Loi d'urgence pour Mayotte : Manuel Valls défend sa loi à l'Assemblée

Adopté en commission la semaine dernière et débattu depuis ce lundi à l’Assemblée nationale, le projet de loi d’urgence pour Mayotte entend accélérer la reconstruction de l’archipel dévasté mi-décembre. S’il marque une nouvelle étape, élus locaux et parlementaires regrettent un texte jugé insuffisant face aux défis structurels de l’île.
Cinq semaines après le passage dévastateur du cyclone Chido, Mayotte s’invite au cœur des débats parlementaires. La semaine dernière, la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi d’urgence pour la reconstruction de l’archipel, amendé pour mieux répondre aux réalités locales. Ce texte, désormais examiné dans l’hémicycle depuis ce lundi, vise principalement à simplifier les règles d’urbanisme et de passation des marchés publics pour une remise sur pied rapide. Mais il divise profondément, tant sur son contenu que sur ses ambitions.
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"Que Mayotte ne soit plus réduite à la tôle, aux machettes ou aux kwassa-kwassa."
"Que Mayotte ne soit plus réduite à la tôle, aux machettes ou aux kwassa-kwassa." C’est le souhait, exprimé comme un engagement, que Manuel Valls a formulé ce lundi 20 janvier à la tribune de l’Assemblée nationale. Porté par le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, le projet de loi mise sur une action immédiate. "Reconstruire Mayotte s'incarne dans ce projet de loi d'urgence", a-t-il affirmé, promettant la création d’un opérateur public dédié à la reconstruction. Le gouvernement a également prévu d’assumer jusqu’en 2027 les opérations de réhabilitation des écoles publiques, soumises toutefois à l’accord des communes concernées. Néanmoins, Valls a concédé la complexité et la lenteur des travaux à venir : "Il faut être lucide, elle sera progressive, complexe, difficile, avec des modalités adaptées."
Au-delà des mesures techniques, le texte prévoit un soutien ciblé pour les entreprises locales. L’article 12, qui aurait permis de contourner le principe d’allotissement dans les marchés publics, a été supprimé pour protéger les très petites entreprises mahoraises. Une clause spécifique réserve désormais un pourcentage minimal des travaux aux TPE locales. De plus, une suspension d’un an du paiement des cotisations sociales pour les entreprises de l’île est actée, avec possibilité d’abandon des créances.
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"Nous devons trouver des solutions durables pour sortir du chaos."
Cependant, les critiques ne manquent pas. Estelle Youssouffa, députée LIOT de Mayotte et rapporteure du texte, a exprimé sa frustration face à une absence de consultation locale : "Nous devons trouver des solutions durables pour sortir du chaos et de la guerre du tous contre tous." Une opinion partagée par d'autres élus mahorais, comme Anchya Bamana (RN), dénonçant un sentiment d'abandon de l’État face aux défis migratoires et à l’habitat indigne. "La France, grande puissance mondiale, semble émasculée par les Comores", a fustigé Youssouffa.
Le ministre des Outre-mer a cherché à apaiser les tensions en évoquant un second texte législatif plus ambitieux dans les deux mois à venir, promettant des mesures structurelles. L’immigration clandestine, que Valls a qualifiée de "nécrose" pour Mayotte, a été abordée en filigrane des débats. Il a appelé à "un rapport très ferme avec les Comores" et affirmé que le gouvernement soutiendrait la proposition de loi visant à durcir les critères du droit du sol sur l’île.
Malgré les désaccords, un consensus semble se dessiner sur l’urgence d’agir. Les députés de tous bords ont promis de ne pas entraver ce texte, espérant une adoption rapide en première lecture dès ce mardi soir. Puis le texte continuera son chemin parlementaire, direction le Sénat.


