CIREST : Un budget 2025 "de combat" et un contrat de concession de l’eau qui fait débat

Avec un budget global 2025 estimé à 106 millions d’euros et des finances jugées "solides", la CIREST entend poursuivre ses investissements, notamment dans le secteur de l’eau. Mais l’attribution d’un contrat de 12 ans à la CISE interroge certains élus, qui redoutent un impact financier pour les usagers.
Réunis ce jeudi 13 mars, les élus de la CIREST avaient à débattre sur 30 rapports. En préambule, ils ont tout d'abord adopté à l’unanimité la création d’un fonds exceptionnel d’un million d’euros destiné aux Très petites entreprises (TPE) touchées par le cyclone Garance. "C'est la première fois que la CIREST met en place ce fonds de secours exceptionnel pour le tissu économique intercommunal", a souligné le président de l’intercommunalité, Patrice Selly. Ce dispositif permettra d’octroyer jusqu’à 5.000 euros par entreprise en fonction des dommages subis, ciblant les structures affichant un chiffre d’affaires inférieur à 750.000 euros.
Un contrat de concession de plus de 200 millions d’euros attribué à la CISE
Autre point majeur du conseil : l’attribution du contrat de concession multi-services d’eau et d’assainissement, d’un montant dépassant les 200 millions d’euros. Seule entreprise à avoir répondu à l’appel d’offres, la CISE s’est vu confier la gestion du service pour 12 ans à compter de mai prochain. Ce contrat prévoit 9,1 millions d’euros d’investissements, dont 8,3 millions pour l’eau potable. Parmi les travaux prévus : l’alimentation du réseau de Saint-André depuis Ravine Creuse pour limiter les coupures, le déploiement du télé-relevé sur l’ensemble des communes dès 2027 ou encore la mise en place de pompes de secours pour plusieurs forages, notamment à Bras-Panon et Dioré.
Une absence de concurrence qui interroge
L’attribution de ce marché à un seul candidat a soulevé des interrogations au sein de l’assemblée, notamment du côté de l’opposition. "On est toujours mal à l’aise quand il n’y a qu’une seule réponse", a pointé Jean-Marie Virapoullé, élu d’opposition à Saint-André, qui a demandé s’il n’aurait pas été possible de relancer un appel à concurrence.
Les services de la CIREST ont défendu la procédure en expliquant que le marché avait respecté des délais de consultation étendus, permettant aux opérateurs intéressés de candidater. "Nous avons reçu des demandes de prolongation et avons étendu le délai à 80 jours. Il faut savoir que le délai minimal légal, c'est 25 jours fixé par le Code de la commande publique. On avait déjà mis plus du double au regard de la volumétrie du contrat et du temps nécessaire pour que les candidats puissent proposer des offres qui soient satisfaisantes. Malheureusement, comme dans d’autres territoires, nous constatons une raréfaction des candidatures sur ces contrats de concession", ont-ils précisé.
Joé Bédier saisit la justice, Patrice Selly répond
Le maire de Saint-André, Joé Bédier, avait exprimé dès le matin dans la presse ses "sérieuses interrogations" sur la légalité et la pertinence de ce contrat. Estimant que le manque de concurrence posait problème, il a décidé de saisir la justice.
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Interrogé sur ce signalement, Patrice Selly a réagi sèchement : "Il a signalé ce qu'il voulait signaler à la justice, et la justice dira si ce signalement était opportun ou pas. Il y a des élus qui travaillent et d’autres qui préfèrent faire de la politique", a tranché le président de la CIREST, affirmant que "tout a été fait dans la légalité".
De son côté, Joé Bédier campe sur ses positions : "Il n’y a eu qu’un seul candidat, et s’agissant d’un montant aussi important, on aurait pu laisser plus de temps aux autres concurrents." Il craint également que ce contrat ne se traduise par une hausse des factures pour les usagers.
Des inquiétudes partagées à Bras-Panon
Le maire de Bras-Panon, Jeannick Atchapa, qui s’est abstenu lors du vote, a également fait part de ses préoccupations. "Bras-Panon a un réseau performant et l’eau la moins chère des six communes de l’Est. Avec ce transfert de compétence, nous allons forcément vers une augmentation du prix de l’eau", a-t-il regretté. Il s’inquiète aussi de la répartition des investissements, estimant que sa commune ne bénéficiera pas directement des améliorations prévues.
En réponse aux inquiétudes émises par certains élus, Patrice Selly a déclaré que la question de la tarification de l'eau fera l'objet d'une autre délibération "au prochain conseil communautaire". Il reconnaît néanmoins que la future tarification aura "un impact direct" sur le niveau des investissements que la CIREST pourra réaliser ou pas dans l'avenir, notamment dans la construction de nouvelles unités de potabilisation, la construction ou la réhabilitation de stations d'épuration, ou encore l'amélioration du rendement de réseau dans les six communes membres. "Il appartiendra en responsabilité à chaque élu de dire si oui ou non le niveau actuel nous permet de faire les investissements nécessaires dont a besoin la CIREST pour l'avenir", ajoute-t-il.
Un budget "ambitieux" pour 2025
Sur le plan budgétaire, la CIREST entame l’année 2025 avec un résultat de fonctionnement 2024 estimé à 13,12 millions d’euros et une épargne nette de 6,4 millions. L’encours de la dette atteint 25,35 millions d’euros, en hausse de 3,2 % par rapport à 2023, mais la capacité de désendettement reste à un niveau confortable de 2,9 ans, loin du seuil d’alerte de 12 ans.
L’intercommunalité prévoit un budget de 106 millions d’euros pour 2025, répartis entre 73 millions pour le fonctionnement et 33 millions pour l’investissement. Comme en 2024, aucune hausse des taux de fiscalité n’est prévue.
"C'est un budget de combat qui reste ambitieux pour notre territoire parce que les enjeux qui sont face à nous sur l'ensemble des champs de compétences de la CIREST sont importants (…) C'est la raison pour laquelle il faut garder de l'ambition et j'ai toujours de l'ambition pour le territoire de la CIREST", conclut Patrice Selly.


