Assassinat de Dimitri Saugrin au Port : Les accusés plaident la légitime défense

À l'époque, Florent Pomeng, le tireur, avait déclaré assumer pleinement son geste, un geste de défense pour protéger John Fruteau qui aurait été menacé par Dimitri Saugrin avec un couteau que la victime dissimulait dans sa sacoche.
La veille pourtant, John Fruteau avait déjà prouvé qu'il voulait en découdre. Il était venu devant le domicile de la mère de Saugrin et avait mitraillé le portail à l'arrière du premier immeuble de la cité. La mère du défunt était allée informer les policiers des potentielles menaces dont son fils faisait l'objet. Pendant qu'elle se trouvait au commissariat du Port, l'irréparable avait été commis.
Dimitri Saugrin avait été surpris par les deux hommes surgissant d'un véhicule alors qu'il sortait de chez sa mère par le portail de derrière, criblé de balles. Florent Pomeng, John Fruteau, Yannick Ramin et Ivan Achem affirment avoir croisé la route de la victime par "hasard".
Lors de la reconstitution des faits en juin 2021, chacun des accusés avait pu livrer sa version des faits : Dimitri Saugrin aurait donc menacé les autres avec un couteau qui aurait été retrouvé sur les lieux, reçu une sommation et l'aurait ignorée. Face à la menace, Florent Pomeng aurait tiré, atteignant le trentenaire au niveau du thorax. Dimitri Saugrin avait succombé seul sur les lieux alors que tous s'étaient enfuis.
A la barre de la chambre de l'instruction ce mercredi matin, John Fruteau de Laclos, 37ans, comparaissait dans le cadre d'une demande de remise en liberté. A l'issue de sa mise en examen pour complicité d'assassinat il avait été incarcéré il y a trois ans et demi. Le trentenaire, par la voix de son avocat, conteste toujours avoir été le commanditaire du crime et persiste dans la version d'une rencontre fortuite. "Le Port c'est petit", martèle Me Jean-Jacques Morel au soutien des intérêts de son client. "Ce n'est pas lui qui conduisait la voiture et encore moins lui qui a tiré", renchérit la robe noire, pointant "des charges minces".
Quant à Pomeng, il pourrait invoquer la légitime défense ou l'excuse de provocation, la faute revenant donc exclusivement à Dimitri Saugrin, "un individu dangereux" selon la défense. "C'est Fruteau qui appelle les secours. Il n'y avait aucun esprit de vengeance", conclut Me Morel assurant la cour des garanties de représentation de son client lors de son procès devant les assises qui devrait se tenir au premier trimestre 2023.
"Personne ne comprendrait qu'on libère un individu accusé d'assassinat, d'autant que monsieur Fruteau vit dans la délinquance et dans l'addiction aux jeux d'argent. Il a varié dans ses explications et a fait pression sur la sœur de la victime menacée par un de ses proches", a estimé la représentante de la société, Emmanuelle Barre, suggérant aux magistrats de l'instruction de refuser la demande de l'accusé.
La cour a rejeté la demande de remise en liberté et John Fruteau de Laclos reste, pour l'heure, derrière les verrous.


