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Accusations d'inceste et de violences intrafamiliales : un père relaxé au bénéfice du doute

Ecrit par P.B. – le vendredi 4 septembre 2026 à 06H18

Accusé par son épouse et leurs trois filles de violences et d'agressions sexuelles, Olivier a été relaxé de la quasi totalité des faits qui lui étaient reprochés. Le tribunal n'a retenu que des violences commises sur sa fille Emma* en décembre 2024. Une décision motivée par les insuffisances de l'enquête, mais difficile à entendre pour les parties civiles, qui ont quitté le tribunal en pleurs.

Après plusieurs années de procédures et trois renvois, Aline et ses filles attendaient une réponse de la justice. Elle est finalement très éloignée des réquisitions du parquet, qui avait demandé cinq ans d'emprisonnement, dont un an assorti d'un sursis probatoire.

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre a prononcé la relaxe d'Olivier pour l'ensemble des faits de violences et d'agressions sexuelles qui lui étaient reprochés, à l'exception des violences commises sur Emma en décembre 2023.

Une relaxe prononcée "au bénéfice du doute", a précisé la présidente. "Les actes d'enquête n'ont pas permis de retenir la culpabilité. Beaucoup de témoignages auraient mérité d'être vérifiés", a-t-elle expliqué en rendant la décision. Le tribunal considère ainsi que l'enquête n'a pas été suffisamment aboutie pour permettre de caractériser la culpabilité du prévenu sur les autres faits.

Pour les violences retenues, Olivier devra effectuer dans un délai de six mois un stage de sensibilisation aux violences. Le dossier est par ailleurs renvoyé sur intérêts civils concernant ces faits.

Des accusations portant sur plusieurs années

L'affaire réunissait plusieurs procédures et des faits de différentes natures et périodes. Olivier était notamment poursuivi pour des violences sur mineures ainsi que des agressions sexuelles dénoncées par son épouse et ses filles.

Les faits sexuels les plus graves dénoncés avaient initialement été qualifiés de viols avant d'être correctionnalisés avec l'accord des parties civiles.

Aline* avait décrit à l'audience une relation de couple oscillant depuis ses débuts entre des "moments tout rose", des dénigrements et des violences physiques. Trois filles sont pourtant nées de cette relation.

Le 21 avril 2024, une nouvelle dispute avait éclaté entre les époux. Leur fille aînée, Emma, s'était interposée, puis Aline à son tour. Dans le prolongement de cette soirée, elle dénonçait également une agression sexuelle commise par son mari.

C'est après la séparation de leurs parents que les filles avaient à leur tour révélé des gestes sexuels qu'elles attribuaient à leur père, notamment lorsqu'elles se retrouvaient seules avec lui au moment du bain.

Au cours de la procédure, Sophie, la cadette, avait d'abord accusé sa mère de violences avant de revenir sur ses déclarations et de mettre en cause son père.

Des traumatismes exposés devant le tribunal

À l'audience, une large place avait été consacrée aux conséquences psychologiques constatées chez les enfants. Les expertises versées au dossier faisaient notamment état d'un important traumatisme chez Emma, aujourd'hui âgée de 16 ans. L'adolescente a été hospitalisée et demeure suivie par le Centre médico-psychologique pour enfants et adolescents (CMPEA). Ses deux sœurs présentent elles aussi, selon les éléments examinés par le tribunal, des symptômes associés à un vécu traumatique.

Aline avait raconté les conséquences de ces dernières années sur sa famille. "J'ai dû tenir à bout de bras mes trois enfants", avait-elle confié à la barre.

Emma avait, elle, tenu à assister à la partie du procès qui la concernait. "J'avais pas besoin de passer pour une folle. J'ai été hospitalisée et j'aurai de cette histoire des effets secondaires toute ma vie", avait expliqué l'adolescente. Face au tribunal, elle avait également formulé ce qu'elle attendait de la décision concernant son père : "J'aimerais qu'il soit condamné, qu'il prenne conscience de ce qu'il a fait, de ce qu'il nous a fait subir."

Olivier a pourtant nié l'ensemble des faits mis à part ceux de décembre 2023. Questionné sur le mal-être de ses filles, il avait contesté les agressions sexuelles et l'essentiel des violences qui lui étaient reprochées. Il avait notamment évoqué une "aliénation parentale" pour expliquer les accusations portées contre lui. "Le concept n'est plus utilisé par les psychiatres", lui avait rétorqué la présidente.

Aline avait rejeté cette hypothèse : "Quelle maman a envie d'être là devant vous et de parler de l'intimité de ses filles ?"

"Un enjeu de société au-delà de cette affaire"

Lors de ses réquisitions, le ministère public avait pourtant estimé que les éléments étaient suffisants concernant les violences sexuelles dénoncées par Aline et les enfants. Le procureur avait évoqué une "série de faits graves et commis dans l'intimité familiale". Dans ce dossier où s'opposaient les versions du prévenu et des plaignantes, "c'est vers les plaignantes que l'emporte sa conviction", avait-il indiqué.

Le magistrat avait également replacé l'affaire dans un contexte plus large. "Les violences sur mineurs sont un fléau", avait-il insisté, évoquant 160.000 enfants victimes chaque année et "un enjeu de société au-delà de cette affaire".

Le parquet avait requis cinq ans d'emprisonnement, dont un an assorti d'un sursis probatoire, avec des obligations de soins, de travail et d'indemnisation des victimes, ainsi qu'une interdiction d'entrer en contact avec elles. Un mandat de dépôt avait été demandé pour la partie ferme.

La défense dénonçait une lecture biaisée du dossier

Me Lucie Kerachni, avocate des parties civiles, avait elle aussi défendu la parole des enfants. "Ce qu'il dit n'est absolument pas la réalité de ce qu'elles ont vécu", avait-elle soutenu face aux dénégations du prévenu. Elle demandait notamment des mesures destinées à tenir Olivier éloigné des victimes ainsi que le retrait de son autorité parentale. Durant leur parcours, les victimes ont notamment été accompagnées par le réseau VIF et l'association Peau d'âme.

À l'inverse, Me Nicolas Dyall avait demandé au tribunal de ne pas retenir les accusations portées contre son client. Pour la défense, les multiples plaintes d'Aline avaient fini par "biaiser la lecture du dossier, le regard d'ensemble".

L'avocat contestait les accusations sexuelles et avançait notamment que les déclarations des filles pouvaient s'inscrire dans un sentiment d'abandon après le départ de leur père dans l'Hexagone pendant plusieurs mois pour suivre une formation. "Le travail de sape a commencé quand monsieur est parti pour suivre sa formation", avait-il plaidé.

Une décision difficile à entendre pour les parties civiles

Le tribunal n'a finalement pas considéré disposer d'éléments suffisants pour condamner Olivier sur les agressions sexuelles et la plupart des violences dénoncées. La présidente a expliqué que les éléments recueillis au cours de l'enquête n'avaient pas permis au tribunal de lever le doute et d'établir la culpabilité du prévenu. "Beaucoup de témoignages auraient mérité d'être vérifiés", a-t-elle notamment relevé.

Une décision de justice difficile à admettre pour Aline et ses filles après les années de procédure, les expertises, les auditions et l'exposition de leur intimité devant la justice.

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