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Une "Autoroute de l'eau" : le chantier colossal qui doit sécuriser l'approvisionnement dans l'Est

Ecrit par P.M. – le mercredi 1 juillet 2026 à 18H11
Saul Bras-Panon manquait ce matin sur la photo, Jeannick Atchapa évoque une invitation envoyée trop tardivement pour être présent (Sainte-Rose a participé à une réunion organisée avant la conférence).

Confrontée à des coupures d'eau récurrentes, particulièrement à Saint-André et Salazie, la CIREST a présenté ce mercredi sa feuille de route pour sécuriser durablement l'alimentation en eau dans l'Est. Entre investissements immédiats, renouvellement des réseaux, nouveaux compteurs intelligents et projet d'Autoroute de l'eau, les investissements nécessaires se chiffrent en centaines de millions d'euros.

Les coupures d'eau à répétition sont devenues l'un des principaux sujets de préoccupation des habitants de l'Est. Après les épisodes particulièrement marquants de 2024 et 2025 à Saint-André, la CIREST entend désormais passer d'une logique de gestion de crise à une stratégie de long terme.

Réunis ce mercredi au siège de l'intercommunalité, élus, sous-préfet de Saint-Benoît et services dédiés ont présenté une programmation d'investissements s'étalant jusqu'en 2032, avec une ambition affichée : rattraper plusieurs décennies de "sous-investissement" dans les infrastructures hydrauliques.

« Notre territoire accuse un retard historique en matière d'infrastructures hydrauliques. Pendant plusieurs décennies, les investissements n'ont pas été réalisés à la hauteur des besoins. Les réseaux ont progressivement vieilli, leur renouvellement n'a pas suivi et les capacités de production n'ont pas suffisamment été diversifiées », a résumé en introduction le président de la CIREST, Joé Bédier.

L'élu estime que le changement climatique et les épisodes de sécheresse viennent accentuer une situation déjà fragile.

« Face à cette réalité, il n'y a plus de débat. Il y a désormais une responsabilité collective : celle d'apporter des réponses durables à nos habitants », lance le président de l'EPCI.

Cela alors que la situation est déjà critique sur fond de sécheresse précoce.

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Plus de 100 millions déjà programmés

La CIREST dispose déjà d'un programme d'investissement important à travers son nouveau contrat d'exploitation signé avec la CISE, portant sur un montant d'investissement de 100 millions d'euros, rappelé ce matin.

À cela s'ajoutent les futurs financements nécessaires aux grands projets structurants. L'enjeu financier est considérable.

« Il va falloir trouver les financements pour mener à bien ces projets, notamment sur le moyen et le long terme, parce que selon les scénarios on varie entre 145 et 300 millions d'euros. Mais c'est indispensable et c'est une nécessité. »

Un dernier montant qui concerne le projet phare de future « Autoroute de l'eau ».

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L'Autoroute de l'eau, projet phare de l'Est

Au-delà des mesures immédiates, la CIREST regarde désormais vers l'horizon 2050 avec son projet d'« Autoroute de l'eau ».

Identifié à la fin de l'année 2024 sous la présidence de Patrice Selly, ce projet vise à capter la ressource là où elle est abondante afin de l'acheminer vers les zones les plus fragiles du territoire grâce à un vaste système d'interconnexions.

Joé Bédier a d'ailleurs tenu à saluer son prédécesseur : « Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Patrice Selly a été l'initiateur de ce projet, merci Patrice. »

Cinq scénarios sont actuellement à l'étude. Deux reposent sur la mobilisation de la Rivière de l'Est (en amont ou en aval) et trois sur de nouvelles ressources souterraines. Le coût est aujourd'hui estimé entre 18 et 29 millions d'euros pour une première phase de sécurisation, mais les projections globales évoquées lors de la présentation peuvent atteindre plusieurs centaines de millions d'euros selon les infrastructures finalement retenues. L'enveloppe nécessaire totale est chiffrée pour l'heure entre 150 et 300 millions d'euros.

Réparer, produire davantage et stocker plus

À court et moyen terme, la stratégie de la collectivité repose sur trois axes principaux : réduire les pertes en réseau, augmenter les capacités de production et renforcer les capacités de stockage.

À court terme, la première amélioration attendue concerne le forage de Ravine Creuse à Saint-André.

Sa mise en service renforcée est annoncée pour les prochains mois avec une augmentation des capacités de pompage destinée à soulager plusieurs secteurs alimentés par le réseau de Dioré.

D'autres projets suivront rapidement : trois nouveaux forages d'exploration à Saint-André, la réhabilitation du captage des Citronniers, la remise en état éventuelle des forages de Terre Rouge ou encore la construction du futur réservoir R5 de Dioré d'une capacité supplémentaire de 3.500 m³.

