Saint-Paul : la colère des lycéens s'amplifie à Plateau Caillou, entre problèmes d'organisation et angoisse du post-bac

La mobilisation lycéenne qui touche La Réunion s'est poursuivie ce lundi matin dans le quartier de Plateau Caillou à Saint-Paul. Devant les grilles du lycée général Évariste-de-Parny et du lycée hôtelier Christian-Antou, les élèves se sont rassemblés pour dénoncer les dysfonctionnements du quotidien, de la gestion de la restauration scolaire aux emplois du temps, tout en exprimant leurs inquiétudes face à la plateforme Parcoursup. Un rassemblement marqué par des heurts matinaux et une intervention des forces de l'ordre.
Le climat est resté particulièrement tendu ce lundi matin aux abords des établissements de Plateau Caillou, à Saint-Paul. Dès le début des manifestations, l'ambiance s'est détériorée devant les grilles, où des jeunes ont été accusés d'avoir renversé le portail du lycée hôtelier Christian-Antou. Une quinzaine de gendarmes déployés sur les lieux sont rapidement intervenus pour relever la grille et sécuriser la zone. Si le lycée Christian-Antou a maintenu ses accès ouverts selon le planning des cours, l'établissement général Évariste-de-Parny a gardé ses portes fermées pour la journée.
Au-delà des incidents du début de journée, la situation s'est nettement apaisée dès 10 heures du matin, laissant place à une parole libérée sur les réalités de la vie scolaire. Au lycée hôtelier, les dysfonctionnements de la pause méridienne constituent un point de focalisation majeur. Élève en terminale à Christian-Antou, Abdoul Fatah dénonce la rigidité de l'accès au service de restauration, expliquant que « nous avons de gros problèmes sur les pauses notamment. Elles sont très courtes et même pour certains élèves lorsqu'ils se retrouvent à avoir oublié leur carte, on nous dit de repasser après, mais après ils ferment la cantine et on se retrouve à aller en cours le ventre creux parce qu'on nous a refusé ».

Solidarité inter-établissements et spectre de Parcoursup
Cette précarité des pauses résonne directement chez les voisins du lycée général. Élève en première à Évariste-de-Parny, Maurine confirme les difficultés d'organisation, soulignant que « la cantine est trop petite et le temps de pause trop réduit. Certains élèves préfèrent aller en cours l'après-midi en n'ayant rien dans le ventre, car dans tous les cas, on ne peut pas être à l'heure sinon ». À ce rythme imposé s'ajoutent des journées rallongées par des plages creuses et des trajets fatigants. Élève en première, Héloïse raconte se lever à 4h30 pour prendre le bus et terminer à 17h malgré un emploi du temps à trous, déplorant par ailleurs une charge de devoirs estimée à plus de deux heures par soir par la vie scolaire.
Le mouvement prend ainsi une dimension solidaire qui dépasse le cadre local. Élève en première à Évariste-de-Parny, Noa affirme que la mobilisation a lieu « en solidarité du lycée hôtelier et des lycées dans l'Hexagone. Il y a des conditions graves dans certains lycées, on a vu des salles de classe dans un état déplorable. Ce qui nous stresse énormément ici à La Réunion, c'est Parcoursup. Le post-bac nous apporte beaucoup d'inquiétude ».
Sébastien Lecornu ne convainc pas
Si le calme est vite revenu, la matinée avait été marquée plus tôt, vers 8h30, par quelques tensions et l'usage de moyens de dispersion par les forces de l'ordre. Héloïse déplore la réaction des gendarmes lors de ces premières échauffourées, racontant qu'ils « ont gazé tout le monde sans aucune distinction et plusieurs filles, dont moi, nous nous sommes retrouvées complètement intoxiquées. Quand on a essayé d'aller discuter avec eux, l'un des gendarmes nous a répondu d'arrêter nos conneries et que c'était de notre faute ».
Face à la prise de parole de Sébastien Lecornu visant à apaiser la contestation, les annonces ministérielles se sont heurtées à un profond scepticisme chez les lycéens. Pour ces jeunes confrontés quotidiennement à la fermeture des accès pour un oubli de carte, aux cadences d'évaluations et aux incertitudes du calendrier Parcoursup, la parole du ministre peine à dissiper une crise de confiance désormais ancrée.
En marge de ce rassemblement, l'intervention des gendarmes s'est soldée par l'interpellation de trois individus, dont l'un était en possession d'une réplique d'arme à feu de type airsoft.


