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À la Cirest, les jeux ne sont pas (encore) faits

Ecrit par Philippe Madubost – le mercredi 8 avril 2026 à 09H50
C'est demain à 14h que doit avoir lieu l'élection du nouveau président de la Cirest.

Alors que les 48 élus de la Cirest doivent se retrouver demain, jeudi 9 avril, pour élire leur nouveau président, aucun accord n’a été - en tout cas officiellement - trouvé pour l'heure et les scénarios restent ouverts, jusqu’à la possibilité de trois listes en lice.

Et si tout se jouait de nouveau la veille au soir, lors d’une réunion tenue secrète entre les maires de l’Est ? En 2020, elle avait eu lieu à Bras-Panon, avec un accord trouvé autour d’une présidence tournante entre Saint-Benoît et Saint-André. On connaît la suite…

C’est justement pour éviter un nouveau scénario d’une présidence émaillée de clashs et de tensions que tous les acteurs assurent vouloir tourner la page et ouvrir celle d’une mandature “apaisée”, basée sur un accord de gouvernance, une stratégie et des objectifs clairs et propices à chaque commune. "L'idée c'est de sortir la politique de la Cirest de la laisser dans les conseils municipaux", veut encore y croire un acteur du dossier.

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Un affichage encore loin de se traduire dans les tractations qui se poursuivent dans l’Est entre les six communes membres de l’EPCI, dont aucune, pour rappel, ne détient seule la majorité. La barre à atteindre est fixée à 25 voix sur 48 pour être élu.

Des rapports de force fragmentés

Joé Bédier et sa majorité pèsent 17 voix, Patrice Selly 14, Jeannick Atchapa 5, Johnny Payet 2, Sidoleine Papaya 2 et Sainte-Rose (Dominique Panambalom) 2 voix. Du côté des oppositions, Laurent Virapoullé compte 5 voix et Jean-Hugues Ratenon une.

Une partie de poker où trois acteurs sont désormais autour de la table. Les “petites” communes formant désormais un bloc avec la volonté affichée d’être davantage entendues et prises en compte dans les décisions de l’intercommunalité. A la sortie, une sorte de “main tendue” vers Joé Bédier, qui se présente en position de force après sa réélection, mais assortie d’une demande : une présidence partagée, voire tournante, au cours d’une mandature appelée à durer sept ans, présidentielle oblige. Une présidence jusqu’ici trustée par Saint-André et Saint-Benoît depuis la création de la Cirest.

Patrice Selly et Joé Bédier ont affiché un message "d'apaisement" lors de l'investiture du maire de Saint-André.

Un point de blocage sur la présidence

Si une rencontre jugée “fructueuse” a eu lieu entre les deux camps il y a une dizaine de jours, aucune avancée n’a été enregistrée depuis. Un point d’achoppement s’est rapidement dessiné. Selon nos informations, les communes “rurales” auraient proposé une présidence de trois ans pour Bras-Panon, puis de quatre ans pour Saint-André, avec un démarrage assuré par Jeannick Atchapa.

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Hors de question pour Joé Bédier de ne pas assurer la présidence et d’attendre (de nouveau). Il juge Saint-André doublement légitime, en raison de son poids démographique et financier, mais aussi parce que la commune aurait dû présider la Cirest depuis trois ans. Il s'agit d'une promesse faite à ses électeurs.

Ce mercredi matin 8 avril, les jeux ne semblaient pas encore faits pour autant, avec toujours la possibilité d’une nouvelle rencontre d’ici jeudi et d’avancées dans les négociations. La question de la présidence n’est pas présentée comme un “point de non-retour” par les communes rurales, au profit d’un “pacte de gouvernance partagé”. En cas d’accord, les communes “rurales” et Saint-André pourraient totaliser 29 voix, en ajoutant celle de Jean-Hugues Ratenon.

Des alliances encore mouvantes

Et Saint-Benoît ? Depuis l’investiture de Joé Bédier et le rapprochement remarqué entre Joé Bédier et Patrice Selly, un autre scénario a gagné en épaisseur : celui d’un vote des élus bénédictins en faveur du maire saint-andréen, sur fond d’“apaisement” mis en avant par l’édile de Saint-Benoît lors de l’investiture de son homologue, probablement en échange de garanties sur la continuité des dossiers portés par la cité des eaux vives. Dans ce cas, avec 32 voix potentielles, l’élection serait jouée.

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Ce scénario n’inclurait toutefois pas d’accord autour d’une présidence partagée avec Saint-Benoît, compte tenu du différend entre les deux hommes, marqué notamment par deux plaintes déposées par Joé Bédier lors de la précédente mandature.

Mais faute d’accord entre les communes “rurales” et Saint-André, Saint-Benoît pourrait aussi se tourner vers ces dernières, et vice versa. La présidence reste un objectif pour Patrice Selly, selon plusieurs sources. Un scénario dans lequel un autre acteur pourrait jouer un rôle : l’opposition de Saint-André, pour un possible remake de l’élection de 2020.

Laurent Virapoullé prêt à voter pour Patrice Selly ?

Interrogé ce mardi, Laurent Virapoullé estime qu’il y a une "impasse" et évoque "un autre scénario possible", refusant "un remake des municipales à Sainte-Marie". A ses yeux, "le PLR de Joé Bédier et d’Huguette Bello est arrivé largement minoritaire dans la plupart des communes de l’Est et ne l’a emporté que de quelques voix à Saint-André", jugeant dès lors qu’il n’est pas "légitime" pour présider la Cirest.

Dans ce contexte, il n’exclut pas de voter en faveur de Patrice Selly, confirmant ainsi des propos relayés par Freedom. Dans ce cas, en cas de vote à la majorité relative, Saint-Benoît et l'opposition de Saint-André pèseraient 19 voix. Suffisant pour l'emporter au troisième tour, même sans celles des communes rurales.

Rappelons que les communales "rurales" ont affiché dès le départ une volonté “d'alternance” après six ans de présidence assurée par Saint-Benoît. Elles pourraient au final faire pencher la balance.

Si elle a été évoquée par les communes "rurales", la présidence tournante n'est pas présentée comme un point de 'non-retour" (Atchapa en photo ici).

Vers une triple candidature ?

Ils seraient donc trois à toujours briguer la présidence de la Cirest à ce stade : Joé Bédier, Jeannick Atchapa et Patrice Selly.

“Il y a une volonté d’apaisement, mais la présidence reste un objectif pour tout le monde. Il y a un jeu de poker menteur, tous les scénarios sont encore possibles”, confiait récemment un acteur proche du dossier. La donne n’a pas changé.

Et de prophétiser, faute d’accord d’ici là, une triple candidature ce jeudi 9 avril au moment du vote.

Pour rappel, si les deux premiers tours se jouent à la majorité absolue, le troisième se gagne à la majorité relative. Le maintien d’une liste par Saint-Benoît et les “petites” communes favoriserait alors Saint-André.

Le risque d'une gouvernance fragile

Reste une question : en l’absence d’accord et avec une majorité acquise de justesse, le futur président pourrait se retrouver à la tête d’une gouvernance fragile, en décalage avec les appels à “l’apaisement” formulés par l’ensemble des acteurs. "On serait loin du signal attendu par la population et le monde économique", juge un observateur.

Sur ce point, l’entourage de Joé Bédier se veut rassurant : “Avant de parler de gouvernance, de postes ou de vice-présidences, l’objectif est de porter des projets partagés pour le territoire et de ne pas créer de fractures”.

À l’Est, le round des négociations se poursuit.

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