Comment le couple accentue les inégalités entre les femmes et les hommes

Et si le couple hétérosexuel était une arnaque ? Ce n'est en tout cas pas l'idéal, en l'état actuel des choses, pour réduire les inégalités entre les hommes et les femmes. Alors que ces dernières gagnent déjà en moyenne moins bien leur vie que leur compagnon (selon l’Insee, en 2021, à temps de travail identique, le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 15,5 % à celui des hommes dans le secteur privé), de mauvaises habitudes viennent renforcer ces inégalités.
Cet aspect est détaillé par Titiou Lecocq dans son livre « Le Couple et l’Argent » (L’Iconoclaste) dans lequel elle s'appuie sur la métaphore des pots de yaourt. L'autrice explique que dans les couples qui n'ont pas de compte joint, le gros salaire (donc monsieur la plupart du temps) paie les grosses dépenses (prenons l'exemple d'une voiture), tandis que le plus petit salaire (généralement madame) se chargera des dépenses plus modestes, à savoir celles du quotidien comme les courses. Une démarche qui peut sembler à première vue logique, mais qui pose bien des problèmes en cas de séparation : sauf mariage sous le régime de la communauté de biens, monsieur reste propriétaire de la voiture tandis que madame repart avec... les pots de yaourt vides. Car pendant que l'homme pouvait se payer le luxe de faire grossir son patrimoine, la femme a sacrifié son argent pour l'achat de biens immédiatement consommés.
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Appropriation masculine des biens du ménage
Cette théorie est particulièrement valable pour les couples modestes. "Dans ces familles, le genre détermine encore qui choisit et impose le modèle de dépenses du ménage et qui doit s’y adapter", note dans un article Angèle Jannot, doctorante à l’Ined.
"Les femmes réalisent seules les dépenses des biens immédiatement consommés. Au contraire, lorsque la dépense constitue un investissement économique, comme les dépenses liées au logement, les hommes sont davantage impliqués et parfois même décisionnaires et gestionnaires uniques. Cela peut leur permettre de revendiquer plus légitimement l’appartenance de ces biens ». Un aspect que la chercheuse qualifie "d'appropriation masculine des biens du ménage".
A noter que si les inégalités en matière de salaire tendent à se réduire, les inégalités de patrimoine entre les femmes et les hommes vivant en couple ont quant à elles quasiment doublé en 20 ans, passant de 9 % en 1998 à 16 % en 2015 (de 7000 euros d'écart en 1998 à 24.500 euros en 2015). L'évolution des régimes patrimoniaux en est la principale source, expliquent dans un article Marion Leturcq, chercheuse à l’Ined, et Nicolas Frémeaux, maître de conférence à l’Université Paris 2, le mariage sous le régime de la communauté étant de moins en moins plébiscité. "Dans les couples qui ne vivent pas sous le régime de la communauté, les inégalités sont ensuite creusées par la moindre capacité d’épargne des femmes par rapport aux hommes", notent-ils.
9 % d'écart entre célibataires, 14% dans les couples hétérosexuels
Ainsi, quand elles se mettent en ménage, les femmes sont non seulement perdantes sur le patrimoine qu’elles constituent mais aussi sur leurs revenus. « L’écart de revenus moyens entre hommes et femmes est de 25 % en général, mais il passe à 9 % entre célibataires et à 42 % dans les couples de sexes différents », indique Sibylle Gollac, chercheuse au CNRS, dans des propos relayés par Le Monde.
Par ailleurs, une étude de l’Insee publiée en 2019 sur les trajectoires professionnelles des femmes dévoile que cinq ans après l’arrivée d’un enfant, les mères perdent environ 25 % de leurs revenus salariaux par rapport à ce qui se serait produit sans cette arrivée, alors que ceux des pères restent stables, voire augmentent.
Les bons comptes font les bons amants
Pour rétablir un peu d'égalité au sein du couple, Titou Lecocq conseille de s'intaller au tour d'une table pour discuter de la répartition des dépenses. Même si cela peut paraître contre-intuitif, elle suggère que celui des deux qui gagne le moins tente de rembourser au maximum les dépenses liées au patrimoine afin d'assurer une sécurité financière.
Heloïse Bolle, autrice du livre "Les bons comptes font les bons amants", estime elle aussi que parler d'argent au sein du couple est essentiel. Et pas forcément pour obtenir une répartition 50/50. "Si vous avez des revenus déséquilibrés, il ne faut surtout pas faire 50/50 : il faut partager les dépenses au prorata de ses revenus", conseille-t-elle dans les colonnes de Slate. Une façon plus équitable de concevoir la vie à deux.
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Une dangereuse dépendance économique
Inégalité de ressources rime aussi avec dépendance financière. Un aspect qui peut s'avérer dangereusement préjudiciable. Alors que selon une étude YouGov publiée en 2021, 35 % des femmes sont financièrement dépendantes de leur partenaire masculin dans leur relation amoureuse, cela peut avoir des effets particulièrement dévastateurs en cas d'abus ou de violences, cette situation étant un frein à la séparation pour beaucoup de victimes.
Selon cette étude, plus d'une femme sur trois en couple (35%) déclare d'ailleurs qu'elle ne s'en sortirait pas très bien (21%) ou pas du tout (14%) si elle se séparait demain. Ce chiffre s'élève à environ 59% des femmes qui dépendent financièrement de leur moitié, dont trois sur dix (29%) qui déclarent qu'elles ne s'en sortiraient pas bien du tout.