En parallèle, plus de 19 millions d'euros sont programmés pour le renouvellement des réseaux les plus vétustes de l'Est. L'objectif est de réduire les pertes d'eau sur des infrastructures parfois anciennes de plusieurs décennies avec des objectifs chiffrés chaque année dans le cadre du marché.

À noter que ce rattrapage est désormais devenu une obligation. La CIREST fait l'objet de trois mises en demeure de l'État : l'une pour la construction d'une usine de potabilisation à Sainte-Rose, une autre concernant la mise aux normes de la station d'épuration de Saint-Benoît (un contentieux que l'EPCI affirme avoir remporté), et une troisième portant sur l'extension de la station d'épuration du chemin de l'Étang, à Saint-André.

Un nouveau réservoir de 3 500 m3 doit notamment être construit d'ici 2028 à Dioré.

Moins de 1% des eaux souterraines mobilisées

La recherche de nouvelles ressources souterraines est un autre pilier de la stratégie de la CIREST. Plusieurs campagnes de forages sont programmées dans les prochaines années, en particulier à Saint-André où trois forages d'exploration doivent être réalisés en lien avec le BRGM. L'objectif est de diversifier les sources d'approvisionnement et de réduire la dépendance aux ressources superficielles, plus vulnérables aux épisodes de sécheresse. Des études sont également engagées pour évaluer le potentiel de réhabilitation de certains ouvrages existants, notamment les forages de Terre Rouge et le captage des Citronniers.

Une stratégie soutenue par l'État et le sous-préfet de Saint-Benoît, Fabrice Bonicel, alors qu'on estime que l'Est ne mobilise aujourd'hui que moins de 1 % de sa ressource en eau souterraine.

Autre priorité affichée : la sécurisation de la ressource à Bras-Panon qui ne dépend que du seul captage du Bras-des-Lianes via une interconnexion des réseaux avec Saint-Benoît. À terme, cette liaison doit permettre une gestion plus souple et plus solidaire de la ressource à l'échelle de l'Est, tout en renforçant la résilience du territoire face aux épisodes de sécheresse.

60.000 compteurs "intelligents" déployés

Autre volet majeur de la feuille de route : la généralisation de la télérelève.

Concrètement, près de 60.000 compteurs d'eau chez les particuliers seront progressivement remplacés par des équipements communicants capables de transmettre automatiquement les consommations.

Le déploiement a déjà commencé sur plusieurs communes et doit s'étendre à l'ensemble du territoire d'ici 2028. Pour les usagers, l'objectif est double : mieux suivre leur consommation et être alertés rapidement en cas de fuite.

Pour la CIREST, l'enjeu est également stratégique. Grâce aux données remontées en temps réel, les services pourront comparer précisément les volumes distribués et les volumes réellement consommés afin d'identifier beaucoup plus rapidement les secteurs où les pertes sont les plus importantes.

L'investissement représente à lui seul près de 5 millions d'euros.

1.500 récupérateurs d'eau de pluie

La collectivité souhaite également encourager les économies d'eau. Un programme doté de 500.000 euros prévoit ainsi la distribution de 1.500 récupérateurs d'eau de pluie à partir de 2027.

L'objectif est à la fois de sensibiliser les habitants à la sobriété hydrique et de développer des ressources alternatives pour certains usages domestiques comme l'arrosage ou le nettoyage.

Les modalités de distribution doivent encore être définies mais les secteurs les plus exposés aux coupures devraient être prioritaires.

Un appel à un "bonus" pour l'Est

Face à ces besoins de financements colossaux, les finances de la CIREST sont limitées. Le chef du service eau et assainissement, Laurent Jean-François, a rappelé que la marge de manœuvre tarifaire est limitée, la CIREST ne devant pas dépasser une ligne rouge en matière de poids de la facture d'eau, fixée à 3 % maximum du revenu moyen des ménages. Cela alors que la facture est déjà appelée à augmenter, de façon variable selon les communes.

Lire aussi : CIREST : qui va payer plus cher son eau ?

Dans son dossier, la CIREST affiche un impact sur la facture compris entre 0,08 et 0,31 euro par m³ en ce qui concerne la future Autoroute de l'eau.

Une contrainte qui renforce la nécessité de mobiliser des financements extérieurs.

Dans ce contexte, l'intercommunalité compte sur les aides de l'État, de l'Europe, de l'Office de l'eau, du Département, de la Région ainsi que sur des prêts de l'AFD ou de la Banque des Territoires pour boucler les plans de financement des futures infrastructures.

Le président de la CIREST réclame un « bonus Est », estimant que le territoire doit bénéficier d'un effort de solidarité et de rééquilibrage territorial pour financer les infrastructures structurantes dont il manque aujourd'hui.

« L'Est ne demande pas un traitement particulier. Il demande simplement de disposer des infrastructures indispensables à son développement », a plaidé Joé Bédier.

Etiquettes : Cirest | Eau | GU | Sécheresse

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