Emploi des seniors : mobilisation générale à La Réunion

Environ 3,5 fois plus sujets aux maladies professionnelles que leurs cadets, les Réunionnais de 50 ans ou plus affichent un taux d'emploi de 44%, inférieur de 14 points de celui de l'Hexagone. La campagne gouvernementale nationale Emploi 50+ devra se décliner avec encore plus d'acuité dans l'île.
Il n'y a pas que les jeunes qui souffrent sur le marché du travail à La Réunion. Selon les chiffres de l'Insee, les salariés de 50 ans et plus sont 3,5 fois plus souvent sujets aux maladies professionnelles que les plus jeunes, ce qui peut occasionner des licenciements en cas d'absence d'aménagement de leur poste de travail.
En 2022, 117.000 personnes âgées de 55 à 64 ans vivaient à La Réunion, soit 13% de la population, une part qui a doublé en l'espace de vingt ans. Parmi ces seniors, 55.000 (44%) étaient sans emploi. À La Réunion, peu d'entreprises atteignent le seuil des 300 employés qui rend obligatoire, tous les trois ans, la négociation sur l'emploi des seniors (recrutement, maintien dans l'entreprise, aménagement de la fin de carrière). Le taux d'emploi des 55-64 ans est de 44%, contre 58,4% dans l'Hexagone.
Rendre obligatoire des négociations sur l'emploi des seniors
Dans le cadre de l'Accord national interprofessionnel (ANI) signé le 14 novembre dernier en faveur de l'emploi des salariés expérimentés, le gouvernement déploie une campagne dénommée Emploi 50+, censée mobiliser les administrations et les entreprises sur ce sujet rendu d'autant plus brûlant par le recul de l'âge de départ à la retraite à 64 ans.
Un projet de loi veut graver dans le marbre une obligation faite aux branches professionnelles de négocier tous les quatre ans des accords sur l'emploi des seniors, la ministre du Travail Catherine Vautrin affirmant que « l'âge n'est pas un frein à l'emploi ». C'est dans ce contexte que toutes les régions de France sont appelées à se mobiliser dans les prochains jours pour valoriser leurs actions.
Soulignant que « 43.000 demandeurs d'emploi à La Réunion ont plus de 50 ans », le directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Deets) Arnaud Pouly a rassemblé ce jeudi 19 juin ses partenaires, de l'Agence régionale pour l'amélioration des conditions de travail en passant par Cap Emploi, la CPME, France Travail ou le club Les entreprises s'engagent, afin de leur donner l'occasion de partager leurs ressentis. Et présenter leurs actions.
Défiance des entreprises
Le directeur de Cap Emploi Jean-Charles Le Blevec a ainsi expliqué que 270 emplois avaient pu être préservés pour des seniors l'an dernier, grâce à des aménagements de poste. Cindy Morel Payet, la DRH d'Aéroport Roland-Garros, a relaté comment, après deux essais infructueux, un nouveau poste de technicien de maintenance avait pu être aménagé pour un ancien pompier de 55 ans, victime d'un accident de la vie ne lui permettant plus d'exercer son métier.
« Les entreprises ont besoin de compétences », a martelé Éric Fontaine, le président du club Les entreprises s'engagent, en s'étonnant qu'autant de seniors restent sur le carreau alors que les entreprises affirment, dans le même temps, avoir du mal à recruter.
Pour Indira Camalon, responsable de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), c'est le refus des entreprises de valoriser l'expérience et le réseau des seniors qui expliquerait cette défiance à engager ces salariés, bien plus coûteux que des jeunes entrant sur le marché.


