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Braquage de la Rivière-des-Pluies : les cousins voulaient juste remplir leur frigo

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 24 octobre 2025 à 20H07

Sur fond de misère sociale, les braqueurs de Monsieur Salim ont été condamnés ce vendredi à cinq ans de prison pour un pauvre braquage digne des « Pieds-Nickelés » qui avait eu pour théâtre le petit bureau de loto de la rue Roger Payet à La Rivière-des-Pluies.

Ce vendredi, Monsieur Salim, 70 ans, a pu mettre un visage sur les deux "pieds-nickelés" qui ont fait irruption dans son commerce mardi dernier, dissimulés sous des cagoules de karting. Présent dans la salle d’audience, le septuagénaire a dévisagé les prévenus avant qu’ils lui tournent le dos, debout face à leurs juges devant la barre du tribunal judiciaire de Champ Fleuri.

Tous deux sont cousins. Le plus âgé, Edson B., a fêté ses 32 ans le mois dernier. Père de famille avec une mention ancienne à son casier, le jeune homme a un visage passe partout avec ses dreadlocks, sa fine moustache et sa barbiche.

Les cousins à visage découvert

Le plus jeune, Noah M., 23 ans, a des cheveux courts gominés et une barbiche lui aussi. Par contre, il a un passé judiciaire qui témoigne d’une récente entrée en délinquance. Ce qui fait de lui un récidiviste puisqu’il a été condamné pour des violences avec un sabre en avril dernier qui ont valu dix jours d’ITT à sa victime et un an de prison dont six mois avec sursis pour lui.

Depuis le départ de sa mère puis de sa grand-mère en métropole, Noah M. est à la rue, dormant chez les uns et les autres. C’est ainsi qu’il a fini par être accueilli par son cousin. La situation de ce dernier n’est guère plus florissante.

La balade du dimanche en guise de repérage

Edson B. a perdu son emploi de cuisinier, il y a peu, pour une histoire de faux arrêt de travail et il vit avec sa compagne et leur jeune enfant. Sans argent, endetté et dans l’incapacité de payer le lait sans lactose du bébé, les cousins ont eu la malheureuse idée de remplir leur frigo en montant un braquage à deux balles.

Le dimanche, en cheminant entre leur appartement de Domenjod et la Rivière-des-Pluies, ils sont passés à proximité du commerce de Loto de Monsieur Salim. « On est passé à côté. Comme on avait besoin d’argent, on a pris la décision de le faire ici », reconnaît Edson B.

La copie d’un Beretta 9mm

Le mardi matin, peu après l’ouverture du Loto, les cousins sont à pied d’œuvre. Habillés tout en noir, ils dissimulent leur visage sous des cagoules de karting. Ils portent des gants en latex assortis au reste de leur tenue. Edson B. a en plus à sa ceinture un pistolet d’alarme. La copie d’un Beretta 9mm qui fait parfaitement illusion.

Avec leur panoplie de braqueurs comme à la télé, ils font irruption dans le commerce en présence de témoins. Sans crier gare, Edson B. pointe le canon de son arme sur Monsieur Salim en réclamant « la caisse » à deux reprises. Il s’empare d’un peu d’argent, 110 euros en petites coupures de 10. L'amateur oublie au passage de se saisir d’une enveloppe plus épaisse, qui se trouve elle aussi dans le tiroir-caisse.

Lire aussi : Deux hommes armés braquent un commerce de Loto à Sainte-Marie

C’est arrivé près de chez eux…

Pendant ce temps, Noah M. fait le tour pour rafler une douzaine de paquets de cigarettes et une poignée de ticket à gratter. Puis, les cousins masqués prennent leurs jambes à leur cou pour rentrer à leur appartement qui se trouve à un petit kilomètre à pied du lieu de leur exploit. Autant dire que c’est arrivé près de chez eux…

Sans surprise, tout part en vrille. Un témoin se met dans leur sillage. Les forces de l’ordre sont alertées. Et en un temps record, un équipage de la Bac interpelle Edson B. Celui-ci ne fait guère mystère de leur piètre expédition.

