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Attaques de requin : Oui, vous êtes responsable, Monsieur le Préfet...

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 23 juillet 2015 à 15H56

Chaque nouvelle attaque de requins entraine son lot de questionnements : Qui est responsable? Quelle est la cause de cette recrudescence d'attaques depuis quelques années? Est-ce la faute de la réserve marine? Pourquoi n'autorise-t-on pas la consommation de chair de requin? Pourquoi le surfeur attaqué pratiquait-il son sport favori malgré les interdictions? Etc...

Toutes ces questions sont légitimes mais dans l'attente de réponses qui, pour certaines, n'arriveront pas avant plusieurs semaines, mois ou même années, il faut bien agir.

Les élus, souvent pointés du doigt, ont fait ce qu'il fallait. Sans doute pas assez vite -je me souviens des regrets d'un Patrick Flores, élu à St-Paul en charge de la gestion du risque requins, se plaignant régulièrement sur sa page Facebook des lourdeurs de l'administration française qui ralentissent la mise en place de solutions- mais ils se bougent et on est à quelques jours pour certaines communes, semaines pour d'autres, de voir les premières protections mises en place.

Même à Saint-Leu, où l'attaque a eu lieu hier, des solutions sont à l'étude et vont prochainement être installées.

Il est par contre un partenaire, l'Etat, qui a toujours trainé les pieds dans ce dossier requins, voire même qui a fait de grosses erreurs. Et je reste poli, malgré ma colère. Je ne peux que redire ce que j'ai déjà écrit le 12 juin dernier, suite à l'attaque contre Eddy Chaussalet au Port, dans mon article "Les 12 (vraies ou fausses) causes de la prolifération de requins à la Réunion" : "Tous les préfets se sont acharnés à remettre à plus tard les solutions impopulaires, de peur de se mettre à dos le lobby des écologistes, très puissant au niveau national. Surtout ne rien faire qui soit susceptible de nuire à leur carrière future. Ils se réveillaient donc chaque matin en espérant qu'aucun nouvel accident ne se produirait et ainsi pouvoir transmettre la patate chaude à leurs successeurs avant qu'une nouvelle catastrophe ne se reproduise".

Mais je vais plus loin aujourd'hui dans mon ressentiment. Et j'ai deux griefs à mettre en exergue, plus particulièrement.

L'ineptie de l'interdiction de vendre et de consommer de la chair de requin

Parmi les 12 causes que j'ai relevées ([voir article]urlblank:http://www.zinfos974.com/Les-12-vraies-ou-fausses-causes-de-la-proliferation-de-requins-a-la-Reunion_a84084.html ), il en est une qui fait une quasi-unanimité : Peu de gens -hormis quelques défenseurs de la cause animale particulièrement extrémistes- comprennent l'interdiction qui est faite, par arrêté préfectoral de consommer de la chair de requin.

Là aussi je vais reprendre une partie de ce que j'ai déjà écrit sur le sujet : "Les requins bouledogue et tigre ne sont pas des espèces protégées car elles ne sont pas menacées de disparition comme certaines autres espèces de requins. En conséquence, leur capture est autorisée, même à l’intérieur de la réserve marine. Ce qui est interdit depuis un arrêté préfectoral de 1999, c'est la commercialisation de sa chair au motif officiel qu'elle serait susceptible de transmettre la ciguatera, une maladie présente à Madagascar et potentiellement mortelle. L'an dernier, le préfet a interrogé l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) pour savoir s'il pouvait ré-autoriser la consommation des requins tigre et bouledogue à La Réunion. L'ANSES rappelle qu'aucune des analyses réalisées à ce jour dans le cadre du programme de recherche conduit à La Réunion n'a mis en évidence la présence de ciguatoxines dans la chair des requins prélevés. Cependant, l’agence relève que les études en cours dans le cadre du programme CHARC ne permettent pas d’exclure que, par des déplacements sur longues distances, notamment jusqu’à Madagascar, les requins tigre et bouledogue puissent ingérer ces toxines. Aussi, l’ANSES considère qu'il n'est pas possible d’écarter le risque que les requins tigre et bouledogue pêchés à La Réunion puissent être contaminés par des ciguatoxines. En conséquence, la consommation ne peut être actuellement autorisée".

Quelques semaines après avoir écrit cet article, je révélais une énorme incongruité : l'ANSES recommande d'interdire la consommation de chair de requins à la Réunion au motif de notre proximité avec Madagascar (800 km), alors que la vente et la consommation de chair de requins est autorisée à Mayotte, qui ne se situe qu'à 450 km des côtes malgaches ! Devant cette aberration flagrante, on pouvait raisonnablement s'attendre à une levée de l'interdiction à la Réunion. Que pensez-vous que fit l'administration ? Elle a également interdit la vente et la consommation à Mayotte, où il s'agissait pourtant d'une coutume locale ancrée dans la tradition et où il n'y avait jamais eu de problèmes de ciguatera ! Et peu importe si la population locale n'a rien changé à ses habitudes et continue à en consommer tout autant qu'avant : au moins, le parapluie est ouvert et les apparences sont sauves !

Là où le préfet se fout vraiment de notre g...

J'ai fait partie des plus ardents défenseurs de la cause des surfeurs, notamment du fait qu'un membre de ma famille, Alexandre Rassiga, est décédé le 23 juillet 2012, il y a très exactement trois ans, suite à une attaque de requin. Tous mes articles sont là pour le prouver.

Mais déjà, suite à l'attaque contre Eddy Chaussalet au Port, j'ai été obligé de commencer à revoir un peu mon point de vue. Si je continue à dire qu'il n'est pas normal qu'on interdise aux habitants d'une île de se baigner et de pratiquer des activités nautiques et qu'il convient donc que les autorités fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour trouver les solutions adéquates, je suis bien obligé de prendre en compte la multiplication des attaques, malheureusement souvent mortelles et d'essayer d'envisager d'autres solutions, en attendant que les protections soient mises en place.

Et je ne peux non plus rester insensibles face aux nombreux commentaires qui disent avec raison : "C'était interdit. Qu'est ce qu'il faisait dans l'eau?"

On a effectivement un peu tendance à l'oublier, mais un arrêté préfectoral du 13 février 2015, qui reprend d'autres arrêtés précédents, interdit la baignade et les activités nautiques (surf, bodyboard, bodysurf, longboard, paddelboard) en dehors des zones autorisées (lagons, espaces aménagés et surveillés et zones expérimentales).

Pourtant, hier à Saint-Leu, ils étaient sept surfeurs dans l'eau au moment de l'attaque. Pas un, pas deux... sept !

Et c'est là que je suis pris d'une violente colère contre le Préfet.

A quoi ça sert de pondre des arrêtés préfectoraux, si c'est pour ne pas les faire appliquer ?

Comme il est malheureusement avéré que ce sont les surfeurs qui sont les seules victimes des requins, à la notable exception de Talon Bishop à l'Etang Salé et de la jeune baigneuse dévorée dans la baie de St-Paul, qu'attend le préfet pour demander aux forces de l'ordre de faire appliquer son arrêté?

Si les gendarmes verbalisaient tous les surfeurs surpris dans l'eau et confisquaient leurs planches, le problème serait vite résolu. Et la Réunion cesserait de faire la Une des journaux du monde entier à chaque nouvelle attaque et arrêterait de porter comme un boulet son image d'"ile à requins".

Cela, en attendant que de véritables mesures de protection soient mises en place et que tout le monde puisse retourner à l'eau en toute sécurité.

 

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