Bédier – Selly : l’heure de la réconciliation ?

Le ton change entre Saint-André et Saint-Benoît. Ce samedi, à l’occasion de l’investiture de Joé Bédier, Patrice Selly était présent et a affiché avec son homologue un message d’apaisement remarqué au moment où doivent s'accélérer les discussions pour la présidence de la Cirest. Pour l'heure, tous les scénarios sont sur la table.
Au moins, ils sont tous d'accord sur un point : la Cirest ne doit pas connaître une nouvelle mandature aussi tendue que la précédente, faite de clashs à répétition entre les deux plus grandes villes de l'Est, “ce qui au final ne profite à personne et surtout pas au territoire”, nous glisse un observateur de la vie politique locale.
Une tension qui avait explosé en milieu de mandature du fait du refus de Saint-Benoît, suivi par les autres communes, de céder comme il était convenu en 2020 la présidence en cours de route à Saint-André.
Un conflit permanent qui aura notamment vu par deux fois Joé Bédier saisir la justice, avec une plainte contre X déposée en septembre 2023 pour détournement de fonds publics et complicité de détournement de fonds publics dans l’affaire de la SPL Estival, puis en mars 2025 en saisissant la procureure de la République concernant le marché de l’eau et de l’assainissement de la Cirest.
"L'heure n'est plus aux dissensions"
Sans faire table rase du passé — encore chaud comme peuvent l'être les coulées dans le Grand Brûlé — c'est un tout autre message que les deux hommes ont voulu faire passer ce samedi à l'occasion de l'investiture de Joé Bédier, en présence de Patrice Selly et de son directeur de cabinet à la Cirest, Laurent Moutiama, aux côtés d'Huguette Bello, Emmanuel Séraphin ou encore Patrick Lebreton.
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Le président de la Cirest était d'ailleurs le seul maire de l'Est à avoir fait le déplacement. Une présence des plus remarquées quand on connaît les relations exécrables qui ont perduré entre les deux hommes durant les six ans de la dernière mandature de la Cirest.
Du passé ? “Je vois surtout les deux maires des plus grandes communes de l'Est réunis pour ce moment important de l'installation du maire de Saint-André, le message que l'on peut entrevoir c'est celui de deux maires qui veulent faire avancer le territoire, tout simplement l'heure n'est plus aux dissensions mais de se mettre autour de la table pour travailler sur les projets et les développer en commun, pour un territoire à l'égal des autres micro-régions”, a déclaré le maire réélu de Saint-Benoît.
“Patrice a tout dit”, confirme à son tour son homologue de Saint-André, tout sourire, après avoir partagé une photo avec son collègue de la Cirest.

"Un jeu de poker menteur"
Dans l'entourage des deux élus, on confirme une volonté “d'apaisement et de travailler différemment pour faire avancer le territoire de l'Est”.
Un message relayé par les autres maires de l'EPCI sur la forme, mais pas encore sur le fond, avec pour l'heure aucun accord scellé entre les différents maires et blocs présents autour de la table en vue de la présidence.
“Il y a un jeu de poker menteur, tous les scénarios sont encore possibles”, souffle un acteur de premier rang.
La règle du jeu, elle, ne change pas. Pour rappel, seul, personne n'atteint la majorité à la Cirest, fixée à 25 voix (48 sièges au total). Joé Bédier peut compter sur 17 élus, Patrice Selly sur 14, les "petites" communes pèsent 11 voix, Laurent Virapoullé 5 et Jean-Hugues Ratenon a une voix.
Il y a par contre un nouvel acteur autour de la table : les "petites" communes - Salazie, Bras-Panon, La Plaine-des-Palmistes et Sainte-Rose - parlent désormais d'une seule voix avec la volonté de tourner la page d'une mandature “marquée par les crises et une guerre larvée entre les deux grandes communes”, a déclaré un élu à Zinfos974.
Lors d'une réunion en début de semaine, les maires des quatre communes ont à leur tour appelé à un “apaisement” sur les bases d’une “gouvernance apaisée”, dans laquelle “les petites communes doivent avoir toute leur place”.
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Et de voir dans une potentielle présidence tournante assurée un temps par une petite commune un “symbole”, Saint-André et Saint-Benoît trustant les présidences depuis quasi la création de l'EPCI.
Les quatre maires doivent se retrouver autour d'un “projet de territoire” appelé à être ouvert aux deux grandes communes. Autre point commun, la volonté d'une “alternance” après six ans de présidence assurée par Saint-Benoît.

Saint-André se présente comme "légitime"
Rien ne dit pour le moment que Joé Bédier acceptera cette demande de présidence tournante, mais en cas d'union avec les "petites" communes, la majorité serait atteinte sans le besoin de recourir aux voix de Saint-Benoît.
Pour l'édile, il y a une certitude sur laquelle son équipe ne veut pas transiger : c'est Saint-André qui doit prendre la présidence, et tout de suite, mettant en avant une sorte de double légitimité, de par son poids démographique et financier et par le fait qu'elle aurait déjà dû présider l'intercommunalité depuis trois ans… Il en a fait un engagement auprès de ses électeurs.
En cas de refus, c'est vers Saint-Benoît que les petites communes pourraient se tourner avec un potentiel renfort des voix de l'opposition saint-andréenne (qui accuse Patrice Selly d'avoir d'ores et déjà apporté son soutien à Joé Bédier dans le cadre de l'élection municipale). Autre cas de figure, un accord entre Patrice Selly et Joé Bédier.
Deux scénarios qui ouvriraient la voie de la présidence mais avec le risque de créer de nouvelles guerres intestines en laissant un bloc en dehors de l'accord. Une possibilité écartée pour l'heure par tous les acteurs que nous avons pu contacter, chacun appelant à un “apaisement” des relations à la Cirest.
Dernier scénario : aucun accord n'est trouvé et la présidence se joue au vote. Si la majorité est nécessaire au premier et second tour, pas au troisième si les deux premiers ne suffisent pas. C'est alors celui qui a le plus de voix qui l'emporte.
"La présidence reste un objectif"
“Il y a une volonté d'apaisement, mais la présidence reste un objectif pour tout le monde”, résume un observateur.
Alors que l'élection du nouveau président a été repoussée du 7 au 10 avril, les discussions doivent s'accélérer cette semaine avec comme objectif partagé la conclusion d'une sorte de “pacte de gouvernance” commun qui passerait par un cabinet et un secrétariat partagés et des vice-présidences “avec des délégations claires”.
Reste le sujet de discussion central : qui siégera dans le fauteuil de président et pour combien de temps…


