Étang-Salé : elle vide les comptes de sa tante handicapée pour jouer au casino

Une Etang-Saléenne était jugée ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour avoir détourné plus de 10.000 euros appartenant à sa tante, une femme âgée, malvoyante et malentendante. La prévenue affirmait que cet argent lui était donné en échange des services rendus. Le tribunal l’a reconnue coupable.
C’est une affaire familiale, mais aussi un dossier sur l’isolement des personnes âgées, qui a été examiné ce jeudi 27 août devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Marie-Reine L., 63 ans, comparaissait pour abus de confiance au préjudice d’une personne vulnérable, commis entre janvier 2023 et mai 2024 à l’Étang-Salé.
La victime, que nous appellerons Suzanne, était âgée de 85 ans au moment des faits. Malvoyante et malentendante, elle s’appuyait beaucoup sur sa nièce, Marie-Reine, pour l’aider dans son quotidien. Courses, repas, présence lors des fêtes : la prévenue insiste sur ce rôle d’accompagnement, en soulignant que le fils de la vieille dame n’était pas vraiment disponible pour s’occuper d’elle.
Mais le 28 mai 2024, Suzanne se présente à la gendarmerie. Ses deux comptes bancaires ont été vidés. L’enquête met en évidence des retraits réguliers, pour un total de 10.130 euros. Selon les éléments examinés à l’audience, 5.770 euros auraient disparu du compte courant et 4.000 euros du livret A.
Des retraits près des casinos
Un détail attire particulièrement l’attention : une grande partie des retraits a été effectuée à proximité de casinos, notamment à Saint-Gilles et à Saint-Pierre. Les investigations font apparaître 4.060 euros retirés au distributeur du casino de Saint-Gilles. Les montants varient de 10 à 400 euros.
À la barre, Marie-Reine reconnaît avoir retiré de l’argent, mais conteste tout vol. Elle affirme que sa tante lui avait confié sa carte bancaire et qu’elle l’autorisait à garder une partie de l’argent en échange des services rendus. “Ma fait beaucoup pour ma tante. Ma pa rien volé”, explique-t-elle.
La prévenue assure qu’elle était présente quand personne d’autre ne l’était. “C’est moi qui m’occupais d’elle, c’est moi qui étais là le jour de l’an, à Noël”, poursuit-elle. Elle ajoute que Suzanne “n’a jamais manqué de rien” et que l’argent était, selon elle, “pour nous deux”.
Elle reconnaît toutefois qu’elle jouait au casino lorsque sa tante lui donnait 100 ou 200 euros. Elle affirme aussi avoir déjà reçu spontanément 1.000 euros de la part de sa tante.
Une plainte déposée après l’alerte de La Poste
La défense soutient que la plainte n’est pas venue spontanément de la vieille dame. Selon Marie-Reine, ce sont La Poste et le fils de Suzanne qui l’auraient poussée à saisir les gendarmes, après avoir constaté des mouvements suspects sur les comptes.
Le fils, que nous appellerons Jean, est venu témoigner à la barre. Il reconnaît que sa cousine rendait service à sa mère, mais nie avoir exercé une pression pour que sa mère porte plainte. Selon lui, c’est bien La Poste qui a alerté sur la situation bancaire.
Il s’est constitué partie civile et réclamait 25.000 euros au titre du préjudice moral.
Pour le parquet, une vulnérabilité exploitée
La procureure a demandé une requalification en abus de faiblesse sur personne vulnérable. Elle a rappelé l’âge de la victime, son état de santé, sa dépendance dans les actes du quotidien et les retraits répétés ayant vidé ses comptes.
Elle a requis neuf mois de prison, dont trois mois avec sursis simple et six mois aménageables.
Me Mickaël Nativel, avocat de la prévenue, a plaidé un autre regard sur le dossier. “C’est le dossier de l’isolement des personnes âgées qui n’ont pas grand monde pour s’occuper d’elles”, a-t-il défendu. Selon lui, Suzanne avait remis sa carte bancaire “en toute connaissance de cause” à sa nièce, seule personne réellement présente à ses côtés.
L’avocat a aussi relativisé l’état des comptes au moment de l’alerte. “Il y avait un découvert de 104 euros, ce qui n’est pas énorme”, a-t-il indiqué, en demandant que les sommes ne soient pas remboursées.
Marie-Reine a été reconnue coupable et condamnée à neuf mois de prison, dont trois mois avec sursis. La partie ferme devra être examinée avec le juge de l’application des peines. Elle devra également verser 1.000 euros au fils de la victime au titre du préjudice moral.


