Carburants en Outre-mer : vers une hausse de 22 centimes par litre dès 2027 ?

Les consommateurs ultramarins pourraient faire face à une flambée des prix des carburants, jusqu'à 22 centimes par litre, en raison de la montée en puissance des taxes liées aux CEE et au dispositif ETS2.
Les prix des carburants dans les Outre-mer, souvent proches ou inférieurs à ceux de la métropole, pourraient connaître une augmentation spectaculaire dans les prochaines années. Lors de son audition devant la délégation sénatoriale Outre-mer, Florian Cousineau, directeur Europe et Outre-mer de Rubis Énergie, a tiré la sonnette d'alarme sur cette hausse annoncée, comme l'avait rapporté Le Quotidien. Selon lui, deux dispositifs fiscaux vont lourdement peser sur les prix à la pompe.
Le premier, les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE), oblige les distributeurs d'énergie à promouvoir l'efficacité énergétique auprès de leurs clients. Ces CEE représentent actuellement environ 7 centimes par litre dans les territoires ultramarins. Une nouvelle hausse est prévue au 1er janvier 2026, doublant cette charge à 14 centimes par litre. Un poids particulièrement préoccupant, selon Florian Cousineau, car ces fonds bénéficient peu aux Outre-mer. "Ce dispositif est préoccupant car il profite assez peu aux territoires ultramarins. En effet, les actions financées par les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) concernent principalement des travaux d'amélioration énergétique comme le remplacement de chaudières ou l'installation de double vitrage, tandis que les initiatives en faveur de la mobilité restent marginales. Cette répartition crée une forme de "péréquation à l'envers", où les habitants des Outre-mer contribuent à financer des projets réalisés majoritairement en métropole, sans réel bénéfice direct pour leurs territoires.", a-t-il dénoncé.
Un "mur de taxes"
Le second dispositif, le Système d'Échange de Quotas d'Émissions (ETS2), mis en place par l'Union européenne, qui s'appliquera au secteur des carburants et du chauffage à partir de 2027, devrait entraîner une hausse supplémentaire de 13 à 15 centimes par litre. Au total, cette évolution fiscale pourrait renchérir le prix des carburants en Outre-mer de 22 centimes par litre, sans contrepartie directe pour les habitants de ces territoires.
Victorin Lurel, sénateur et ancien ministre des Outre-mer, s’est également alarmé de ce "mur de taxes", soulignant que l'impact de ces hausses sur les populations ultramarines serait considérable.
Un article publié vendredi dernier dans Les Échos confirme ces prévisions inquiétantes, précisant que la hausse pourrait atteindre jusqu'à 23 centimes par litre en raison de ces mesures fiscales. L'Ufip Énergies et Mobilités, organisation qui regroupe les professionnels de la filière pétrolière, souligne que les consommateurs vont devoir financer la transition énergétique et le passage à des modes de transport plus écologiques.
D'après l'Ufip, l’ETS2 devrait provoquer une augmentation d'environ 15 centimes par litre de carburant à partir de 2027. En parallèle, les CEE, actuellement intégrés au prix des carburants à hauteur de 8 centimes au niveau national, pourraient grimper à 16 centimes en cas d'objectifs élevés en matière d’économie d’énergie.
En Outre-mer, où la vie chère est un problème prégnant, cette hausse du coût de l’énergie inquiète forcément. "Toucher à la fiscalité n'est pas neutre", a prévenu Florian Cousineau, redoutant de lourdes répercussions sociales si ces dispositifs sont appliqués sans adaptation aux réalités spécifiques des territoires ultramarins. "C'est un vrai sujet. Les CEE ne servent pas à grand chose dans nos territoires et représentent 7 centimes dans le prix du pétrole, ce qui est considérable", ajoute Victorin Lurel.
Pourtant, une solution semble envisageable afin d’atténuer cette flambée des prix. À l’image de la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes), dont les Outre-mer ont été exemptés en raison de leur situation particulière, certains acteurs du secteur énergétique plaident pour que les CEE soient désormais exonérés dans ces territoires. Une telle mesure permettrait d'éviter une hausse immédiate de 7 centimes par litre dès 2026, soulageant, temporairement, le budget des consommateurs ultramarins.
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