Alain Djeutang est sur le pont pour saluer les marins internationaux à quai à La Réunion

C’est une tournée à laquelle ne dérogent pas Alain Djeutang et son équipe depuis 18 ans. 18 années d’accueil et d’entraide depuis la création du Centre international d'accueil des marins dont l'ancrage est son foyer situé en centre ville du Port.
Symboliquement à partir du 24 décembre, ce sont les salariés du centre qui montent à bord des navires pour saluer ceux qui passent le réveillon loin de leur famille. Ce soir ou le 31.
"C’est de plus en plus compliqué, la règlementation change. Cette année encore c’était une année particulière. On a rencontré des marins en larmes car ça fait des mois qu’ils ne peuvent mettre pied à terre", résume le directeur Alain Djeutang.
C’est dans ces moments qu’intervient le Centre international d'accueil des marins. Tout d'abord en offrant un espace de vie dans le foyer, puis lors des tournées des navires. Deux navires ont été visités ce vendredi matin au Port Est avec, dans la hotte du Père Noël, une distribution de litchis, des souvenirs de La Réunion et un Merry Christmas chanté en choeur.
Ils sont majoritairement indonésiens, malgaches, russes ou encore ukrainiens mais vivent les mêmes et longues campagnes loin de leurs pays.
Jacques et Andry sont de ceux-là. Avec des fortunes diverses. Le premier est d’Antananarivo et est le chef mécanicien sur un palangrier de la compagnie Enez dont la flotte est amarrée au Port Ouest. "Nos sorties en mer se font en moyenne pendant 11 jours, trajet compris", explique le mécano.


Sur les bateaux de 6 ou 13 mètres qui pêchent le thon, l’espadon ou la dorade, il veille sur la vie de 5 autres collègues. "Mon rôle est crucial", ajuste-t-il. A 40 ans, il a derrière lui 19 ans de mer. Pas mal pour un malgache de la capitale, sans littoral. "Nous avons notre océan aussi, rigole-t-il, c’est le lac sacré !".
Le Covid a fermé les frontières et compliqué les retours à la maison
Dans la quarantaine de marins à quai ce jeudi matin au Port Ouest, son compatriote Andry est moins souriant. Voilà dix mois qu’il est à La Réunion à cause du Covid et ses fâcheuses conséquences. "J’espère bientôt pouvoir prendre l’avion mais il y en a beaucoup qui attendent comme nous et il n’y a pas assez de places pour toutes les demandes avec le retard pris". En cause en effet la fermeture des frontières aériennes durant de longs mois. Sa femme et ses enfants demeurent à Tamatave. En ce jour de réveillon, la visite des bénévoles du foyer et du Secours catholique réduit quelque peu cette distance.
Jacques s’en va retourner dans la cabine de son palangrier dans lequel il vit tout en relativisant cette vie faite de longues campagnes éloignées des siens. "Il faut choisir : beaucoup de jeunes malgaches s’inscrivent pour devenir marin pêcheur en pensant qu’ils vont faire du fric rapidement mais découvrent les contraintes après", évoque-t-il son métier. Au rayon des bonnes nouvelles, Jacques se réjouit d’avoir pu être pris en charge médicalement à La Réunion pour se faire enlever un kyste sous les aisselles. Une bonne nouvelle annoncée à Alain Djeutang qui l'avait vu avant son opération.
Le centre des marins était accompagné ce vendredi de cinq bénévoles du Secours catholique. "L’an dernier nous n’avions pas pu y participer en raison du Covid. Au Secours catholique, nous avons pour mission d’aller vers les gens, d’aller vers ceux que nous appelons les invisibles. Et les marins font partie de ce public éloigné de leurs familles, qui ont besoin de réconfort, d’une attention", explique Fabienne Erudel, coordonatrice de projet.
La tournée du Centre des marins se poursuivra dans les jours prochains avec l'arrivée d'autres géants des mers. En tout, 500 marins auront reçu un présent. L'action du centre tout au long de l'année n'aurait pas été possible sans la contribution de financeurs que sont "le Grand port maritime, le conseil régional et départemental, la Ville du Port, mais aussi les donateurs, le Secours catholique et sans oublier les Réunionnais", remercie Alain Djeutang.


