Collectivité unique, tarif aérien plafonné, quotas : Patrice Selly dévoile la ligne politique régionale de Banian

Réuni en congrès ce week-end, le parti "Batir Notre Île Ansanm" (Banian) a précisé sa ligne politique pour La Réunion. Dans son discours de clôture prononcé ce dimanche 6 septembre, son président Patrice Selly a revendiqué un positionnement régionaliste et défendu une évolution institutionnelle offrant davantage de pouvoir de décision aux Réunionnais.
Six mois après la victoire de son mouvement au premier tour des élections municipales à Saint-Benoît, Patrice Selly veut désormais porter Banian au-delà de son ancrage bénédictin. À l’issue de deux jours de travaux réunissant militants, élus et experts, le président du parti a présenté les grandes orientations d’un projet pensé à l’échelle de l’île et discours et prononcé ce dimanche devant plusieurs personnalités politiques dont la sénatrice Audrey Bélim, les maires Olivier Hoarau, Olivier Rivière, Alexandre Laï-Kane-Cheong.
Le positionnement est désormais clairement revendiqué : “Banian est un parti régionaliste. Je le dis sans détour, sans fausse pudeur : oui, nous croyons que La Réunion doit avoir les moyens de décider pour elle-même, de se doter d’une fiscalité qui lui appartient, d’un statut qui corresponde à sa réalité géographique, économique et humaine.”

Une orientation qu’il distingue cependant d’une volonté de rupture avec le cadre national. “Nous ne voulons pas opposer La Réunion à La France. Nous ne voulons pas sortir de la République. Nous voulons une République qui fasse confiance à ses territoires”, poursuit-il, défendant “un régionalisme de responsabilité”.
Lever le “verrou” institutionnel
Dans cette logique, Banian veut ouvrir le débat sur l’évolution du statut de La Réunion et demande la levée de ce que Patrice Selly qualifie de “verrou constitutionnel” lié à l’amendement Virapoullé.
“Ce verrou, il faut aujourd’hui le lever. Non pas pour sortir de la République, non pas pour réclamer je ne sais quelle rupture institutionnelle, mais au contraire pour donner à la République les moyens d’être plus efficace à La Réunion”, défend-il.
Le parti veut également ouvrir le débat sur une collectivité unique fusionnant le Département et la Région. “Je ne veux pas d’une collectivité unique pour simplement fusionner deux administrations. Je veux une collectivité unique pour changer notre capacité à agir”, précise Patrice Selly.
Une fusion qui, selon lui, n’aurait de sens qu’accompagnée de compétences supplémentaires : “Une collectivité unique sans compétences nouvelles ne servirait à rien.” Banian demande l’organisation d’un référendum local afin que cette éventuelle évolution soit “portée, débattue et tranchée par le peuple réunionnais lui-même”.
Le mouvement évoque ainsi un statut “beaucoup plus différencié”, inspiré notamment de la logique du modèle corse mais adapté à La Réunion. Patrice Selly se dit prêt à demander une révision de la Constitution si le cadre actuel ne permet pas d’aller suffisamment loin, tout en excluant une sortie de la République ou de l’Europe. “Le statut n’est pas le projet, le statut est l’outil”, résume-t-il.









Un tarif "résident" sur l'aérien
Sur le pouvoir d’achat, Banian entend notamment soutenir davantage la production locale, instaurer une plus grande transparence sur les prix et revoir l’octroi de mer afin de renforcer la protection des produits réunionnais.
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“La première urgence, c’est le pouvoir d’achat. Nous devons arrêter de considérer comme une fatalité le fait que la vie soit plus chère à La Réunion”, affirme Patrice Selly. Pour le président de Banian, la réponse doit notamment passer par la production locale : “Nous voulons baisser le coût des produits locaux en aidant financièrement nos agriculteurs et notre production, avec un véritable mécanisme de régulation des prix. (...) Pour lutter contre la vie chère, nous exigerons une totale transparence des prix avec notamment l’affichage des prix avant application des taxes.", ajoute-t-il.
Le parti veut également revoir la politique de continuité territoriale. Patrice Selly propose la création d’un tarif plafonné. "Regardons ce qui se fait ailleurs. En Corse, l’État et la Collectivité de Corse ont construit un véritable service public aérien, avec des tarifs "résident" encadrés sur les liaisons essentielles. Pourquoi ce qui est possible pour les Corses ne le serait-il pas pour les Réunionnais ? Je veux donc que nous portions une exigence simple : la création d’un véritable tarif résident Réunion. Un dispositif qui garantirait à chaque Réunionnais un prix plafonné pour un aller-retour entre La Réunion et la métropole, avec un objectif de 500 euros maximum, et un tarif renforcé, autour de 400 euros, pour les étudiants, les jeunes, les familles modestes et les situations particulières”, défend-il.
“Je sais que ce mot dérange certains”
Sur le terrain économique, Banian propose un “plan Marshall” pour les TPE et PME, un schéma directeur régional du commerce et une zone franche élargie à l’ensemble de l’île et à toutes les activités ainsi qu'"un statut d'entrepreneur qui protège enfin celui qui prend des risques au lieu de le sanctionner au premier faux pas." Le mouvement souhaite également favoriser le retour des Réunionnais partis étudier ou travailler dans l’Hexagone.
“Partir de La Réunion doit être un choix, pas une fatalité, et revenir doit redevenir une ambition, pas un renoncement”, avise Patrice Selly.
Le président de Banian assume également le concept de préférence régionale. “Je sais que ce mot dérange certains, je l’assume pourtant. La préférence régionale n’est pas le rejet de l’autre, ce n’est pas fermer La Réunion. C’est donner davantage de chances à ceux qui vivent, travaillent, se forment et entreprennent ici”, explique celui qui avait marqué son opposition dans des nominations récentes.
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Concrètement, le parti évoque “des quotas dans les postes à responsabilité”, une priorité à l’emploi local et un accès facilité des jeunes diplômés aux fonctions qui structurent l’île. “Ce n’est pas de l’exclusion, c’est de la justice réparatrice envers une jeunesse trop souvent condamnée à l’exil professionnel”, soutient Patrice Selly.
“La sécurité n’est ni de gauche ni de droite"
Son discours consacre également une large place à la sécurité. “La sécurité n’est ni de gauche ni de droite. Elle est une condition de la liberté, une condition de la tranquillité des familles, et aussi une condition de la justice sociale”, affirme Patrice Selly.
Banian propose notamment la suppression des prestations familiales pour les familles dont les mineurs commettent des actes de délinquance. “Peut-on continuer d’accompagner financièrement une famille qui n’exerce plus son autorité parentale, quand ce défaut d’autorité met en danger tout un quartier ? Notre réponse est non”, tranche ainsi le président du mouvement qui a donc eu l'occasion de réaffirmer son intransigeance sur ce sujet. Une fermeté déjà affichée dès son premier mandat municipal.
Il défend également le recours aux travaux d’intérêt général pour les mineurs délinquants selon un principe résumé ainsi : “tu casses, tu payes. Ce n'est pas de la vengeance, c'est de l'éducation par la responsabilisation.”
Patrice Selly réaffirme par ailleurs sa position en faveur de l’expulsion locative des délinquants qui troublent la tranquillité de leur voisinage, réclame une antenne de la Police aux frontières au Port dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic et maintient sa proposition d’un service militaire obligatoire.


