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Saint-Paul : un professeur de piano condamné à deux ans de prison avec sursis pour avoir agressé sexuellement deux jeunes élèves

Ecrit par Eric Lainé – le samedi 17 octobre 2026 à 10H16

Ce vendredi 16 octobre, un professeur de piano de l’école municipale de Saint-Paul, âgé de 68 ans, a été condamné à deux de prison avec sursis probatoire pour avoir agressé sexuellement deux jeunes élèves à 12 ans d’intervalle. Il a fallu que Jean-Jacques R. fasse une seconde victime en 2025 pour que la plainte d’une fillette, déposée en 2014, soit exhumée.

C’est une affaire qui fait froid dans le dos parce qu’elle illustre à quel point la parole d’une petite victime d’agressions sexuelles, bien que reconnue parfaitement crédible, reste fragile quand elle est confrontée à celle d’un adulte qui a la confiance de ses pairs, de ses employeurs et qui se drape dans sa dignité.

Tout commence en 2014 quand une fillette de 12 ans se confie à sa famille pour dénoncer son professeur de piano coupable à ses yeux de l’avoir agressé sexuellement. Un premier épisode se déroule dans le cadre de l’école de musique de Saint-Paul où Jean-Jacques R., alors âgé de 56 ans, officie depuis de très nombreuses années.

Il touche les parties intimes d’une élève de 12 ans en 2014

Le jour des faits, le professeur, qui donne son cours au sein d’une école primaire, a, l’air de rien, des gestes déplacés envers sa petite élève. En raison de sa complète innocence et du respect absolue qu’elle voue à son professeur, elle ne sait pas quoi penser de son comportement. Celui-ci récidive à l’occasion d’une autre leçon de piano qui se tient chez lui. Il lui effleure les seins et les fesses en prenant pour prétexte de s’emparer d’elle pour la déplacer d’un endroit à un autre.

Cette fois, la fillette rompt le silence en se confiant à ses parents qui prennent la chose très au sérieux. Ils se rendent d’abord au service municipal culturel de la ville de Saint-Paul pour signaler les faits. La personne qui les reçoit balaie leur témoignage d’un revers de la main. « On ne nous a pas cru et on nous a regardé de haut », explique avec amertume la mère de la jeune fille. Alors les parents poussent la porte de la gendarmerie de Saint-Paul pour déposer plainte.

« Il a même prédit qu’il allait recommencer »

Le pédopsychiatre qui a examiné leur fille a confirmé que ses accusations étaient tout à fait crédibles. Tout comme les militaires en charge des investigations, précise la mère. « Le psychiatre a même prédit qu’il allait se calmer dans un premier temps mais qu’il allait recommencer… » Pour sa part, Jean-Jacques R. a nié en bloc les accusations de son élève en les mettant sur le compte de la méprise. Finalement, l’affaire a été classée en 2017.

Les années ont passées. Jean-Jacques R. a continué à donner ses leçons de piano à l’école municipal et à son domicile. Mais visiblement, cet homme, qui prenait encore part au concert des professeurs de musique en juin 2023, était toujours en proie à ses pulsions. Si bien qu’en 2025, soit 12 ans après la première plainte déposée contre lui pour agression sexuelle, une autre de ses élèves mineures est rentrée chez elle complètement démolie après une leçon de piano à son domicile.

Il embrasse une élève par surprise en 2025

L’homme, désormais âgé de 67 ans, a demandé à l’adolescente de 16 ans de fermer les yeux. Pas pour qu’elle se concentre sur son morceau mais pour qu’il l’embrasse par surprise. Il lui aussi effleuré la poitrine et les fesses. Alertés, les parents de l’adolescente ont immédiatement réagi. Le père a téléphoné le soir même à Jean-Jacques R. Au bout du fil, ce dernier a reconnu les faits et demandé pardon tout en expliquant qu’il ne s’avait ce qui lui était passé par la tête. Sans savoir non plus que la conversation était enregistrée.

Une chance que le père de famille ait eu ce réflexe avant d’aller déposer plainte à la gendarmerie. Car lors de sa garde à vue, Jean-Jacques R. a d’abord nié les faits comme il l’avait déjà fait 12 ans auparavant. Il les a ensuite reconnus du bout des lèvres en expliquant que ses gestes n’étaient en rien volontaires. C’est seulement quand les enquêteurs lui ont fait écouter l’enregistrement audio du père qu’il est passé aux aveux.

