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« Contempler les fenêtres du bon Dieu : Petit éloge de la course à pied »

« Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de course à pied n’ait dissipé. » Je fais mienne cette phrase de la romancière Cécile Coulon, elle-même grande coureuse devant l’Éternel.
Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le lundi 8 janvier 2024 à 13H52

Car certains sports sont bien plus qu’une activité physique. Ils sont véritablement une philosophie en action. La course à pied est porteuse de sagesse que chaque sortie permet de cultiver.

Je parle bien de la course à pied. Et pas du footing, ni du jogging, encore moins du running, phénomènes de mode et donc, par définition, éphémères, servant surtout à vendre des tee-shirt fluos et des baskets hors de prix. Je parle de la course à pied, ce phénomène vieux comme le monde, lorsque l’homme courait après les animaux qu’il chassait, ou pour leur échapper ; ou, lorsque, messager des dieux ou des humains, il courait pour annoncer une bonne ou une mauvaise nouvelle.

La course à pied, c’est la simplicité à l’état pur. Dès l’enfance, nous courons. Avez-vous d’ailleurs remarqué qu’enfant, nous ne marchons pas ? Nous courons. Tout le temps. À tout propos. Comme si, inconsciemment, nous savions quels bienfaits physiques et mentaux la course à pied transmet. Ou, parce qu’enfant, nous n’avons pas encore été formaté par les conventions sociales.

Longtemps, j’ai couru en écoutant de la musique, jusqu’au jour où j’ai, pris conscience de mon erreur. La course à pied est l’un des rares moments où l’on peut être seul, en tête-à-tête avec soi-même. Pourquoi gâcher, par du divertissement, ce moment de dialogue privilégié ? Dans un des derniers chapitres des Essais, Montaigne écrivait : « Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude, et à moi. » C’est pourquoi quand je cours, je cours. Et je ne fais pas autre chose.

À une époque où il faut être multitâche, au risque de faire tout très vite et n’importe comment, il est bon d’être présent à soi-même, ne serait-ce que le temps de quelques kilomètres. Sentir réellement toutes les parties de son corps, sentir son souffle, entendre ses pas résonner sur l’asphalte ou la terre…

Et pendant ce temps, on pense, on réfléchit, on cogite, les pensées vont, viennent, vagabondent, une chanson vous passe par la tête, que l’on fredonne, un souvenir, une image, un ami que l’on n’a pas vu depuis longtemps…

Et surtout la course à pied nous ré-apprend les vertus de la lenteur comme résistance au temps qui passe. Un proverbe tchèque dit de celui qui est dans l’oisiveté qu’il contemple les fenêtres du bon Dieu.

Il serait temps que, tous, nous contemplions les fenêtres du bon Dieu. Pendant ce temps, au moins, l’humanité fera moins de conneries.

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