Scrutin contesté au PS : La Réunion ne veut pas être le bouc émissaire

Dans un climat de tensions internes au Parti socialiste, les regards se tournent vers La Réunion, où le vote en faveur d’Olivier Faure a été massif. Un scrutin suivi de près, avec une fédération locale qui revendique désormais un rôle à part dans la recomposition de la gauche.
Selon les résultats validés par la commission nationale du parti, plus de 80 % des suffrages exprimés dans l’île se sont portés sur la motion portée par Olivier Faure. Il devance largement ses concurrents : 19 votes pour Nicolas Mayer-Rossignol et 4 pour Boris Vallaud, contre 261 pour Faure, sur 294 votes retenus. On dénombre également 10 bulletins blancs ou nuls.
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Un écart qui contraste avec le résultat serré au niveau national, où Olivier Faure est arrivé en tête avec 42,21 % des voix, juste devant Nicolas Mayer-Rossignol (40,38 %), soit une avance de moins de deux points.
PS 974 : une participation encadrée et partiellement invalidée
À La Réunion, 425 adhérents étaient inscrits pour ce scrutin interne, avec 373 votes exprimés, soit un taux de participation de 69 %. Toutefois, 79 voix n’ont pas été retenues. En cause : l’exclusion de trois bureaux de vote (Saint-Paul, Saint-André et Saint-Denis 9) par la commission de recollement, en raison d’irrégularités.
"Il était impossible de recouper certaines adhésions avec les feuilles d’émargement ou de confirmer la validité des signatures", explique un cadre local du PS. Ces anomalies ont conduit à l’annulation des votes concernés, décision entérinée par la commission nationale sous la supervision d’observateurs envoyés par chaque camp.
"Les résultats ont été validés sans aucun problème par les instances nationales", assure un responsable de la fédération locale, qui insiste sur le respect des règles démocratiques.
Faure, un ancrage local consolidé
La fédération socialiste de La Réunion avait soutenu Nicolas Mayer-Rossignol lors du précédent congrès, en 2023. Deux ans plus tard, le soutien à Olivier Faure s’explique, selon plusieurs cadres locaux, par une évolution de la ligne politique nationale. La volonté de ne pas s’aligner sur Jean-Luc Mélenchon avait été un point de désaccord majeur avec Olivier Faure par le passé. Depuis, le parti aurait réorienté sa stratégie en faveur d’un dialogue plus large avec l’ensemble des forces de gauche, une approche que la fédération réunionnaise revendique depuis plusieurs années.
Le premier secrétaire sortant aurait également marqué des points par sa présence sur le terrain. Olivier Faure s’est rendu à deux reprises à La Réunion, notamment pour le lancement de la campagne de Raphaël Glucksmann aux élections européennes et à l’occasion de la Fête de la Rose à Saint-Denis en octobre 2024. Des visites jugées significatives dans une fédération perçue comme stratégique au niveau national.
Pour plusieurs cadres de la fédération locale, la ligne défendue par Olivier Faure est désormais considérée comme plus compatible avec les réalités du terrain. Alors que Nicolas Mayer-Rossignol s’appuie essentiellement sur des personnalités issues ou proches du PS (Benoît Hamon, Bernard Cazeneuve), Olivier Faure est perçu comme porteur d’un projet de rassemblement plus large, allant de Raphaël Glucksmann à François Ruffin. Une ouverture jugée nécessaire pour construire une alliance équilibrée à gauche, "où chaque parti serait représenté à égalité, dans le cadre de règles communes", nous glisse une source en interne.
La méfiance exprimée en creux par l’envoi d’observateurs était-elle fondée ou révélatrice de tensions internes plus profondes ? À La Réunion, la fédération socialiste préfère s’en tenir aux faits : une large avance pour Olivier Faure et une validation sans réserve. Reste que cette séquence met en lumière les crispations persistantes au sein du parti, y compris dans ses bastions les plus solides.


