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CIREST : qui va payer plus cher son eau ?

Ecrit par Philippe Madubost – le jeudi 24 avril 2025 à 13H52

Ce soir, la Cirest devrait acter une hausse de ses tarifs de l’eau et de l’assainissement. En jeu : des investissements massifs pour fiabiliser le réseau et limiter les coupures. Une hausse qui ne touchera pas tous les usagers de la même manière. Pour certains, la facture va même baisser.

Nouveau conseil communautaire électrique en vue à la Cirest. Après la délégation du marché de l’eau et de l’assainissement à la CISE pour 12 ans et 200 millions d’euros lors du dernier conseil qui avait vu la majorité de Saint-André voté contre et ceux de l’opposition et de Bras-Panon s’abstenir, place désormais au sujet qui fâche (certains) : les nouveaux tarifs. Objectif affiché par la Cirest : investir pour mettre fin aux coupures d’eau à répétition. Mais si la Cirest promet une hausse « modérée », l’impact sera variable selon les communes.

Les investissements sont jugés « structurants et nécessaires » par l’EPCI après des décennies de sous-investissements par certaines communes dans les réseaux, la mise en eau de nouvelles ressources ou les capacités de stockage. S’il y a bien eu des investissements, ils ont été réalisés à marche forcée, car rendue obligatoire par l’Etat, mais uniquement vers la création de stations d’épuration et de potabilisation. Résultat : un accès jugé « inégal » à la ressource sur le territoire et une fragilité structurelle qui se paie à chaque épisode de sécheresse. Sur 12 ans, ce sont 112 millions d’euros pour l’eau potable et 44 millions pour l’assainissement qui sont fléchés par la Cirest. Et encore, l’enveloppe ne serait qu’un « minimum », argumente le responsable du service eau et assainissement de la Cirest, Jean-François Laurent.

Tableau de l’harmonisation des tarifs pour l’eau potable qui sera présentée ce soir au conseil (facture de 120 m3).

La promesse d’un service plus fiable

Pour prendre en compte le niveau de revenus des habitants de la Cirest, comptant parmi les plus faibles de France, la PPI se veut « prudente » et comprend un niveau « minimal » de taux de renouvellement des réseaux à hauteur de 0,75 % par an pour l’eau et de 0,5 % par an pour l’assainissement. Reste que pour beaucoup d’équipements, il n’y aura pas le choix de mettre la main à la poche. Certains sont de l’ordre de l’obligation réglementaire : la construction d’une unité de potabilisation à Saint-Benoît (10 millions d’euros), d’une autre à Sainte-Rose (5 à 6 millions d’euros) et la réhabilitation de celles de Salazie (3 à 4 millions d’euros). S’ajoute l’extension programmée de la station d’épuration de Saint-André (12 millions d’euros).

De nouveaux forages (Sévère 2, Bourbier-les-Hauts...) doivent aussi permettre de sécuriser l’alimentation en eau de Saint-Benoît et au-delà de Bras-Panon via une interconnexion à partir du forage d’Harmony. Le bienfait se fera sentir jusqu’à Saint-André, en permettant de soulager les prélèvements sur le captage du Bras des Lianes. Pour la plus grande ville de l’Est, une étude de faisabilité a été lancée en vue de remettre en eau le captage de Bras Citronnier, à l’arrêt depuis Fakir en 2018 (150 m³/h). La création d’un réservoir supplémentaire est aussi programmée sur le site de Dioré. Il permettra de gagner « quelques jours de ressources » en période d’étiage. Des essais sont par ailleurs en cours au niveau du forage Terre Rouge pour augmenter les débits. Des travaux sur le forage de Ravine-Creuse doivent, eux, déjà permettre d’augmenter la capacité de production de 100 m³/h d’ici un an. Ce qui devrait déjà permettre de limiter les jours de coupure. Si toutes ces nouvelles ressources devaient se confirmer, la Cirest espère pouvoir dégager un surplus de production à moyen terme, d’ici 4 à 5 ans, qui permettrait de passer les périodes d’étiage sans recours aux coupures ou alors de façon limitée. Une étude de faisabilité a été lancée en parallèle pour capter une partie de l’eau de la rivière de l’Est.

