Environnement : sur cinq plages observées, celle de la pointe du Diable est la plus polluée [3/3]

Elles sont au nombre de cinq et ont été étudiées de près durant plus de deux ans, entre 2021 et 2023 par le Citeb (centre technique de recherche et de valorisation des milieux aquatiques), Biorécif et l’Université. Les plages de Trois-Bassins (Cogohr), de la pointe du Diable, de la Marine (Saint-Benoît), du port (Sainte-Marie) et du cap La Houssaye ont vu les scientifiques observer et ramasser tout ce que la houle ramène sur la côte. Des microplastiques (inférieurs à 5mm) au macro-déchet (supérieur à 2,5cm). Des données ont également été récupérées directement dans l’eau, que ce soit par des plongeurs ou des filets manta.
À Saint-Benoît, on voit la bouteille à moitié vide
Résultat des courses, c’est le Sud qui gagne la médaille d’or de la plage la plus polluée par le plastique. “C’est assez net, elle est quatre fois plus contaminée que les autres. Les déchets qu’on arrive à identifier peuvent laisser penser qu’ils viennent du large, car on voit une origine asiatique sur certaines étiquettes, mais ils ne représentent qu’une fraction de ce que l’on récupère. Le reste est très fragmenté et/ou brûlé, ce qui ne permet pas de deviner d’où provient ce déchet”, explique Margot Thibault, doctorante au laboratoire Entropie de l’Université de La Réunion, qui a pu se pencher sur les données récoltées dans le cadre de sa thèse.
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“Le site d’enfouissement juste à côté de la plage pourrait relâcher une partie des déchets qu’on peut voir mais rien n’est sûr”, note la scientifique. Cependant, la situation n’est pas forcément meilleure ailleurs dans l’île. Ainsi, la plage de la Marine, dans l’Est, apparaît aussi comme un point noir de la pollution plastique. Cette fois-ci, une cause locale peut être beaucoup plus facilement mise en évidence. “On retrouve surtout des bouteilles d’eau minérale d’une marque locale. Et l’usine est située pas très loin du lieu de collecte, le lien semble cette fois plus direct”, poursuit Margot Thibault.
Des plages polluées dans toute la zone
Ce programme local est aussi à mettre en parallèle avec le travail de collecte effectué par les équipes des TAAF sur les îles de Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova et Europa. Là encore, la pollution plastique reste préoccupante, alors même que ces bouts de terre française sont éloignés de toute activité humaine. Enfin, ces données sont à ajouter à celles récoltées aux Seychelles, sur l’île d’Aldabra, et par l’association Cetamada, au travers du programme de recherche MLMP (Marine litter monitoring project).
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Les volontaires ont, là encore, analysé de près ce que recelaient les plages de l’île de Sainte-Marie. Les bouteilles d’eau ont ainsi été identifiées comme l’une des principales sources locales de pollution. “Grâce à ces données, nous avons pu interpeller la Star, l’entreprise malgache qui produit ces bouteilles. Ils ont accepté de passer à un système de consignes en verre, mais hélas seulement pour Sainte-Marie. Cela montre bien qu’on peut avoir du changement si les Interlocuteurs qu’on a en face sont prêts à entendre raison. Voilà pourquoi je pense qu’il faut que la communauté scientifique fasse plus d’efforts pour communiquer autour de leurs recherches. On voit que des choses peuvent bouger quand on cible les décideurs. Les consommateurs sont maintenant au courant, mais seuls, ils ne peuvent rien faire tant qu’on ne leur offre pas d’alternative. Mais on doit aussi être à l’écoute du public pour ne pas rendre réfractaires les gens sur ces sujets. On voit, notamment à La Réunion, que le changement dans nos modes de vie, avec une arrivée soudaine du plastique, n’a pas du tout été anticipée. Les infrastructures ne suivent pas, et de ce décalage résulte une pollution forte”, s’avance Margot Thibault. Pour autant, la scientifique veut garder le moral : “On est à l’aube d’un changement. Il y a un éveil de tous sur ces questions”.


