Revenir à la rubrique : Social

Les contrats aidés comparés à des "tunnels vers la misère" par le ministre de l’Économie, Roland Lescure

Ecrit par Zinfos974 – le vendredi 14 août 2026 à 06H54
"Les emplois aidés et les emplois jeunes coûtaient une fortune, étaient présentés à tort comme des marchepieds vers l’emploi et se sont révélés être des tunnels vers la misère", juge le ministre de l'économie (photo D.R).

Si les collectivités et associations réunionnaises espéraient encore infléchir la décision de l’État sur la baisse drastique des Parcours emploi compétences (PEC), les déclarations de Roland Lescure risquent de doucher leurs derniers espoirs. Dans un entretien accordé à Libération, le ministre de l’Économie défend sans ambiguïté la rupture engagée depuis 2017.

De 10.000 à 4.000 contrats en un an. À La Réunion, la réduction de l’enveloppe des Parcours emploi compétences annoncée au printemps a été particulièrement brutale : 6.000 contrats de moins qu’en 2025, soit une baisse de 60 %. À cela s’ajoutent des conditions moins favorables, avec des contrats ramenés de dix à six mois et une prise en charge de l’État abaissée de 50 % à 40 % du Smic horaire brut.

Une cure d’amaigrissement d’autant plus spectaculaire lorsqu’on regarde une décennie en arrière. Fin 2016, l’Insee recensait encore 25.100 bénéficiaires d’un contrat aidé à La Réunion, dont plus de 20.000 dans le secteur non marchand. En 2026, l’enveloppe des PEC est limitée à 4.000 contrats, dont une partie est en outre soutenue financièrement par le Département.

En réponse, élus, collectivités et associations réclament à l’État depuis plusieurs mois de revoir sa copie. Les déclarations de Roland Lescure dans un entretien publié par Libération ce matin risquent de les refroidir.

Lire aussi : Saint-Joseph : pourquoi plusieurs services périscolaires seront supprimés à la rentrée

Interrogé par le quotidien sur la remontée du chômage malgré les réformes conduites depuis 2017, le ministre de l’Économie revendique le choix fait au début des quinquennats Macron de privilégier la formation, l’apprentissage et le retour vers l’emploi classique. Dans ce raisonnement, les anciens dispositifs d’emplois aidés constituent précisément le modèle dont le gouvernement affirme avoir voulu sortir.

Roland Lescure estime ainsi qu’ils étaient présentés à tort comme des passerelles vers l’emploi et les qualifie de "tunnels vers la misère". Il rappelle que leur abandon avait déjà suscité des critiques à l’époque, mais continue d’assumer ce choix.

Lire aussi : Privée de près de 600 contrats aidés, comment Saint-Denis a réussi à sauver sa rentrée scolaire

"En 2017, Emmanuel Macron a préféré des politiques en faveur de l’activité et de l’emploi plutôt que faire ce que d’autres ont fait pendant des décennies : choisir la préférence pour le chômage. Ils dépensaient beaucoup d’argent pour indemniser sans réellement accompagner des gens qui étaient exclus du marché du travail. Les emplois aidés et les emplois jeunes coûtaient une fortune, étaient présentés à tort comme des marchepieds vers l’emploi et se sont révélés être des tunnels vers la misère. Nous avons mis fin à ces politiques et cela nous a valu des critiques à l’époque", déclare le ministre au journal.

Le choix a été fait de favoriser la formation et l’apprentissage : "Nous avons mis le paquet sur les dispositifs de retour à l’emploi, de formation, d’apprentissage… Nous sommes passés de 600.000 apprentis à plus d’un million de nouveaux apprentis par an depuis 2017", met en avant le membre du gouvernement.

En mai, élus et associations avaient manifesté contre la baisse drastique des contrats aidés devant les grilles de la préfecture.

Une ligne déjà assumée en mai à l’Assemblée

Un discours qui s’inscrit dans la ligne défendue par le gouvernement ces derniers mois face à la fronde des élus contre la réduction des PEC.

Le 20 mai, alors que plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles de nombreux maires et élus, s’étaient rassemblées devant la préfecture à Saint-Denis pour demander le maintien du dispositif, le dossier avait été soulevé l’après-midi même sur les bancs de l’Assemblée nationale par le député socialiste Philippe Naillet.

En réponse, le gouvernement avait certes reconnu les difficultés du territoire et annoncé un réexamen de la situation avec le préfet. Mais il avait surtout maintenu le cap.

Lire aussi : Contrats PEC à La Réunion : pourquoi le gouvernement promet des "ajustements", mais refuse de reculer

Le ministre de l’Emploi et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, avait alors avancé un chiffre pour justifier cette remise en cause : seuls 21 % des bénéficiaires réunionnais accéderaient ensuite à un emploi durable. "Il faudra forcément s’interroger sur la destination de ce dispositif", avait-il prévenu.

L’État rappelait parallèlement que La Réunion continuait à concentrer 25 % de l’enveloppe nationale des PEC et mettait en avant d’autres outils d’insertion.

Une stratégie fortement critiquée par les collectivités et associations, qui rappellent qu’au fil des années, ces contrats, en plus de constituer un tremplin vers la réinsertion et l’emploi, sont devenus une composante du fonctionnement quotidien de nombreuses communes et associations : entretien, restauration scolaire, accompagnement dans les écoles, action sociale ou encore environnement.

Pour compenser la baisse, celles qui le peuvent doivent recruter avec des conséquences sur leurs budgets, leurs investissements et le service rendu à la population. 

Lire aussi : PEC : facture en millions d'euros et services "dégradés", les communes sous tension avant la rentrée

Les retraités aisés mis à contribution ?

L’entretien de Roland Lescure dépasse la question de l’emploi. À l’approche d’un budget 2027 qu’il décrit comme difficile, le ministre prévient que l’exécutif entend continuer à examiner les dépenses jugées inefficaces et les niches fiscales, tout en préservant l’investissement et la compétitivité.

Parmi les pistes évoquées figure notamment une possible contribution supplémentaire des retraités les plus aisés.

Le ministre considère que leur pouvoir d’achat a été globalement préservé depuis 2017 et estime que "la question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d’être posée". Aucun arbitrage n’est toutefois arrêté et Roland Lescure assure vouloir préserver les retraités les plus modestes. Concernant une éventuelle réduction des dépenses de politique familiale, il indique que le gouvernement étudiera les rapports récemment publiés, sans décision à ce stade.

Le ministre écarte par ailleurs l’idée d’un projet de loi de finances rectificative réclamé notamment pour financer de nouvelles dépenses liées aux canicules et aux incendies. Il défend plutôt des interventions ciblées et rappelle que le gouvernement cherche désormais à éviter les dispositifs de soutien massifs et coûteux.

Etiquettes : Economie | Emploi | Gouvernement | PEC

Dans la même rubrique

0💬
Tri :