Une même harmonisation est prévue pour l’assainissement.

Le casse-tête de l’harmonisation

Actuellement, les habitants de l’Est ne sont pas égaux face au prix de l’eau : pour 120 m³ par an, un Salazien paie environ 300 euros contre seulement 100 euros pour un Panonnais. En assainissement, l’écart est encore plus flagrant : de 60 à 250 euros entre Sainte-Rose et Saint-Benoît. Des écarts qui se justifient par des niveaux de services très différents d’une commune à une autre selon que les investissements ont été faits ou non par le passé. Une harmonisation est donc prévue d’ici 2037. La Cirest promet de rester sous le seuil de « pauvreté en eau » (3 % des revenus d’un foyer), avec un tarif cible de 390 euros HT par an pour 120 m³ (eau et assainissement).

Gagnants : Salazie, Saint-Benoît, La Plaine...

Bonne nouvelle pour Salazie : les usagers verront leur facture d’eau potable baisser d’environ 100 euros par an. Les Bénédictins vont, eux, voir leur facture d’assainissement baisser d’environ 40 euros, et celle de l’eau rester stable. Même statu quo pour les Palmiplainois, avec une hausse modérée du prix de l’eau d’environ 25 euros (pas de service assainissement, comme à Salazie). L’augmentation prend une autre tournure pour Saint-André et Bras-Panon. Selon les tableaux fournis par la Cirest, la hausse serait de l’ordre de 32 % pour une facture de 120 m³ (eau et assainissement). Soit une augmentation d’une centaine d’euros par an et par foyer. L’équivalent d’une « barquette » par mois, se défend la Cirest, qui invite à faire la comparaison avec d’autres hausses comme celle du prix de l’électricité.

Un accompagnement social

Pour amortir le choc, un fonds d’aide de 2,65 millions d’euros est prévu sur la durée du contrat pour les foyers les plus modestes à payer leurs factures. Les gros consommateurs seront davantage mis à contribution avec une tarification progressive, tandis que les agriculteurs bénéficieront d’un tarif spécifique (0,75 €/m³). Reste à convaincre les élus. Lors du dernier conseil, Patrice Selly avait lancé un appel à la responsabilité : "Il appartiendra en responsabilité à chaque élu de dire si oui ou non le niveau actuel nous permet de faire les investissements nécessaires dont a besoin la Cirest l'avenir".

Bras-Panon veut des « compensations »

Pour Bras-Panon, Jeannick Atchapa va de nouveau s’abstenir : « La commune n’a pas eu le choix de rentrer dans ce choix de compétences de par la loi NOTRe qui s’est imposée avant mon arrivée. Nous héritons de cette situation et n’avons plus la main. Le principe du prix de l’eau unique va faire qu’il va augmenter chez nous automatiquement parce qu’il était le moins cher à Bras-Panon ».

Le maire met aussi en avant des investissements déjà réalisés par sa ville avec « le meilleur réseau de l’Est, ce qui veut dire que nous ne bénéficierons d’un minimum d’investissement si ce n’est l’interconnexion avec Harmony ». S’il ne votera pas contre, mettant en avant « l’intérêt de la continuation du service public », il fixe ses conditions et demande des « compensations » en faisant notamment de sa commune « une ville pilote sur la récupération des eaux pluviales en encourageant l’installation de récupérateurs d’eaux dans les foyers pour ainsi faire baisser les consommations ».

Une réunion est d’ores et déjà programmée avec l’Office de l’eau à ce sujet. L’élu demande également la mise en place d’un périmètre irrigué pour l’agriculture avec le Département et la sécurisation « réelle » de l’alimentation en eau.

À noter que l'augmentation sera progressive et étalée sur la durée du marché.

Pour les autres réactions, c’est à suivre.

Etiquettes : Cirest | Eau

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