Commémoration de l'Armistice : comment La Réunion a vécu la Grande Guerre ?

Au lendemain de fortes tensions en Europe, la Grande Guerre éclate, opposant la Triple Entente, regroupant la France, le Royaume-Uni et la Russie, puis le Japon à la Triple Alliance composée de l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie, suite à l’assassinat de Sarajevo le 28 juin 1914.
L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août, suite à la mobilisation générale décrétée en France la veille. À La Réunion, alors colonie française, l’ordre de mobilisation est signé le 4 août par le gouverneur de l’époque, Pierre Louis Alfred Duprat, et placardé dans l'espace public.
L’île se retrouve, malgré elle, impliquée pour la première fois de son histoire dans un conflit à des milliers de kilomètres de ses frontières.
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Le départ des soldats et la vie au front
Des habitants de tout le territoire se portent volontaires pour défendre la patrie, en particulier les plus aisés et cultivés, lisant la presse locale de l’époque et éduqués dans un esprit de revanche envers les Allemands. Les premiers soldats d’infanterie coloniale quittent l’île le 5 août par bateau. Au vu de l’intensité de la guerre, le recrutement de soldats dans les colonies s'intensifie les années suivantes. Malgré une situation sanitaire déplorable sur l’île, marquée par les maladies, la sous-nutrition et l’alcoolisme, ce sont au total et d’après les recensements officiels, 14.355 soldats réunionnais qui sont mobilisés, alors que la population compte 175.000 habitants.
Parmi eux, quelque 1.500 soldats sont affectés à Madagascar, pour défendre la Grande Île en cas d’attaque, et dont une centaine mourront sur place, de maladie pour la plupart. Les autres partent pour la France. Les premiers départs pour rejoindre Marseille ont lieu depuis Madagascar en mars 1915. Fragilisés par la traversée, les soldats réunionnais sont affectés d’abord aux régiments d’artillerie et d’infanterie, avant d’être affectés un peu partout au gré des nécessités, et dirigés vers les tranchées du nord de la France ou vers les fronts d’Orient.
“Pour les Créoles, la vie au front a probablement été plus difficile que pour les soldats métropolitains car, au-delà des souffrances liées au froid, ils font souvent l’objet de peu de considération de la part de leurs supérieurs”, indique l’ONACVG de La Réunion.
D'après les recensements, 1.693 soldats périront dans les tranchées ou ont été emportés par les maladies au terme des quatre années d'une guerre des plus destructrices.
Répercussions à La Réunion et retour des poilus réunionnais
En parallèle, La Réunion, qui n’est pas touchée directement par la guerre, en subit les conséquences de plein fouet. Les relations avec l’extérieur étant perturbées, les foyers manquent de tout. La pénurie entraîne la flambée des prix de l’alimentaire. La famine frappe alors durement les familles modestes, qui représentent la grande majorité des Réunionnais. Peu à peu, un climat de peur de l’arrivée des Allemands sur le sol réunionnais s’installe et perdure jusqu’à la fin de la guerre.
L’annonce de l’Armistice est faite à La Réunion le lundi 11 novembre 1918 à 18h00 heure Réunion, mais les poilus réunionnais doivent encore attendre un rapatriement sur l’île.
Le 31 mars 1919, le Madonna accoste au port de la Pointe des Galets avec, à son bord, les 1.603 premiers soldats réunionnais de retour de la guerre… et la grippe espagnole, qui sévissait en Europe. En faisant des milliers de victimes, l’épidémie, des plus destructrices, s’avérera beaucoup plus meurtrière sur le territoire que la guerre elle-même.


