[Pierrot Dupuy] Cyclone Belal : Décernez vos bonbons cocos et vos moques en tôle

Les bonbons cocos :
Jérôme Filippini, préfet de La Réunion : A tout seigneur, tout honneur. Comme nous avons déjà eu l'occasion de l'écrire, le préfet de La Réunion a fait un quasi sans faute. Il a impressionné les Réunionnais par son calme, sa capacité à expliquer, son sens de l'anticipation. On le connaissait bon communiquant, là il s'est surpassé. Et surtout, il a su résister aux pressions qu'il a dû subir pour lever l'alerte rouge dès mardi matin à 6h comme c'est traditionnellement le cas au nom du sacro-saint principe économique, faisant passer en priorité la sécurité des Réunionnais. Encore bravo, M. le Préfet. Nous espérons que vous resterez longtemps.
Gabriel Attal, Premier ministre : Le Premier ministre Gabriel Attal a mis en place une cellule de crise dès qu'il a été certain que La Réunion allait être touchée de plein fouet par Belal. Dans la foulée, il a décidé d'envoyer des renforts en pompiers et forces de l'ordre dans l'ile et il a demandé à Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, de venir se rendre compte de la situation sur place. Quand on nous traite comme des Français de seconde zone, il ne faut pas avoir peur de le dire. Mais quand le gouvernement réagit au quart de tour, il faut savoir le reconnaitre. Il fait de bons débuts ce petit Premier ministre...
Les services de secours et les équipes municipales d'une façon générale : Les pompiers et les forces de l'ordre et de sécurité civile ont été sur le pont d'une façon très efficace. Un énorme bonbon coco pour eux ainsi que pour les agents des mairies et des services d'entretien qui ont eu beaucoup de travail à faire et ont remis très rapidement en état le réseau routier et fait disparaitre les branches sur les routes. Tout a été nettoyé, à croire qu'il n'y a pas eu de cyclone.
Les moques en tôle :
Céline Jauffret, directrice de Météo France Réunion : Je sais que la météo n'est pas une science exacte. Je sais qu'il est extrêmement difficile de prévoir avec une certitude de 100% la trajectoire et l'intensité d'un cyclone, malgré les performances des super-calculateurs de Météo France. Il n'empêche que Météo France s'est trompée assez largement. On nous avait annoncé un cyclone tropical probablement très intense qui allait tout dévaster, il n'en a rien été fort heureusement. Ce sont ces prévisions très pessimistes qui ont amené le préfet à sur-réagir et parfois à en faire un (tout petit) peu trop, ce qui lui a été reproché par certains. Cela étant, je me pose une question : ne vaut-il pas mieux être trop pessimiste et que les Réunionnais soient trop protégés que pas assez comme à Maurice, avec les conséquences que l'on connait. Des milliers d'automobilistes piégés sur les routes transformées en rivières en crue et la dizaine de morts que les sources bien informées annoncent. Même si les autorités mauriciennes continuent à affirmer qu'il n'y a eu que deux morts Mais c'est connu, à Maurice il n'y a jamais eu de COVID, de chikungunya, ni de requins mangeurs d'hommes... Et donc pas de morts du cyclone.
Les botanistes de la Région, du Département et des différentes communes : Les routes de La Réunion offraient hier un spectacle désolant avec une multitude d'arbres abattus en travers des routes. Rien que sur le boulevard Sud à St-Denis, on ne comptait plus les arbres cassés en deux ou les énormes branches en travers de la route. Il serait bon qu'à l'avenir, le risque cyclone soit pris en compte par les botanistes qui conseillent les collectivités dans le choix des arbres que l'on plante le long de nos routes de façon à choisir des essences qui ne se cassent pas comme du bois d'allumettes au moindre coup de vent.
Médias et alerte rouge : Les journalistes, il y a de cela quelques années, avaient le droit de sortir avec l'autorisation de la préfecture, même en alerte rouge. Ils bénéficiaient d'un laissez-passer et leurs noms et immatriculations de leurs véhicules étaient transmis aux forces de l'ordre en cas de contrôle. Les Réunionnais ont besoin d'être informés. Tout le monde est content de découvrir les photos des dégâts survenus dans l'ile et pour cela, il faut bien que quelques journalistes et photographes sortent et prennent des risques. Ceux qui le font sont en général habitués aux cyclones et ne sont pas des kamikazes. Ils ont l'expérience et ne sortent pas quand les conditions sont les plus dantesques. Puis est arrivé un préfet il y a quelques années qui a ouvert le parapluie. Les journalistes ne pouvaient plus sortir en alerte rouge avec la bénédiction de la préfecture. S'ils le faisaient, c'était à leurs risques et périls. Soit. Et voilà que Jérome Filippini est allé encore plus loin dans l'ouverture du parapluie : plus aucun journaliste n'est autorisé à sortir en alerte rouge. Soit. Nous avons bien essayé de marchander, rien n'y a fait. Sauf qu'un média, Antenne Réunion pour ne pas le citer, a envoyé ses caméramans sur le terrain faire des images qui du coup ont été exclusives. Voyant cela, nous sommes nous même sortis après le passage du cyclone alors qu'il n'y avait plus ni pluie ni vent, avons été contrôlés et a priori serons verbalisés. Deux poids deux mesures ? Et quid du Quotidien qui est paru aujourd'hui ? Un journal, c'est la veille qu'on l'écrit. Les journalistes et les employés du journal ont-ils été autorisés à se déplacer, même en alerte rouge, pour se rendre dans leurs locaux ? On ne peut pas imprimer un journal en télétravail. Il faut des ouvriers derrière les rotatives. Tout cela pour dire qu'il va sans doute falloir revoir ce dispositif pour le prochain cyclone.


