Journée de prévention du suicide: "Pas assez d'espaces de parole à la Réunion"

Le suicide, un sujet tabou dans la société actuelle. Lorsqu'une personne pense que la mort est la seule issue à sa souffrance, cela signifie que quelqu'un ou qu'un événement traumatisant a atteint son "for intérieur". Cette "blessure narcissique" serait latente et se réveillerait par un événement tel qu'une rupture amoureuse, le décès d'un proche ou un traumatisme psychosocial telle que la perte de son statut social.
"Il n'y a pas de profil type"
"Il n'y a pas de profil type", indique Odayen Danon Lutchmee, présidente de l'association bénévole Prévention suicide. "90% des personnes qui nous appellent finissent par nous révéler une souffrance passée, comme des violences intra-familiales. Elle a, à nouveau, l'impression de s'être fait avoir à son insu", explique la présidente.
Elle éprouve un sentiment d'abandon ou de trahison. "Souvent on me demande pourquoi est-ce qu'une personne de 20 ans peut se suicider? Très souvent, ces jeunes personnes ont subi des violences physiques ou sexuelles", témoigne Odayen Danon Lutchmee.
Face à cette "grosse blessure du for intérieur", qui est réactivée par un événement douloureux, la personne peut rebondir, "c'est la résilience". Dans le pire des cas, elle ne voit pas d'autre issue que la mort pour mettre fin à sa souffrance.
Lorsqu' une personne a une conduite suicidaire, c'est un appel qu'il ne faut absolument pas prendre à la légère. Si elle passe à l'acte, c'est qu'elle a atteint son seuil de souffrance. "La douleur est devenue intolérable. Cette personne, qui pense à la mort parce qu'elle a échoué à un examen par exemple, n'a pas conscience que cet échec, qui n'est pas dramatique en soi, est un élément déclencheur d'une blessure profonde", poursuit-elle.
"il n'y a pas assez d'espaces de parole à la Réunion"
L'écoute est la première étape vers la guérison. Mais malheureusement, "il n'y a pas assez d'espaces de parole à la Réunion", regrette Odayen Danon Lutchmee. "Il faut communiquer sur le sujet et casser la chaine des fausses croyances. Trop souvent, on juge la personne qui tente de se suicider alors qu'il faut la suivre, remonter dans son histoire", explique-t-elle.
La fin de journée est propice aux appels des personnes en détresse. "Le nombre d'appels varient et, se fait par vagues. On peut avoir jusqu'à 70 appels par mois. A la Réunion, il y a 100 suicides par an. Et chaque jour, on compte 8 à 10 suicides et tentatives de suicide", précise la présidente. L'association Prévention suicide reçoit des appels plus nombreux durant les vacances scolaires. "Les appels sont anonymes et les gens se confient", témoigne-t-elle.
Un numéro vert existe pour ceux qui souhaitent avoir une écoute au 0800 62 01 62. Une soirée-débat sera animée par Odayen Danon Lutchmee à l'antenne Ker Soleil à Saint-Pierre dès 18h30 au 59 rue du Four à Chaux. Au coeur du débat : le suicide et les liens d'affiliation dans les familles recomposées.
Indicateurs sur le suicide à La Réunion
• En moyenne, 94 décès annuels par suicide ont été enregistrés à La Réunion, sur la période 2007-2009 (2,3 % des décès toutes causes confondues).
• Le taux standardisé de mortalité par suicide à La Réunion est équivalent à celui de la métropole (16,4 décès pour 100 000 habitants), ce taux ayant toujours été inférieur à celui de la métropole, avant cette période.
• A La Réunion, comme en métropole, les suicides sont majoritairement masculins : 8 suicides sur 10 concernent des hommes.
• Sur la période 2007-2009, la mortalité par suicide enregistre une hausse de 14 % chez les hommes (par rapport à 2004-2006) tandis qu'elle baisse chez les femmes (-20 %).
• A La Réunion, contrairement à la métropole, la fréquence des décès par suicide n'augmente pas avec l'âge. Sur la période 2007-2009, près de la moitié des suicides concernait des Réunionnais entre 15 et 44 ans.
• Le suicide constitue une des principales causes de décès prématurés (avant 65 ans), il représente la 2ème cause de mortalité chez les hommes et la 6ème chez les femmes.
• Sur la période 2007-2009, la pendaison est le mode de suicide le plus fréquent à La Réunion (44 %), suivie des auto-intoxications (22 %) et des sauts dans le vide (13%).


