Revenir à la rubrique : Economie

La Réunion face au défi du vieillissement : une économie à réinventer d’ici 2050

Ecrit par N.P. – le jeudi 2 octobre 2025 à 16H51

D’ici 2050, un Réunionnais sur trois aura plus de 50 ans et le nombre de personnes âgées de plus de 75 ans triplera. Une mutation démographique qui bouleverse déjà l’emploi, la consommation et les finances publiques.

En 2020, pour la première fois, La Réunion comptait davantage de seniors de plus de 50 ans (278.000) que de jeunes de moins de 20 ans. Selon les projections du CEROM (Insee, Iedom et AFD), ce basculement va s’accentuer dans les décennies à venir : en 2050, l’île comptera 371.000 seniors, soit 36 % de la population totale, et pas moins de 124.000 personnes de 75 ans ou plus, trois fois plus qu’aujourd’hui.

Sur le marché du travail, le changement est notable : la population en âge de travailler (15-64 ans) n’augmenterait que de 5 % (+30.000 sur 30 ans) entre 2020 et 2050, soit 594.000 personnes au total, une progression bien inférieure à celle de la population totale (+18 %, soit 155.000 personnes). Autrement dit, la pression démographique sur l’emploi, qui a longtemps marqué l’île, continuerait de s’atténuer.

Quant à la population active senior, elle progresserait très peu. En 2050, La Réunion compterait 103.000 actifs âgés de 50 à 64 ans, soit à peine 2.000 de plus qu’en 2020. Cela contraste fortement avec la hausse de la population active totale, attendue à 396.000 personnes en 2050 (+68.000 en trente ans).

Le besoin d’accompagnement deviendra incontournable

Autre transformation majeure : le revenu disponible par habitant devrait augmenter mécaniquement de 6 % grâce à la nouvelle structure des ménages. Les pensions de retraite devraient aussi progresser, avec des générations plus diplômées et mieux insérées dans l’emploi. Mais cette dynamique se traduira surtout par une hausse de l’épargne – orientée vers des placements sécurisés – et une consommation davantage tournée vers les services, en particulier la santé, l’entretien du logement et les aides à domicile, au détriment des biens importés.

C’est d’ailleurs le secteur des services à la personne qui devrait connaître une croissance soutenue. Aujourd’hui, seuls 7 % des seniors réunionnais y ont recours, contre 14 % en moyenne nationale. Mais à mesure que le réseau d’aidants familiaux se réduit et que la dépendance progresse, le besoin d’accompagnement deviendra incontournable. Selon les projections, le nombre de ménages utilisateurs pourrait croître d’un tiers d’ici 2050.

Cette tendance aura un coût élevé pour les finances publiques locales. Le Département, en première ligne sur la prise en charge de la dépendance, a déjà vu ses dépenses progresser de 25 % entre 2019 et 2023 pour atteindre près de 200 millions d’euros. À l’horizon 2050, elles pourraient être multipliées par 2,5. Un défi budgétaire majeur pour une société réunionnaise qui, si elle reste plus jeune que la moyenne hexagonale, doit dès aujourd’hui anticiper cette transition démographique inéluctable.

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :