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Un policier filme un suspect menotté dans une voiture de la BAC : la vidéo fait polémique, une enquête de l'IGPN ouverte

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 15 mai 2026 à 19H08
Photo d'illustration

Mardi dernier, un équipage de la BAC Territoriale a menotté puis filmé un suspect dans son véhicule d'intervention. La vidéo, postée sur Facebook, fait polémique sur les réseaux sociaux et au sein même de la police. Une enquête administrative a été ouverte, confiée à l'antenne locale de l'IGPN. Décryptage.

La vidéo, postée sur Facebook puis révélée le jour de l'Ascension par Antenne Réunion, est montée en flèche sur les réseaux sociaux. Le succès ne pouvait être qu'au rendez-vous. A l'image, en gros plan, apparaît d'entrée de jeu un visage familier aux yeux des policiers mais aussi de certains délinquants qui ont pignon sur rue dans le chef-lieu. 

Pour les premiers, le major Alexandre V. force le respect. Le “baqueux” est dépeint comme “un bon vivant”“un déconneur” et “un sportif” mais surtout comme “un policier qui a beaucoup de belles affaires à son actif”. C'est pour cette raison qu'il a été promu chef de la BAC Territoriale dès sa création en juillet 2025.

“Le shérif de Bois-de-Nèfles”

Un service d'intervention à compétence départementale, créé à grand renfort de publicité par le préfet Patrice Latron et la Direction départementale de la police nationale. Forte depuis lors d'une quarantaine de fonctionnaires, cette unité d'élite a d'ailleurs fait ses preuves, enrayant le phénomène des bandes violentes et portant de rudes coups au trafic de drogue sur l'île.

Aux yeux des seconds, les délinquants donc, le major Alexandre V. jouit là encore d'une solide réputation en rapport avec son tableau de chasse long comme la ravine Patate à Durand. Dans le quartier du Chaudron, son terrain de jeu pendant plusieurs années au sein de la BAC de jour, le flic à la silhouette massive et au visage mangé par une épaisse barbe est une figure emblématique, redoutable d'efficacité. Et redouté tout court. A tel enseigne que “les gars l'ont surnommé le Shérif de Bois-de-Nèfles”, rapporte un policier.

“Allez Dobaï en direct !”

Sur la vidéo tournée mardi dernier et livrée sur Facebook, le major s'improvise caméraman puisqu'il apparaît derechef en mode selfie. Il prend immédiatement la parole pour donner le “la” au suspect en cours de transfert au commissariat et qui est assis à ses côtés sur la banquette arrière du véhicule de police. Un artiste local dont le nom de scène est “Dobaï”.

Allez Dobaï en direct ! Allez Dobaï !”, lance le policier, visiblement très en forme. Les internautes découvrent alors de profil la deuxième tête d'affiche du court métrage. Un artiste local, connu pour avoir sorti deux ou trois morceaux au succès somme toute modeste. L'homme, semble-t-il en prise avec les paradis artificiels, enchaîne en poussant la chansonnette a cappella.

L'enquête confiée à l'antenne IGPN à La Réunion

L'objectif du téléphone balaie l'habitacle du véhicule pour s'attarder sur les menottes de celui qui a été retrouvé en possession de “dou”, une trentaine de grammes. Ce qui semble indiquer que l'on est au-delà d'une simple consommation de drogue. “Et, mi vend de l'ecsta !”, coupe le policier qui reprend la vedette avant de braquer à nouveau son portable en direction du suspect. Manifestement perché, celui-ci continue de pousser la chansonnette d'une voix chevrotante. 

Dès qu'elle a eu connaissance de l'existence de la vidéo, postée sur Facebook puis livrée presque brut de décoffrage sur Antenne Réunion, la direction de la police nationale a ouvert une enquête administrative, confiée au Bureau de la discipline et de la déontologie. Il s'agit ni plus ni moins de l'antenne IGPN de La Réunion qui compte moins de cinq fonctionnaires de police dans ses rangs.