« Le pistolet, c’était pour faire des clips »

Il livre le nom de son cousin et conduit les policiers à son costume de braqueur, dissimulé dans un fourré. L’argent se trouve toujours dans la poche de son pantalon. A 9H30, l’affaire est pliée. Les suspects sont remis aux gendarmes, en charge de leur garde à vue.

Le binôme se met à table sans faire d’histoire. Le pistolet d’alarme ? Edson B. avoue l’avoir depuis environ deux ans. « Le pistolet, c’était pour faire des clips. Pour l’image… » « Pour faire Bad Boys ? », insiste la présidente. « Non, pour la réalité du sujet », coupe Edson B.

« Il n’y avait plus rien dans le frigo »

L’idée du braquage ? Ils avouent l’avoir eu « ensemble ». La gravité des faits qui leur sont reprochés ? Ils en sont « conscient ». Pourquoi ce commerce plutôt qu’un autre ? « Parce que ce n’est pas loin de chez nous. » « Pendant les trois jours précédents, vous ne vous êtes pas dit que ça n’était pas une bonne idée ? », insiste la présidente. « Le bébé n’avait plus assez de lait et il n’y avait plus rien à manger dans le frigo », répète Edson B.

« Heureusement que tous ceux qui ont des difficultés ne font pas des braquages », leur fait remarquer la présidente. Le témoignage de Monsieur Salim est là pour leur rappeler les répercussions que de tels faits peuvent avoir sur les victimes.

« Je n’arrive pas à dormir »

« Ça fait 45 ans que je suis commerçant. Je suis à un an de la retraite et, dans ma tête, je ne pensais pas que je pourrais être braqué. Je suis encore très choqué. Je n’arrive pas à dormir. Quand je vois une personne habillée en noir, ça me rappelle ce qui s’est passé ce matin-là », confie-t-il. Et d’ajouter : « La seule chose que j’ai à leur dire est qu’un jour quelque chose comme ça peut mal se terminer car il y a des commerçants qui ont de quoi se défendre. Et je n’en dirais pas plus… »

Lire aussi : Braquage de la Rivière-des-Pluies : « Ils sont entrés en criant : la caisse, la caisse ! »

« Ce ne sont pas de grands bandits, il s'agit d'un acte de désespoir »

Pour le substitut du procureur, « les faits ne sont pas compliqués mais ils sont très graves ». Elle requiert cinq ans de prison dont un an avec sursis à l’encontre de Edson B. « en raison d’un risque réel de récidive ». Et de préciser : « Ils avaient la volonté de remplir le frigo mais s’ils rentrent maintenant chez eux, le frigo sera toujours vide… »

En ce qui concerne Noah M., la représentante du ministère public réclame cinq ans de prison ferme et la révocation de son sursis antérieur car il est « récidiviste et que le sursis probatoire ne fonctionne pas avec lui ».

Me Corinne Chane Hime estime qu’il s’agit d’un « dossier sur fond de misère sociale ». En défense de Noah M., elle rappelle que « ce ne sont pas de grands bandits, il s’agit d’un acte de désespoir ». Elle souligne encore qu’ils ont « reconnu immédiatement les faits et exprimé de sincères remords » avant de solliciter la clémence des juges.

« Prisonnier de ses dettes »

Me Nawel Beikrit insiste à son tour sur les conditions de vie précaires de son client, « prisonnier de ses dettes au point d’en perdre la raison et de falsifier un arrêt de travail puis, confronté à son enfant qui pleurait, de commettre ce vol ». Elle parle de Edson B. comme d’une personne en proie « à une détresse profonde ».

L’avocate plaide en faveur d’une peine mixte qui permette « de le réinsérer avec la possibilité de respecter des obligations ». Finalement, les juges ont suivi à la lettre les réquisitions du parquet. La seule nuance a consisté à ne révoquer que la moitié des six mois de sursis probatoire placés au-dessus de la tête de Noah M., en complément de sa peine principale de cinq ans ferme.

Lire aussi : Braquage du Loto de la Rivière-des-Pluies : cinq ans de prison pour les deux auteurs

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