Le 29 août dernier, Sofienne Hajji,
accusé d'avoir involontairement donné la mort à son épouse, Bergerette Baltimor, était condamné à 15 ans de réclusion criminelle et à une interdiction définitive de territoire français. Il comparaissait devant cinq magistrats professionnels, une composition destinée à juger les crimes passibles de 20 ans de prison.
Clamant son innocence depuis le début de cette tragédie, le Tunisien a interjeté appel de cette décision. Alors qu'il est attendu dans quelques mois dans le box de la cour d'Assises, il comparaissait devant la chambre de l'instruction ce mardi matin à la demande du parquet général souhaitant la prolongation de sa détention jusqu'au second procès.
Comme d'habitude, l'accusé s'est montré très loquace lorsque le président de la chambre de l'instruction lui a donné la parole ainsi que le prévoit la procédure. Le trentenaire a longuement évoqué les violences conjugales pour lesquelles il a été condamné postérieurement aux faits qui lui sont reprochés aujourd'hui. Il a insisté sur la volonté de sa victime de reprendre contact avec lui après son jugement en comparution immédiate dans le nord de l'Hexagone.
"J'ai les copies des messages qu'elle m'a écrits. Si je suis si violent pourquoi vouloir me revoir?" a questionné Sofienne Hajji. Au point qu'on pourrait se demander s'il a retiré une quelconque leçon de son passé.
En mai 2018, son épouse avait succombé à de graves brûlures. A l'issue d'une énième dispute de couple, l'intéressé avait expliqué que Bergerette s'était renversé de l'alcool ménager sur le corps avant d'y mettre volontairement le feu. Un désir d'enfant non exaucé était, selon l'époux rencontré sur les réseaux sociaux, à l'origine de ce geste désespéré. Bergie Baltimor, selon son entourage, avait beaucoup changé depuis qu'elle avait rencontré cet homme et s'était mariée en secret en Tunisie et subissait probablement des violences psychologiques et physiques depuis que son époux était venu s'installer chez elle à Saint-Paul.
Selon plusieurs témoins qui connaissaient bien la victime, elle s'était progressivement isolée et se refermait brutalement lorsque la famille ou ses proches tentaient d'en savoir plus pour lui apporter du soutien.
Lors de l'audience devant la cour criminelle en août 2022, Sofienne Hajji, 38 ans, est apparu comme un homme froid et narcissique, livrant un discours comme "appris par coeur" sur les sentiments qu'il éprouvait vis-à-vis de son épouse.
Entre autres moments forts de l'audience criminelle justement,
le témoignage de sa seconde épouse rencontrée dans l'Hexagone après le décès de Bergerette, victime, elle aussi, de violences conjugales. Les mots de cette seconde victime avaient donné un aperçu de la personnalité de Sofienne Hajji, ce qui n'a certainement pas joué en sa faveur.
Une peine de 20 ans de réclusion avait été requise par l'avocat général ainsi qu'une interdiction définitive de territoire français, un fait suffisamment rare pour qu'il soit souligné.
L'audience criminelle d'appel devrait se tenir dans les prochains mois. La chambre de l'instruction a, quant à elle, mis sa décision en délibéré au 11 juillet prochain.