“Une affaire sur fond de discorde et de jalousie”

L'enquête devra d'abord se pencher sur le degré de responsabilité du policier qui a filmé la scène et sur la gravité de sa faute présumée. “On survit”, commente d'emblée un policier interrogé à propos de cette vidéo devenue virale sur la toile. A Malartic comme dans d'autres services décentralisés, beaucoup estiment que “la vidéo a fuité à dessein sur les réseaux”.

Plusieurs hypothèses sont avancées. L'une évoque une vengeance sur fond de mutation professionnelle. “Il aurait fait muter des mecs de la BAC”, explique une source anonyme. Une autre parle de la volonté “de le faire tomber pour prendre sa place”“C'est une affaire sur fond de discorde et de jalousie”, estime un troisième policier. “Ce sont sûrement de mauvaises raisons, peut-être une vengeance. Ça a peut-être déplu à certains qu'il prenne la tête de la BAC T et puis il n'a peut-être pas donné raison à certains de ses collègues...”, avance un proche d'Alexandre V.

“Cette vidéo pose la question de la dignité de la personne qui est menottée”

Quelle que soit la raison avancée par les uns ou les autres, le dénominateur commun de cette fuite serait lié à son appartenance syndicale. Le major n'est pas seulement à la tête de la BAC T. Il est aussi délégué du syndicat Alliance Police. Majoritaire à La Réunion, celui-ci est à l'origine de la création de cette unité d'élite à laquelle la direction, tout comme la préfecture, a donné son feu vert. “Le syndicat Alliance a été le fer de lance de la BAC T alors cet incident a peut-être pour but d'impacter indirectement le syndicat”, poursuit un soutien de l'auteur de la vidéo.

Il n'en demeure pas moins que cette vidéo interroge à l'heure où la société est en proie à la diffusion de messages ou de vidéos diffamatoires voire infamantes et même destructrices sur les réseaux sociaux. “Cette vidéo pose la question de la dignité de la personne qui est menottée”, note un policier.

“Il a donné le bâton pour se faire battre”

Bien que le major de la BAC T ait pu être la cible d'un règlement de comptes, un policier relève qu'il “a donné le bâton pour se faire battre en filmant un suspect dans ces conditions”. Et d'ajouter : “La vidéo parle d'elle-même...” Une mise en scène aux allures de trophée. 

Un soutien d'Alexandre V. estime que “la vidéo de l'interpellé sous effet pouvait servir à démontrer son état d'excitation si ça se passait mal et qu'il se rebellait”. Une mesure de précaution à l'en croire.

“L'homme qui est filmé est content de faire le buzz”

Le même fonctionnaire de police ajoute que les commentaires postés sur les réseaux sociaux sont “loin d'être négatifs”. Et d'ajouter : “L'homme qui est filmé est content de faire le buzz. S'il avait été malmené ou violenté, ça aurait été tout autre chose...” Sous-entendu que le policier lui aurait finalement presque rendu service en contribuant, bien malgré lui, à renforcer sa notoriété.

En tout cas, selon nos informations, cette initiative n'est pas du tout du goût du préfet Patrice Latron et de la procureure de la République de Saint-Denis qui auraient vu rouge en apprenant la nouvelle. L'autre question que soulève cette vidéo est celle de sa fuite sur Facebook. “Le plus inquiétant est le cas de celui ou de celle qui a diffusé ces images...”, conclut un soutien du policier incriminé.

Là encore, tout le monde sait qu'il s'agit d'un policier dont l'identité et la motivation restent à déterminer. Contacté, le secrétaire départemental du syndicat Alliance Police Nationale n'a pas souhaité commenter le fond de l'affaire. Il a simplement indiqué que "le syndicat soutiendra et accompagnera le collègue, adhérent et délégué, dans ses démarches concernant l'enquête administrative en cours".

Etiquettes : Police | Saint-Denis

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