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Environnement : oui, il y a bien un “continent de plastique” dans l’océan Indien [1/3]

Dans un papier récemment soumis, la doctorante Margot Thibault a réussi à prouver que notre cher océan Indien abrite lui aussi un amas de déchets plastiques. Un premier pas qui est en réalité un bond de géant pour tenter de trouver sa localisation exacte et son impact sur la faune et la flore marine.
Ecrit par Maxime Bonnet – le samedi 21 septembre 2024 à 06H30

Son existence était soupçonnée depuis des années par la communauté scientifique, mais personne n'était encore capable d’affirmer que oui, l’océan Indien accueille lui aussi un “continent de plastique”. Cette question a désormais été tranchée dans un article scientifique de la doctorante Margot Thibault, du laboratoire Entropie de l’Université de La Réunion. Dans le cadre de sa thèse, la jeune femme a étudié de près la quantité de plastique retrouvé dans l’océan durant près de trois ans. "On soupçonnait son existence, mais rien de concret jusqu'à maintenant. Au moins, nous sommes désormais fixés : il y a un continent de plastique dans tous les océans de la planète", explique la biologiste marine.

Depuis 2019, ce sont pas moins de 19 expéditions qui ont analysé la concentration en microplastique pour tenter de localiser ce “patch d’accumulation”, comme le nomment les scientifiques. Que ce soit avec le navire de la DMSOI, l’Osiris II, le Marion-Dufresne, le navire océanographique S.A. Agulhas, ou même un voilier de 28m de recherche scientifique, Antiva, les scientifiques ont couvert de larges distances de l’océan Indien pour tenter de localiser ce nouveau continent.

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Un “patch” d’accumulation entre l’Australie et La Réunion

“On a pu le frôler. Il y a toujours un doute sur sa localisation exacte, mais on a clairement trouvé un gradient sur la latitude 30/33°S et sur les longitudes entre 45 et 65°E, avec une concentration maximale à 65°E. Concrètement, ça veut dire que plus on va vers l’Est, plus les concentrations de plastique sont importantes. Si on veut comparer, c’est plus que ce que l’on trouve dans le patch de plastique de l’Atlantique Nord et Sud, ainsi que celui du Pacifique Sud. Par contre, les concentrations restent inférieures à celles du Pacifique Nord, le plus grand du monde, situé vers Hawaï”, explique Margot Thibault.

Plusieurs techniques sont utilisées pour déterminer si des étendues d’eau sont polluées au plastique. D’abord, il y a bien sûr l’observation, mais seuls les “macro-plastiques” sont concernés. “En connaissant la distance parcourue, le temps mis pour la faire, on compte le nombre d’objets dérivants. C’est surtout à cela qu’on pense quand on dit “continent de plastique”. Et certains jours, avec les courants et les vents, on pouvait se réveiller avec de larges amas qui flottaient, c’était vraiment impressionnant. On a pu partager ces missions avec Globice, qui étudie les cétacés, et on s'aidait mutuellement, pour être sûrs de ne rien louper ! ”, témoigne la scientifique.

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Comme un poisson dans le plastique

Pour cette dernière, ces “radeaux de plastique” livrent une vision d’horreur des conséquences de la pollution mais ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. “Quand nous parlons de continent, il faut bien sûr imaginer les sacs, savates ou bouteilles qui flottent, mais ces éléments finissent par se dégrader. On se retrouve avec une “soupe” de microplastique qui peut aller jusqu’à 30 mètres de profondeur. Pour tenter de la mesurer, on utilise un filet manta, qui nous permet de mesurer la quantité de particules en suspension dans l’eau". Résultat, Margot Thibault a réussi à déterminer une concentration de 1.000.000 de particules par km². Un chiffre énorme quand on sait que la concentration dans l’Atlantique Nord et Sud est de 10.000 particules par km². “C’est cette pollution qu’on soupçonne d’être particulièrement nocive pour la faune marine, car les polluants s’accumulent chez les animaux au fur et à mesure que l’on monte dans la chaîne alimentaire”, poursuit la biologiste.

Devant le risque sanitaire que peut constituer cette pollution insoupçonnée, des études sont en cours pour tenter de déterminer si la faune consommée par les populations vivant autour de l’océan Indien présente un danger pour l'Homme. “On étudie de près plusieurs espèces de poissons, comme le thon ou l’espadon, pour vérifier si ce n’est pas dangereux pour l’Homme. Surtout que beaucoup d’animaux marins que nous consommons se trouvent hauts dans la chaîne alimentaire. Ils ont le temps de concentrer des plastiques consommés par les étages inférieurs du cycle", avance prudemment Margot Thibault.

Qui sont les pollueurs ?

Parmi les objectifs de cette étude, l’origine des déchets est centrale, à la fois pour cibler les lieux où agir mais aussi pour voir les liens entre les différents océans et la manière dont des déchets passent d’une masse d’eau à une autre. “Pour l’instant, on a identifié une source au niveau de l’Asie du Sud-Est, et particulièrement en Indonésie. Difficile de savoir si cela vient de la partie Pacifique de l’archipel, ou si ce sont des bateaux de pêche qui jettent par-dessus bord leurs déchets dans l’océan Indien. Ce qu’il faut vraiment avoir à l’esprit, c’est que ces déchets restent très longtemps dans l’eau. Par exemple, une marque de bouteille d’eau indonésienne est le déchet que l’on peut le mieux détecter. Ces bouteilles sont en mer depuis parfois tellement longtemps que la marque a eu le temps de se faire racheter par Danone en 2011, et en 2024, on retrouve encore des bouteilles entières qui datent d’avant ce rachat”, se désole Margot Thibault.

Ces découvertes permettent aussi de mettre à jour les modèles des courants océaniques. Des données sur le courant équatorial sud, qui semble ramener des déchets du détroit de Malacca et d’Australie vers nous, vont ainsi être incluses dans les prochains modèles pour mieux coller à la réalité des observations.

“Le plastique est parmi nous, et on ne pourra jamais le faire disparaître. On doit s’adapter. Nous sommes à l’aube d’un changement, et il y a un réveil de tous en ce moment”, conclut Margot Thibault.

 

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