Ericka Bareigts : "Être une femme politique aujourd’hui à La Réunion, c’est encore un combat"

Réélue dès le premier tour des élections municipales à Saint-Denis avec plus de 60 % des voix, Ericka Bareigts signe l’un des scores les plus marquants du scrutin à La Réunion. Pour ouvrir notre série d’entretiens consacrée aux femmes en politique et aux femmes maires de l’île, l’édile dionysienne revient sur sa victoire, les attaques subies durant la campagne, la place des femmes en politique et les sacrifices personnels qu’impose l’exercice du pouvoir.
Au soir de sa réélection à la mairie de Saint-Denis, Ericka Bareigts dit avoir d’abord pensé aux élus de sa majorité et aux agents municipaux. "Le premier mot qui m’est venu, c’est merci", confie-t-elle, évoquant "une reconnaissance profonde" pour le travail accompli durant le mandat.
Habituée aux critiques depuis ses débuts en politique, l’ancienne ministre des Outre-mer explique avoir appris à prendre du recul. "On ne fait pas les choses pour répondre aux critiques, mais pour répondre aux gens qui attendent des solutions à leurs problèmes", souligne-t-elle. Aujourd’hui, la maire se dit "apaisée, déterminée et pleine d’énergie".
"Certaines attaques n’auraient pas existé si j’étais un homme"
La campagne municipale a également été marquée par des attaques personnelles. Certaines ont particulièrement touché Ericka Bareigts lorsqu’elles concernaient sa vie privée ou sa famille. "Il faut garder une forme de dignité et de pudeur", explique-t-elle.
L’élue se dit convaincue qu’une partie des critiques reçues depuis le début de son parcours politique sont directement liées au fait qu’elle soit une femme. "Oui, certaines attaques n’auraient pas existé si j’étais un homme", affirme-t-elle.
Pour elle, cette réalité reste profondément ancrée dans l’histoire et les représentations collectives. "Pendant des siècles, les femmes ont été associées à une forme de faiblesse. Il faut encore déconstruire cela", estime-t-elle.
Une progression féminine encore insuffisante
Avec six femmes élues maires à La Réunion en 2026, contre quatre lors du précédent scrutin municipal, la représentation féminine progresse dans le paysage politique local. Mais Ericka Bareigts estime que le combat reste loin d’être gagné. Elle rend notamment hommage à Lionel Jospin et à la loi sur la parité adoptée sous son gouvernement. "Heureusement qu’il y a eu cette loi, sinon je ne serais probablement pas là aujourd’hui", affirme-t-elle.
La maire de Saint-Denis observe toutefois avec optimisme l’évolution des mentalités chez les jeunes générations. "Les jeunes femmes aujourd’hui sont fortes, féministes, et elles prendront leur place", assure-t-elle.
À celles qui hésitent encore à s’engager, elle adresse un message clair : "Il faut croire en soi et ne jamais écouter ceux qui vous disent que ce n’est pas possible."
"Être maire, ça coûte"
Derrière la fonction de maire, Ericka Bareigts évoque aussi les sacrifices imposés par la vie politique. "Quand on travaille sept jours sur sept, forcément, être maire ça coûte", reconnaît-elle.
Le manque de temps pour ses proches est l’un des aspects les plus difficiles à gérer. Avec le temps, l’élue dit avoir appris à préserver davantage des moments personnels : le yoga, la marche, le jardinage ou encore la lecture lui permettent de "respirer" face à la pression quotidienne. "J’ai besoin de moments où j’oublie que je suis maire de Saint-Denis", confie-t-elle.
Logement, tranquillité et santé : les priorités du mandat
Pour ce nouveau mandat, la maire de Saint-Denis veut faire du logement l’une de ses priorités. Elle souhaite renforcer ce qu’elle appelle une "police du logement" afin de lutter contre les logements dégradés et défendre "la dignité des locataires".
Autre chantier annoncé : la création de "Maisons de tranquillité" autour des problématiques de nuisances sonores, de santé mentale et de qualité de vie. "La tranquillité est aussi un sujet de santé publique", insiste-t-elle.
L’ancienne ministre évoque également un autre combat qui lui tient à cœur : la santé des femmes. Ménopause, douleurs chroniques ou cancers restent selon elle des sujets encore trop peu abordés. "On a trop longtemps mis sous le tapis la santé des femmes", affirme-t-elle, appelant les Réunionnaises à davantage prendre soin d’elles-mêmes.
"Le doute fait avancer"
Interrogée sur le regard qu’elle porte aujourd’hui sur son parcours, Ericka Bareigts reconnaît ne pas encore avoir pris le temps de regarder derrière elle. Mais lorsqu’on lui demande ce qu’elle dirait à la jeune femme qu’elle était au début de sa carrière, sa réponse est immédiate : "J’avais raison de douter. Le doute fait avancer."
Et quand on lui demande ce qu’on peut lui souhaiter pour la suite, la maire de Saint-Denis répond dans un sourire : "Continuer à douter."


