Yves Drouhet, Redoutable et sensible…

Le départ de Yves Drouhet, l’acteur du banquier de « la Sirène du Mississipi » ne peut nous laisser insensible, même s’il nous quitte à un âge honorable.
Difficile de parler de lui sans se souvenir de « cousine Claire », Claire Bosse qui nous fit hériter de Grand-Mère Kalle, avec laquelle il était bien proche.
Alors que j’étais tout jeune éditeur, Yves Drouhet nous recevait à chaque fois avec beaucoup de gentillesse ; vous savez ? la courtoisie créole qui devrait aujourd’hui être plus cultivée ?
C’est important lorsque vous vous lancez dans la vie professionnelle d’être reconnu dans votre possible devenir.
Mais c’était là, parfois un moment délicat, voire redoutable, le passage à l’oral, celui de la traversée du pont suspendu avec plus bas le vide de la grande ravine.
Une fois, je me rappelle, j’étais sûr de mon coup, dossier bouclé, parfait, politiquement correct, bien écrit, pas « la lettre à la poste » mais presque ?
Il prit le « tacon » de feuilles dactylographiées, pas mal… me dit-il, puis il ouvrit l’ouvrage et hop, tomba sur une « fôte » d’orthographe ; il me la montra d’un doigt inquisiteur avec un sourire félin. Il avait un don cet homme, c’était un magicien ?
Peut-être le fait d’avoir eu le privilège d’avoir été le fils d’un imprimeur ?
Mais l’avantage avec Yves, les dossiers se concrétisaient.
Difficile là-aussi de penser au premier Drac, qui fut certainement l’un des plus prégnants, sans évoquer son duo à l’opposé des pôles, Marc Kichenapanaïdou, plus rond et plus jovial.
Ensemble et avec la bénédiction de Pierrot Vidot et du préfacier poète Boris Gamaleya, nous fîmes éclore et renaître de ses cendres comme le phénix, « Amour, oiseau fou » de Jean Albany sous le regard éberlué de la jeune et dynamique fonctionnaire, Marie Jo du « Yang Tsé Kiang » qui observait telle une ethnologue tout ce petit monde plutôt atypique ?
Avant ? C’est toujours le bon temps ?
Mais revenons à Yves Drouhet, sur la question alors brûlante du créole à l’écrit. Il restait diplomate, amusé, mesuré et nous regardait nous agiter avec bonhomie arborant cette fois-ci un petit sourire à l’anglo-saxon qui en disait long, très long.
Il avait de l’estime pour Jacques Lougnon. Yves était un être doté de sensibilité, très proche de Serge Ycard, plus volubile.
Il était souvent de bon conseil, me persuadant avec douceur et amitié de ne pas reprendre le manteau de la société Sciences et Arts, bien que prestigieuse et de trouver une nouvelle dénomination dans laquelle « les Arts » seraient à la proue du projet… C’est ainsi que naquit l’ARAL.
Un temps président par intérim de l’ancienne académie, aujourd’hui dirigée par Alain Vauthier.
Yves Drouhet nous a toujours témoigné en interne, dans une sympathique réserve car telle était sa nature, des pensées constructives et je crois bénéfiques.
La Réunion des lettres est en deuil à nouveau ; elle a perdu un de ses principaux correcteurs, osons l’écrire, éclairé.
A fa famille et à ses amis du Rotary, nous leur adressons toutes nos condoléances.
Christian Vittori
01/02/2017


