Fille indigne et profiteuse, ou aimante et attentionnée?

Lorsque cette affaire a commencé d’être évoquée, on ne donnait pas cher de la peau de Marianne (prénom d’emprunt).
Lorsqu’en janvier 2010, cette femme de 45 ans et des poussières, accepte de devenir tutelle de sa vieille mère handicapée, elle ne se doute pas une seconde que, quelques années plus tard, elle va être présentée comme une horrible bonne femme qui profite honteusement des économies, de l’AAH et des allocations de sa génitrice, une vieille femme handicapée.
32 000 euros d’épargne et un chéquier
Quand le juge des tutelles lui propose la tutelle de sa maman, elle n’a pas une seconde d’hésitation.
Dans la transaction, il y a les quelque 32 000 euros d’épargne que la maman a sur son compte. Argent qui sera vite reversé sur le compte courant de Marianne. Laquelle détient aussi le chéquier qu’elle est seule à utiliser.
Trois à quatre années plus tard, il n’y a plus un centime sur le compte épargne. Le juge des tutelles réclame une enquête qui révèle vite (2 auditions de 50 et 20 minutes chez les gendarmes) que l’argent "aurait" été utilisé dans l’aménagement d’un garage minable pour la vieille dame et en l’achat d’une voiture neuve enregistrée au nom de Marianne.
Le gibet ou la lapidation ?
Aucune facture n’a été présentée pour les travaux ; AAH et prestations CAF sont directement versés sur le compte de la fille. Le gibet n’est pas loin…
"Votre patrimoine immobilier s’est agrandi avec les économies de votre maman, laquelle n’a plus un centime d’épargne", parvient-on à comprendre quand la présidente parle d’une voix suffisamment audible.
Me Chung To Sang, pour la partie civile, met en avant que la tutelle est, en principe, une mesure de protection d’un adulte incapable de se débrouiller seul. Là, la vieille mère a été abusée par sa propre fille : "Ce qui est à maman est à moi !" On s’achemine vers la lapidation…
A moins que le peloton d’exécution… ?
Le substitut Martin Genet précise que l’immunité familiale n’existe plus depuis peu (décembre 2015) et que la prévenue n’avait aucun droit de disposer ainsi des biens de sa maman, que rien n’est vérifiable, que c’est honteux, que l’argent a servi à effectuer quelques travaux et acheter une voiture. En fonction de quoi il réclame la fusillade… pardon ! 9 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve de 2 ans, la réparation du préjudice financier et l’obligation de travailler pour rembourser la vieille maman.
Le peloton d’exécution rentre dans ses casernements, déçu…Cela semble donc réglé comme du papier à musique. Avant que Me Germond-Robert n’entre dans la mêlée comme Spartacus dans le Colisée.
"On est loin du compte !"
L’avocate ne va pas s’embarrasser de longues phrases, préférant cogner, asséner vérités par-dessus vérités, démolissant tous les faits un par un. Un coup de théâtre qui va laisser la salle sur le flanc.
"Ce dossier est plus que désagréable, surtout pour une accusée qui n’a jamais eu maille à partir avec la justice. On a parlé d’égoïsme, de rapacité, de perversité, que sais-je encore".
"Le garage ? N’importe qui peut aller constater qu’il a été entièrement aménagé pour devenir un vrai petit studio avec toutes les commodités, l’aération, la peinture neuve, les carreaux au sol, une table à manger, un bahut, la télévision, neuve, les rideaux. Il y en a eu pour six mois de travaux !"
Nous sommes très loin du galetas présenté par les accusateurs. Cet accommodement paraît logique quand on sait les difficultés qu’il y a, pour deux générations, à vivre sous le même toit. D’ailleurs…
"Cela semble satisfaire la maman… puisqu’elle habite toujours chez sa fille au moment où nous parlons !"
Marianne a été la seule…
La voiture ? C’est du pareil au même : "La jeune femme s’en sert pour sa maman aussi bien que pour faire les courses. Chaque week-end, on emmène la maman en pique-nique. Ou chez le coiffeur quand elle le désire. Une partie de cet argent sert évidemment aux courses, mais la maman est traitée avec tous les égards dus à une personne de son âge. Répétons-le, elle est toujours chez sa fille et n’envisage nullement de s’en aller".
On est de plus en plus loin du tableau réducteur présenté auparavant.
"Où est la cupidité là-dedans ? Je signale en outre que lorsque le juge des tutelles a cherché un accueil dans la famille de cette vieille dame, de toute la bande de frères et sœurs, Marianne a été la seule à accepter. Or, une tutelle, c’est souvent des ennuis. La preuve !"
"A une époque où les enfants s’occupent de moins en moins de leurs vieux parents, il est malvenu de clouer cette femme au pilori !" Paf ! Marianne peut remercier sa défenderesse : relaxe pure et simple.
Une mouche qui vole…
Il y a sans doute eu d’autres affaires intéressantes au cours de cette séance mais la présidente refusant obstinément d’utiliser son micro, nous n’avons rien saisi ou presque !!!
Il nous semble pourtant que la justice est publique. Il est donc paradoxal que ni le public ni la presse ne puissent saisir goutte aux murmures du prétoire.
Détail cocasse : à un moment donné, la présidente se penche en avant et dit au prévenu, situé à moins de 2 mètres : " Je ne vous entends pas bien ". Nous, c’est pas du tout. Sauf dans l’affaire ci-dessus évoquée où l’accusée et son avocate s’exprimaient à haute et intelligible voix.


