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Le Tampon : des agressions sexuelles sur mineures lors de soirées très arrosées

Ecrit par P.B. – le mardi 11 mars 2025 à 08H09

Deux jeunes ont été jugés ce jeudi pour des faits de viol requalifiés en agression sexuelle en réunion. Charly*, 19 ans, et Cédric*, 17 ans, organisaient régulièrement des soirées durant lesquelles l'alcool coulait à flot.

Charly, au moment des faits, est un jeune majeur qui dispose d'un appartement dans lequel il vit seul avec son petit frère. Alors il en profite pour faire des soirées avec ses amis dont Cédric. Il fait à manger, achète de l'alcool et la musique résonne. Des moments pour se retrouver entre jeunes, mais aussi pour tenter des rapprochements. Pour autant, à plusieurs reprises, les limites semblent avoir été franchies. Deux mineures ont porté plainte.

Joséphine*, 14 ans, est la première adolescente à dénoncer des faits qui se sont produits le soir du 23 avril 2019. La jeune fille a fugué de son foyer avec deux de ses copines. Après une journée passée à la plage, elles décident d'aller passer la nuit chez Charly, l'ami de l'une d'elles. Deux autres garçons dont Cédric sont présents. On boit, on joue à "audace ou vérité" jusqu'au moment où les deux copines décident d'aller se reposer dans une chambre. Joséphine reste dans le salon. Charly force le rapprochement entre les deux jeunes. Il attrape la main de Joséphine et la pose sur le short de Cédric au niveau du sexe. Charly fait de même avec la main de Cédric qui réalise une pénétration digitale sur l'adolescente. Il propose ensuite une fellation et de coucher avec lui, mais Joséphine refuse. L'adolescente se réfugie en pleurs dans la salle de bains puis dans la chambre et raconte les faits à ses amies. Joséphine porte plainte une semaine plus tard.

Trois verres d'alcool

La deuxième série de faits s'est produite six mois plus tard. Les deux comparses reviennent de Florilèges et décident de poursuivre la soirée chez Charly en compagnie d'autres amis. Adèle*, 15 ans, boit trois verres de rhum avec du jus. Elle indique dans sa plainte que Charly a feint un malaise pour qu'elle l'accompagne dans sa chambre. Le jeune lui a fait un câlin et tente d'aller plus loin mais elle refuse alors que Cédric entre également dans la pièce et lui dit de se laisser faire. La jeune fille dénonce des caresses et des pénétrations digitales alors qu'elle se trouvait dans un état second.

La version des deux jeunes hommes est évidemment différente, mais divergent également entre eux. Pour Charly, Adèle était consentante. Ils étaient entrés tous les trois dans la chambre en parlant de plan à trois avant qu'elle ne change d'avis et d' “accepter de le faire mais chacun son tour”.

Une phrase qu'elle aurait prononcée face aux demandes pressantes des deux jeunes hommes, s'expliquera Adèle lors d'une audition.

Un même mode opératoire

Cédric dit être entré par la suite dans la chambre, avoir trouvé son ami et Adèle sur le lit. Dans un enregistrement réalisé par Adèle, en quête de vérité, on entend Cédric expliquer qu'il a douté un moment, qu'elle était peut-être en train de se faire violer mais qu'en entrant, il l'avait vue sourire. Reste qu'Adèle est sortie de cette chambre en pleurant mais qu'il aurait réussi à la calmer et c'est dans les toilettes qu'elle aurait accepté des relations avec lui. La jeune fille a porté plainte un an après les faits dénoncés.

Dans cette audience pour des faits de viol qui auraient dû être présentés devant la cour criminelle surchargée, le tribunal a pris le temps d'examiner les faits.

Les deux victimes qui ne se connaissent pas dénoncent finalement un même mode opératoire. Une soirée, de l'alcool et deux jeunes hommes qui leur proposent des relations sexuelles qu'elles refusent à un moment donné.” Vous ne lui demandez pas son âge, vous ne savez pas d'où elle vient et vous lui proposez des relations sexuelles”, s'étonne la présidente du tribunal à propos de leur comportement par rapport à la jeune Joséphine.

Pour eux, ils n'ont pas l'image de violeurs

“J'étais un peu fêtard, mais je ne me voyais pas faire du mal à quelqu'un”, tente de s'expliquer Charly à la barre. Cédric, mineur au moment des faits sur Joséphine, sera également présenté devant le tribunal pour enfants. Les deux jeunes hommes refusent l'image de violeurs que leur renvoie cette procédure. La question du consentement, dans un contexte dans lequel l'alcool coule à flot, a donc largement imprégné l'ensemble des débats.

Les expertises réalisées sur les deux victimes démontrent, quant à elles, un fort retentissement et l'apparition de troubles psychologiques symptomatiques des faits d'agression sexuelle dénoncés. Pourtant, “plus de 6 ans après les faits, il y a peu de réflexion sur le mal qui a été fait”, déplore Me Céline Germand-Robert pour les intérêts de Joséphine.

“Ce procès vaut aussi pour les parents qui doivent être libérés d'un poids quand leurs enfants expérimentent, sortent, boivent parfois plus que de raison ... il doit toujours avoir ce respect de la vie et du consentement”, avance Me Frédéric Hoarau, conseil d'Adèle. Pour la jeune fille, le procès est une épreuve. “Cette correctionnalisation est vécue comme une nouvelle remise en cause de sa parole d'autant qu'on tente de la faire passer pour une fille facile, qui provoque”.

“À aucun moment, il n'a eu conscience de contraindre”

Côté ministère public, les faits d'agression sexuelle en réunion sont caractérisés. Ainsi, tous deux "reconnaissent la matérialité des faits mais ils restent sur le consentement alors qu'ils ne disent pas la même chose”. 6 ans ont été requis à l'encontre de Charly avec mandat de dépôt différé, l'interdiction de contact durant 3 ans avec les victimes et son inscription au fichier des délinquants sexuels. La vice-procureure a demandé 5 ans de prison avec les mêmes obligations pour Cédric qui a également rendez-vous devant le juge des enfants pour les faits d'agression sexuelle reprochés sur Joséphine.

“À aucun moment, il n'a eu conscience de contraindre”, plaide Me Julie Daguenet pour la défense de Charly. Pour l'avocate, qui demande la relaxe, ni la contrainte ni la surprise n'ont été démontrées.

Me Julien K/Bidi va, lui, interroger le contexte, pointant le passé des deux jeunes victimes, l'une placée, l'autre ayant avorté quelques mois avant les faits des suites d'une relation avec un majeur de plus de 20 ans. Cette dernière “ a repensé aux faits et refuse de les accepter alors qu'à un moment donné, elle a été d'accord”, analyse-t-il avant de demander également la relaxe pour Cédric.

Le délibéré est attendu pour le 22 mai.

*Prénoms d'emprunt

L'Union des Femmes Réunionnaises réagit à cette affaire dans un communiqué : "Ce mardi 11 mars ont été jugés en correctionnelle deux jeunes hommes qui ont admis des faits de pénétration digitale sur deux jeunes mineures qu’ils avaient fait boire auparavant. Les faits de viols ont été requalifiés en agression sexuelle en réunion, ce qui, non seulement ne correspond pas aux faits, mais allège la peine encourue par les prévenus. L’UFR apporte tout son soutien aux deux jeunes victimes de ces viols. La requalification des faits est une violence supplémentaire, malheureusement extrêmement courante au sein du système judiciaire lorsque sont dénoncés ces faits."

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