Un Réunionnais de retour de Mayotte : « Je crois que je vais faire appel à un psy »

Une semaine après nous avoir décrit les scènes de chaos tout autour de lui à Mamoudzou, un gérant d’hôtel réunionnais a été autorisé à prendre l’avion pour La Réunion. Il nous raconte ses conditions de vie de ces derniers jours.
Il a atterri à La Réunion ce lundi. Jérôme Loyher, propriétaire du Passamaïnty Lodge à Mayotte, a souhaité revenir dans son île au vu de la situation toujours aussi compliquée sur place, plus d’une semaine après le passage du cyclone Chido.
« Je viens d’arriver. Je n’ai plus de maison à Mayotte en fait », résume-t-il l’état dans lequel se trouvent tant d’habitants de Mayotte. Sans famille à Mayotte, sa demande de départ a été acceptée par la préfecture de Mayotte qui se charge de valider les demandes de départ au cas par cas. Une grille de sélection comportant des critères de priorité a été établie par les services de l’Etat.
Ne plus avoir de toit est devenu un critère de priorité pour quitter le territoire
Parmi ces critères, il y a l’état de l’habitat après le cyclone, la situation sanitaire, médicale et familiale du demandeur. Enfin, les non résidents et étrangers sont aussi prioritaires pour libérer les places d’hôtel qui pourront, de ce fait, servir à loger par exemple les renforts venus de La Réunion ou de métropole.
Dans son hôtel dévasté situé dans le chef-lieu de Mayotte, Jérôme Loyher a déblayé l’essentiel comme il envisageait de le faire la semaine dernière. Mais rester sur place devenait inutile. « Les experts m’ont dit que ça servirait à rien de rester car ils ne pourraient passer qu’en janvier », lui ont-ils assuré.
« Beaucoup de gens veulent partir », a-t-il pu observer car « c’était encore la cata ! Il n’y avait toujours pas d‘eau, toujours pas d’électricité ces derniers jours ». Seule réjouissance, le retour de l’eau au robinet ce dimanche 22 décembre comme l’avait promis le locataire du ministère de l’Intérieur.
Jusque-là, le Réunionnais avait puisé dans le stock de bouteilles qui devaient être servies à ses clients. « J’ai pu tenir plus de jours grâce au fait que j’avais un stock pour l'hôtel mais malgré ça, j’arrivais à court d’eau. Il restait 2 packs », dit-il.
Sur le plan émotionnel, l’entrepreneur sort bouleversé de cet épisode cyclonique qu’il a qualifié la semaine dernière de « bombe atomique ». « Je sors à peine du choc, je crois que je vais faire appel à un psychologue », évoque-t-il.
Fort heureusement, la vision d’horreur du millier de morts semble, à ce jour du moins, être une projection surévaluée et tant mieux. « Au niveau des morts, je ne pense pas qu’il y aura le millier de morts comme ils l’ont dit (ndlr : un chiffre qui avait été évoqué le 15 décembre par Bruno Retailleau) », estime le gérant de l’hôtel.
« Le travail de reconstruction est absolument phénoménal »
Sur place jusqu’à ce lundi matin 23 décembre, il partage la vision d’une lenteur d’intervention des forces publiques. « Ça prend du temps, beaucoup de temps et ça prendra encore beaucoup de temps ! Notre route a été dégagée qu’une semaine après le cyclone », explique-t-il.
II y a un autre aspect ignoré jusque-là puisque l’effort s’est porté sur les vies humaines, c’est l’impact sur la faune locale. « Ce qui m’a aussi choqué c’est l’état de la forêt. Je pense aussi aux makis, ils n’ont plus rien à manger. Ça va aussi être une crise écologique », avise-t-il.
Malgré le découragement des premiers jours, l’envie de reconstruire à Mayotte demeure intacte.
« Le travail de reconstruction est absolument phénoménal », livre-t-il sa vision pour l’ensemble du département. A titre professionnel, il a déjà pris attache auprès d’un architecte pour rebâtir, lorsque les conditions le permettront, son hôtel inauguré en décembre 2021. « On a déjà recommandé du matériel pour les chambres que je venais de faire pour au moins ouvrir une aile de l’hôtel au plus vite », est-il prêt à repartir au charbon.


