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[Jules Bénard] St-Louis : Le gourou expulsé 3 ans… Quand il aura purgé ses 18 mois à Domenjod !

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 3 juin 2016 à 09H55

Papa Amady Gueye, né à Dakar en 1984, a semé un sacré souk à Saint-Louis début 2015. Soupçonné de dérives sectaires, il a vu de nombreux parents assiéger sa maison, lancer des cris hostiles accompagnés de pierres bien ajustées : ils voulaient récupérer leur femme ou leur fille, parmi les 18 adeptes de la secte créée par " Papa " Sané.

Les forces de l’ordre ont dû intervenir pour ramener le calme mais les troubles n’ont pas diminué pour autant, les " victimes " manifestant plusieurs fois sur la voie publique (et même devant le tribunal de Saint-Pierre) pour qu’on leur rende leur chef, leur guide, leur intermédiaire favori dans leurs relations avec l’Eternel.

Gourou autoproclamé ?

L’histoire personnelle du " guide " est singulière. Ce diplômé en informatique, dont l’Ouest africain est terre d’élection, rencontre un " cheik " qui l’initie aux mystères et merveilles du soufisme avant de lui dire, au bout d’un an seulement, qu’il atteint les plus hauts sommets. En fonction de quoi, c’est à lui de transmettre sa science sacrée aux misérables mortels béotiens que nous sommes tous peu ou prou.

Ni une ni deux, il s’embarque pour La Réunion où sa femme et son enfant résident déjà. Très vite, notre nouveau Jean-Baptiste se retrouve entouré d’une cour d’émules acharnés ne jurant plus que par lui.

" Mais je n’ai rien demandé à personne, se défend-il comme un beau diable (oups !). C’est ma femme qui a fait ma réputation dans son milieu professionnel et d’amis. Ce sont eux qui sont venus me trouver ".

Une résidence plus en accord avec son statut

Sa résidence dionysienne étant sans doute trop exiguë, il s’installe au Port chez sa mère et le sort s’acharnant décidément sur cette victime, le voici de nouveau serré de près par d’autres fidèles. Mais il ne les rejette pas non plus " car je dois les amener à connaître ce qu’est Dieu, c’est mon devoir ". Bon !

Translation nouvelle, vers Saint-Louis cette fois, où il s’installe chez une madame Hamada qui dispose d’une maison plus vaste, plus confortable. De nouveau cerné, assailli par des personnes venues chercher le chemin de la vraie foi. Qu’à cela ne tienne !
Peu après, il épouse religieusement Farida Hassani, née en 1986 aux Comores, accusée de complicité.

Audience interminable et soporifique

Là, on croit à une erreur de la justice, une embrouille dans le casting, un zapping malencontreux dans ce film déjà bien embrouillé : voici que s’avance vers la barre des accusés une frêle enfant, 1m45 à tout casser, filiforme… mais s’exprimant dans un français académique. C’est pourtant bien elle, la complice, qui prend vite rang de première femme dans ce qui ressemble à un harem mais n’en est pas un.

Car il faut le dire, aucune accusation de nature sexuelle n’a jamais été portée contre cet homme. Il convenait de le préciser car ce sont des bruits qui ont couru. Dont acte.

Dans cette maison, " Papa " Sané règne sur un univers exclusivement féminin, entre 8 à 18 femmes selon les semaines car il y a du va-et-vient. Car tout le monde n’est pas forcément satisfait, certains s’en allant même en claquant la porte, ainsi qu’en témoigne cet homme venu assister aux débats :

" Je me suis vite rendu compte que Sané se mettait à avoir emprise sur mon esprit, je n’étais plus maître de moi. J’ai eu énormément de mal à me reconstruire. "

Le gourou réfute tout en bloc :
" Personne n’était obligé de rester. Certains sont partis car ils ne pouvaient pas comprendre ". Ah ! Voilà le cœur de " son " problème :
" Je suis un incompris, la victime ici, c’est moi. Victime de l’incompréhension, de la haine, de l’envie de tuer. Personne n’était obligé de rester ". C’est la clef de son système de défense et il ne cessera de le répéter tout au long de cette audience interminable et soporifique !

Beaucoup de questions jamais posées !

Il faut relever des constantes dans les déclarations des deux accusés : leurs explications en une langue très claire, des réponses calibrées au millimètre, des mots réitérés sans cesse. Bref, derrière le schéma du simplisme, une leçon parfaitement intégrée répétée des centaines d’heures durant.

