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Un Réunionnais voit son hôtel détruit à Mayotte : « Chido, une bombe nucléaire »

Ecrit par Ludovic Grondin – le lundi 16 décembre 2024 à 14H04
Un aperçu de l'hôtel le Passamaïnty Lodge avant et après chido


Jérôme Loyher en est certain. Gérant d’un hôtel à Mamoudzou, il estime n’avoir jamais vécu de cyclone de la puissance de Chido à l’île de La Réunion. 

« J’ai 42 ans, j’ai vécu Firinga, j’ai vécu Dina, j’ai vécu à peu près tous les cyclones à La Réunion, mais j’ai jamais vu ça ! C’était une bombe ! C’était incroyable. D’ailleurs, il ne reste plus rien. Je viens d’aller faire un tour en scooter, c’est dévasté ! », témoigne Jérôme Loyher, propriétaire du Passamaïnty Lodge à Mamoudzou, chef-lieu de Mayotte. 

Les images qu’il a prises (voir la vidéo plus bas) parlent d’elles-même. Le souffle destructeur de Chido a eu l’effet d’ « une bombe nucléaire », image-t-il son impression. 

"J’ai vu la mort"

Cette impression de puissance du météore s’explique selon lui par le fait que l’oeil de Chido est passé au nord de Mayotte avec les vents les plus violents générés tout autour de l’oeil du cyclone. « Ça s’est jamais arrêté au final. Ce n’étaient pas des rafales, ça été une heure et demi de vent de 250 km/h voire près de 300 en continu. J’ai eu la peur de ma vie. J’ai rarement peur mais là j’ai jamais eu peur comme ça. J’ai vu la mort », raconte-t-il sans détour.

Deux jours après ce passage dévastateur, son quartier se retrouve toujours sans eau ni électricité. Dans la continuité de ce décor apocalyptique, tous les magasins sont fermés. « La plupart sont dévastés », précise le gérant réunionnais. 

« Il commence à avoir des pillages aussi. Les maisons commencent à se faire piller. Les gens n’ont plus rien donc... On attend, on attend franchement les forces publiques parce que depuis le cyclone il n’y a rien et je ne sais pas comment ça va se passer. Je suis déjà en train d’empaqueter mes affaires. De toute façon je n’ai plus rien pratiquement. Il me reste une petite valise et voilà », explique-t-il désarçonné. 

"J’avais fait des réserves mais bon, on ne pourra pas tenir 20 jours non plus ! "

« On fait ce qu’on peut, il n’y a plus de station, plus d’essence. Donc même avec un groupe électrogène on se retrouve sans rien alors qu’on avait fait des réserves. Mais comme là ça fait trois jours, ça y est on arrive au bout des réserves d’essence pour le groupe électrogène. Heureusement que pour l’eau j’avais fait des réserves mais bon, on ne pourra pas tenir 20 jours non plus ! », donne-t-il la mesure de l’urgence qui attend les autorités publiques pour 320.000 habitants et plus d’une centaine de milliers de clandestins.

En allant observer aux alentours de son hôtel ce matin, Jérôme Loyher a pu constater l’ampleur du désastre. « Dans mon quartier il n’y a que des maisons en dur et pourtant il n’y en pas plus une qui a son toit. Il y a trois barges échouées dont une échouée devant l’hôtel, dans la mangrove. Sur le port de Mamoudzou il y a peut-être 150 à 200 bateaux empilés. Des voitures et des camions se sont retournés carrément. Ma voiture a bougé de 5 mètres et elle est complètement explosée. On dirait vraiment une bombe nucléaire. Et là où il y avait des bangas sur les collines, il y a maintenant des trous, on dirait que c’est comme après un crash d’avion, avec plein de choses éparpillées. C’est incroyable, tout est par terre ! » partage-t-il cette vision saisissante.  

"Préparés ou pas, ça aurait fait pareil à La Réunion"

Au milieu des débris, les bandes de jeunes commencent à se servir, en nourriture et en eau évidemment mais aussi en bout de bois et autres matériels qui peuvent servir à reconstruire un abri. « Ils récupèrent tout. Tout ce qui est récupérable, ils le prennent », remarque l’entrepreneur réunionnais qui a ouvert son hôtel fin 2021. 

« L’hôtel est complètement rasé. Je vais le reconstruire, je garde quand même espoir. J’espère qu’on va être aidé par les assurances et par l’Etat parce que sinon c’est fini », ajoute-t-il en cas de perspective pessimiste. 

Malgré le sentiment que « tout le monde est un peu paumé » et qu’aucune autorité publique n’ait été aperçue jusque-là puisque « ce sont les gens qui coupent les branches pour dégager les routes, tout le monde s’aide. Il y a quand même une forme d’unité entre les gens qui s’est créée », trouve-t-il admirable en pareille situation de chaos. Et le pire est sans doute à venir au vu des déclarations du préfet de Mayotte dimanche soir. François-Xavier Bieuville a affirmé redouter "plusieurs centaines" voire "quelques milliers" de morts.

« Vu l’état des bangas, il y a aussi beaucoup de gens qui ne retrouvent pas encore leur famille. Il y a aussi un monsieur qui était resté sur son bateau. On ne le retrouve plus, ni lui ni son bateau. Il y a encore beaucoup de découvertes qui vont être faites c’est sûr. Dans les décombres il doit y avoir du monde malheureusement », avise Jérôme Loyher qui évoque également ce qu’un cyclone de niveau alerte violette aurait produit à la Réunion. 

« Ce n’est pas une question de manque de mémoire collective sur les cyclones à Mayotte. Là ça été la puissance du phénomène. Préparés ou pas, et même à La Réunion, si on avait pris ça, ça aurait fait pareil, ça aurait rasé. A 250 km/h il n’y plus rien qui tient ! »

Etiquettes : Cyclone Chido | Mayotte

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