À Bois-Rouge, la distillerie de Savanna veut en finir avec ses rejets polluants

Mise en demeure par l’État depuis 2020 de respecter les normes environnementales concernant ses rejets de vinasse en mer, la distillerie de Savanna a dû régler, en mars dernier, 219.000 euros d’astreinte. Un système de nanofiltration membranaire permettra en 2026 de traiter 100 % des effluents, tout en produisant l’équivalent de 700 tonnes d’engrais chimiques pour la production cannière.
Depuis son autorisation d’exploitation accordée en 1999, la distillerie de Bois-Rouge (Saint-André) a été régulièrement épinglée par la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) en raison de ses rejets de vinasse, via un émissaire en mer, qui n’atteignent pas le niveau de traitement exigé par la loi.
Les arrêtés préfectoraux étant très peu explicites sur ce sujet, il est difficile d’estimer les quantités de déchets évacués dans la nature. Et encore moins leur impact sur l’environnement, sans doute non négligeable.
À partir de 2017, la Distillerie de Savanna, propriété de la SAS Réunionnaise du Rhum, engage des études pour un projet de traitement de ses effluents avec un dispositif d’évapo-concentration. Les vinasses, maintenues en suspension grâce à la vapeur, peuvent être isolées puis récupérées pour être restituées dans le circuit agricole, sous forme d’épandage dans les champs.
Mais la localisation du site industriel, en bordure du littoral et en zone inondable, ne facilite pas la tâche. Au point d’estimer à près d’un million d’euros les mesures compensatoires à engager dans le cadre du chantier.
Un premier projet de mise aux normes refusé par la DEAL
« Ce projet nécessitait un déménagement de la distillerie, sur le champ de canne à droite de l’actuelle boutique. L’évapo-concentration consommait beaucoup de foncier et on avait dimensionné une grande installation, en travaillant avec la DEAL, qui nous avait demandé de réduire l’emprise foncière, laquelle était d’environ 2 à 3 hectares. On a mobilisé près d’un million d’euros pour les études, mais on n'a pas obtenu l’agrément final des services de l’État pour pouvoir engager les travaux », assure Thomas Giubbi, président de la Réunionnaise du Rhum et de la Distillerie de Savanna.
En juillet 2020, la DEAL met en demeure l’entreprise de se mettre en conformité avec la réglementation sur le traitement des rejets de vinasse. Trois ans plus tard, un arrêté préfectoral fixe une astreinte journalière de 1.500 euros, redevable jusqu’à ce que le site industriel classé ICPE atteigne le niveau requis d’effluents maîtrisés.
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En janvier 2025, un contrôle de l’inspecteur de l’environnement constate le « non-respect des taux d’abattement minimum » et la « persistance de rejets non conformes ». L’addition est salée : un titre de perception de 219.000 euros est adressé à la Distillerie de Savanna au mois de mars. Depuis, le compteur journalier à 1.500 euros s’est remis à tourner.
« On a écrit aux services de l’État pour demander l’annulation de l’astreinte. On espère bien l’obtenir puisqu’on travaille en bon dialogue avec eux pour notre projet de nanofiltration membranaire », fait valoir Thomas Giubbi, en arguant que, sans les retards administratifs et techniques, le procédé aurait dû commencer à être installé dès le mois prochain. Le chantier est désormais reporté au mois de novembre, pour une mise en service annoncée en juillet 2026.
40% de consommation d'eau en moins
La nanofiltration membranaire (les vinasses sont retenues par des membranes qui ne laissent passer que les molécules d’eau) a l’avantage de consommer très peu d’espace foncier, et surtout 40 % moins d’eau qu’aujourd’hui.
« On sera amené à traiter 100 % de nos effluents et cela va générer des rétentats qui vont remplacer les engrais chimiques importés. À terme, on doit produire 700 tonnes d’équivalent engrais chimique pour l’épandage, ce qui représente 1.400 hectares de canne. C’est cela qui est génial avec la canne : cette circularité qui permet de faire du sucre, de l’énergie, du rhum. Pour nous, rhumiers, il est fondamental de maintenir une industrie cannière durable. C’est pour cela que nous fournirons gratuitement ces 1.400 hectares d’épandage », expose le président de la Réunionnaise du Rhum.

Pour des questions pratiques et de logistique, la Distillerie de Savanna va toutefois déménager ses bâtiments administratifs et sa boutique touristique sur une parcelle que le futur PLU de la ville de Saint-André (qui vient d’être retoqué par la DEAL) prévoit de déclasser en décembre prochain, lors du dernier conseil municipal de l’année. Le propriétaire du terrain a déjà donné son accord, confirme la mairie.
60.000 visiteurs attirés chaque année
« Nous, on se positionne en tant qu’accompagnateur des industriels présents sur notre territoire. On sait qu’ils ont des soucis, on a fait en sorte d’intégrer cela dans le PLU. C’est un projet travaillé avec le propriétaire foncier, dans le cadre de nos orientations d’aménagement et de programmation [OAP]. Il y a beaucoup de visites touristiques dans leur boutique, plus de 60 000 personnes par an, on veut valoriser cette industrie », expose la mairie de Saint-André.
Selon Thomas Giubbi, l’opération de mise aux normes et de déménagement va mobiliser entre 15 et 20 millions d’euros de capitaux. La Distillerie de Savanna, qui réalise 12 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, ajoute avoir effectué des demandes de fonds Feder et de crédit d’impôt. Un investissement non négligeable, alors que la production de canne à sucre a atteint, avec moins de 1,2 million de tonnes, un seuil critique historique à La Réunion.