Classée, la première affaire exhumée 12 ans après

Evidemment, cette affaire a débouché sur la réouverture de la plainte de 2014. « J’ai été informée qu’il avait recommencé quand les gendarmes m’ont appelé pour témoigner à nouveau », explique la première victime, aujourd’hui âgée de 24 ans. Elle a dû se replonger dans cet épisode douloureux qui a continué de la hanter pendant toutes ces années. « Elle avait l’impression de le croiser partout et elle avait peur. Un jour, elle a cru le voir descendre du bus et elle a traversé la route en manquant de se faire renverser par une voiture », confie sa mère.

Aujourd’hui, la jeune fille qu’elle est devenue est « en colère ». « Il a fallu qu’il y ait une autre victime pour qu’elle soit enfin entendue par la justice », fustige sa mère. Il est toutefois à déplorer qu’à l’occasion de l’exhumation de son dossier, les procès-verbaux de l’époque n’ont étonnamment pas été retrouvés.

« Un sentiment de grande trahison »

A la barre, Jean-Jacques R. a fait profil bas, réitérant ses aveux et ses regrets pour les deux jeunes victimes. Par contre, il a eu la mémoire qui flanche quand il a été question de revenir sur les agressions de 2014. Sélectif quant à ses souvenirs, il a seulement pu se remémorer les morceaux de musique qu’il travaillait à l’époque avec la petite pianiste.

Me Norman Godon Patel, au soutien de la seconde victime, a insisté sur son traumatisme. « Elle a eu un sentiment de grande trahison car il était son professeur de piano depuis la primaire. Elle le considérait comme un membre de la famille. » Sa jeune cliente a aujourd’hui « des difficultés à être en présence de professeurs du même âge et du même profil que lui ». Il a développé sa plaidoirie en soulignant que « les conséquences étaient terribles pour elle et pour la construction de sa vie intime à venir ».

La fillette de 12 ans n’a plus touché à un piano

Ce sentiment de trahison, la première victime et ses parents le partagent. « Il nous a amadoué en nous répétant que notre fille était douée pour le piano. Nous lui avons fait confiance et nous sommes tombés dans le piège des cours à domicile. » Le piano, sa fille de 12 ans n’y a d’ailleurs plus jamais touché après cet épisode resté douloureux aujourd’hui encore.

La représentante du ministère public a indiqué dans son réquisitoire que « la notion d’autorité a empêché la vérité d’aboutir en 2014 ». Tout en regrettant qu’il a « fallu attendre 12 ans pour que la parole de la victime soit enfin entendue ». La magistrate souligne que « ses séquelles psychologiques sont toujours présentes » et qu’elle a fait l’objet « d’un suivi lourd pour parvenir à passer à autre chose ».

Des « moments de faiblesse » auxquels le parquet ne croit pas

Le substitut du procureur loue ensuite « le courage » de la seconde victime. Elle note que le prévenu parle d’un « moment de faiblesse » auquel elle ne semble pas croire, relevant que dans ce cas il a eu « 12 ans de faiblesse… »

Elle a regretté au passage que Jean-Jacques R. n’ait pas fait l’objet d’une expertise psychiatrique. « Même si ce n’est pas plus obligatoire, il aurait été intéressant de savoir si on était face à un phénomène sériel et s’il n’était pas atteint d’un trouble pédophilique. » Elle relève que même s’il n’a pas de casier judiciaire, le prévenu « ne s’est pas remis en question après le précédent de 2014 ».

« Des gestes peut être malencontreux »

La magistrate requiert 24 mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans à son encontre, assorti de l’obligation de suivre des soins, de ne pas rencontrer ses victimes, de les indemniser et de l’interdiction définitive d’exercer une activité en lien avec des mineurs. Et naturellement de faire l’objet d’une inscription au Fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais).

Me Mardaye, en défense, insiste sur le fait que son client a émis des regrets « même s’il n’a pas eu les mots justes ». Elle laisse cependant planer le doute en parlant « de gestes peut être malencontreux ». Elle demande aux juges de prendre en compte sa personnalité et le fait qu’il « a exercé toute sa vie à l’école municipale de Saint-Paul ». Elle indique encore qu’il a entamé un suivi psychologique « depuis qu’il a été placé sous contrôle judiciaire en juillet 2026 », plaidant en faveur d’une sanction sous la forme d’un accompagnement. Le tribunal judiciaire a finalement suivi les réquisitions du parquet à la lettre.

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