Car ils ne se couperont jamais dans leurs aveux (!) " personne n’était obligé… on n’a jamais demandé d’argent… recherche de pureté… chemin vers l’Eternel… simplicité… regard intérieur… "

Il est quand même dommage que quelques questions n’aient jamais été posées :

-Pourquoi cette secte ne se composait-elle QUE DE FEMMES ?

-Aucun argent n’a été réclamé, soit. De quoi vivaient-ils donc ? D’amour et d’eau fraîche ? Sûrement pas car au nombre des punitions infligées aux fautifs (de quoi, n… de D… ? On ne le saura jamais non plus), au nombre des fautifs donc, la privation de repas figurait en bonne place.

-Papa Sané déclare que pour s’approcher de Dieu, il faut se débarrasser de tout, " se dévoiler totalement ", il l’a dit aux enquêteurs et répété à l’audience. Pourquoi donc les hétaïres venues le soutenir était-elles… voilées jusqu’aux sourcils ? Une douzaine de femmes, au passage, qui ricanait ouvertement, se lançait des blagues, semblait la trouver bien bonne.

Le " coup " d’Abraham

Toutes les questions du président Vidon ont été reçues avec calme, voire indifférence sinon mépris pour cet homme haut perché qui, manifestement, ne comprenait rien aux richesses spirituelles du soufisme.

C’est pourquoi ce qui devait être des éclaircissements a le plus souvent été une tentative (avortée) de prosélytisme. Papa n’a pas obtenu la conversion du tribunal, à son grand dépit.

Même l’histoire du couteau n’a pas détendu l’atmosphère…

Bien souvent, Papa convoquait ses enfants, leur intimait de se mettre le couteau sous la gorge et de se suicider. Il les arrêtait avant l’issue fatale, soit, mais le jeu n’était-il pas dangereux ?

" C’était pour tester leur fidélité à Dieu, tester leur volonté de se soumettre à Ses désirs sans barguigner ! "

Allons bon, voilà qu’on est dans un remake d’ " Abraham et le bélier ", la tragédie la plus morbide de la Bible, dont même le sanguinaire Shakespeare n’a pas osé se servir. Lui si !

Reste que les 8 femmes vivant avec lui au moment où les gendarmes l’ont enchristé ne jurent que par lui, se sont coupées de tout, famille, enfants, maison, profession. La notion de secte veut que " on est bien entre nous ; l’extérieur est hostile et dangereux ". On y est en plein.

En pleine dérive sectaire

Au final, on a assisté de la part des accusés à un Traité du biais, une Théorie du flou, un Précis de l’à peu près et du paradoxal, bref comment tondre un œuf et noyer un poisson dans l’eau.

La substitut Tanguy a tant bien que mal décodé les éléments épars dissimulés dans un fatras pseudo-religieux-mystique.
" Rupture avec les siens, soumission totale, acceptation des punitions, la dérive sectaire est bien là. A 1000 lieues du vrai soufisme qui est ouverture spirituelle, travail, vie sociale harmonieuse. Elles ont toutes arrêté leurs études alors que lui vivait en pacha et qu’elles devaient se contenter de 5 vêtements seulement, dormant toutes dans une seule pièce. Lui s’était octroyé la plus confortable et les meubles idoines. Il y avait, affichée, une liste des obligations quotidiennes et de ce qu’il était interdit de faire ".

Domenjod/Gillot/Dakar !

On se demande encore aujourd’hui si leur avocat a plaidé ou prêché. Nous ne le nommerons pas par charité chrétienne (oups !) Dans son cas, c’était du pareil au même.

Il n’a pas empêché la manne judiciaire de s’abattre sur le pêcheur d’âmes fourvoyé dans un monde trop indifférent à sa sainteté.
Seize mois dont huit avec sursis pour Papa Sané, ce qui lui permettra de sortir assez vite étant donné la garde-à-vue. Mais de la porte de Domenjod, il ira direct à celle de Gillot, direction Dakar. Car il lui est interdit de mettre les pieds en notre terre païenne pendant trois ans.

" Il est dur pour lui d’être séparé de son enfant pendant tout ce temps ", se lamentait une de ses pleureuses officielles. Ah oui ? Cela ne changera rien : il l’a abandonné depuis bien des lunes.

Sa complice en prend pour 6 mois avec sursis.

La passion mystique a ses raisons que la justice ne connaît pas. On est bien peu de choses, ma pauv’ dame.
 

 

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