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"Non, je n'ai pas tourné la page de la vie politique" : Déchue, Vanessa Miranville a-t-elle de nouvelles ambitions électorales ?

Ecrit par Propos recueillis par Lény-Huayna Tible – le dimanche 18 octobre 2026 à 06H34
Photo d'archives.

Six mois après avoir perdu son fauteuil de maire de La Possession face à Erick Fontaine, à l’issue d’un scrutin très serré, Vanessa Miranville était restée plutôt discrète dans les médias. Éprouvée par la défaite, l’ancienne édile revient en exclusivité pour Zinfos974 sur douze années de mandat, les blessures d’une campagne et les difficultés de l’après-mairie. Si elle reconnaît ne pas avoir suffisamment communiqué avec les habitants, elle conteste le traitement réservé à son équipe par la nouvelle majorité. Et prévient aussi : son histoire avec la politique est loin d’être terminée. Nouveau chapitre de notre série sur les femmes réunionnaises en politique.

La reverra-t-on en politique ? Battue de quelques voix lors du second tour des élections municipales de mars 2026, Vanessa Miranville a vu s’achever douze années à la tête de la commune. Depuis, l’ancienne maire a retrouvé son métier dans l’Éducation nationale du côté de Saint-Joseph (proviseure adjointe) et repris du temps pour sa famille, ses passions et la nature, tout en gardant un goût plutôt amer du dernier scrutin. Mais elle n’entend pas disparaître de la vie publique, bien au contraire.

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Désormais dans l’opposition, elle affirme vouloir représenter les plus de 7.000 électeurs qui ont voté pour sa liste, tout en évoquant les suites judiciaires engagées et les perspectives de son mouvement, Citoyens CREA (Citoyens de La Réunion en Action). Voire regarder bien au-delà des enjeux municipaux...

Zinfos 974 : Comment avez-vous vécu cette défaite aux élections municipales ?

Vanessa Miranville : Ça a été quelque chose qu’il a fallu accepter. Quand on met tout son cœur pendant douze ans pour servir une population, ne plus avoir, du jour au lendemain, l’opportunité de le faire, en tout cas en tant que maire, a été quelque chose de long à accepter émotionnellement, quelque chose de dur à vivre. Ensuite, il a aussi fallu reprendre une vie professionnelle, dans l’Éducation nationale, pour ce qui me concerne.

"Dur émotionnellement, dur à vivre"

Vous avez été battue de très peu lors des élections municipales. Comment avez-vous accueilli ce résultat ?

C’est un choc, parce qu’on se dit : "Un écart aussi faible, est-ce que c’est vraiment significatif du choix que font les Possessionnais ?" C’est rageant. On se dit qu’effectivement, s’il y avait eu davantage de participation (60 %, NDLR), les choses auraient été différentes. Il y a quand même 40 % des électeurs qui ne se sont pas exprimés.

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Si ces 40 %, ou au moins une partie d’entre eux, étaient allés s’exprimer, dans un sens comme dans l’autre, si chacun avait donné son avis, le résultat aurait pu être différent. Mais, en même temps, c’est aussi cela, le jeu de la démocratie : on a le choix d’aller voter ou de ne pas y aller.

Avez-vous éprouvé de la colère après cette défaite ?

Oui, j’en ai éprouvé, pour être honnête, dans les jours qui ont suivi. On est submergé par plein d’émotions : de la tristesse, de la colère, de la déception. Comme je le dis, je ne sais faire les choses qu’avec mon cœur, mon âme, mes tripes. Forcément, cela a été difficile de gérer tout ce tourbillon d’émotions.

Avec ma philosophie de vie, je me dis que les émotions négatives, de toute façon, ne font que du tort. Les choses doivent arriver comme elles doivent arriver, pour des raisons que l’on ne comprend parfois pas. Il faut aussi savoir accepter, apprendre de ces leçons et voir comment aller de l’avant.

"Je ne sais faire les choses qu’avec mon cœur, mon âme, mes tripes"

C’est ce que j’essaie de faire. Je me réadapte aussi à une vie qui me laisse beaucoup plus de temps pour moi, pour mes proches et pour une vie personnelle que j’avais dû mettre de côté pendant douze ans. Quand on est maire, on ne dépose jamais le costume de maire. On l’est vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

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Je retrouve aussi cette sérénité qui était plus compliquée à avoir quand j’étais maire. Maintenant, je regarde aussi quelles sont les suites possibles : le recours déposé devant le Conseil d'Etat (après la validation du tribunal administratif de l'élection d'Erick Fontaine, l'ancienne édile a saisi le Conseil d'Etat, NDLR) concernant les municipales. Avant de me tourner vers d’autres échéances électorales ou d’autres implications citoyennes dans lesquelles je me suis engagées.

Avez-vous tourné la page de la vie politique municipale ?

Non, je n'ai pas tourné la page de la vie politique et de la vie politique municipale, dans le sens où nous sommes malgré tout élus de la minorité. C’est vrai que mon équipe et moi gardons cela à l’esprit tous les jours, en nous disant qu’il y a quand même eu presque la moitié des Possessionnais qui ont voté pour notre liste.

Nous nous devons donc de représenter ces plus de 7.000 électeurs, en donnant notre position et en étant vigilants sur l’actualité de la commune.

"Avec la nouvelle majorité, nous sommes assez muselés, on nous empêche de nous exprimer"

Par exemple, en ce moment, il y a la question des incivilités, qui sont en train de devenir très inquiétantes dans le quartier de Moulin-Joli, les grands projets d’aménagement de la ville, le front de mer de La Possession, sur lequel nous avions un beau projet, Cœur de Ville, qui est le projet de centralité du centre-ville.

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Où en sont ces projets ? Quelle va être la suite ? Les Possessionnais ont le droit de savoir. Nous avons vraiment à cœur d’incarner ce rôle-là, même si, avec la nouvelle majorité, nous sommes assez muselés, on nous empêche de nous exprimer.

Comment avez-vous vécu précisément la soirée des résultats et les premiers conseils municipaux avec la nouvelle majorité ?

Ce qui s’est passé à La Possession ce soir-là était, pour moi, complètement choquant. Je n’ai même pas osé retourner en mairie, tellement il y avait des réactions d’une grande violence verbale.

J’ai eu peur pour mon équipe et moi-même, notamment de violences potentiellement physiques, parce qu’il y a des personnes qui vivent une élection comme un combat, mais au sens vraiment littéral du terme.

"J’ai eu peur pour mon équipe et moi-même"

J’ai des élus qui ont été véritablement injuriés. Ce sont des choses que je regrette vraiment, parce que la démocratie, ce n’est pas cela. Heureusement, les choses se sont un peu apaisées avec le temps.

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Le premier conseil municipal auquel j’ai assisté, le nouveau maire a de nouveau été très humiliant à mon égard. C’est pour cela que j’ai dû m’adresser au préfet, afin qu’une autorité supérieure puisse lui rappeler ses devoirs en matière de respect de la démocratie et de respect de la minorité. Depuis, les choses se sont un peu aplanies.

Avec le recul, quel est votre principal regret après ces douze années à la tête de la commune ?

C’est délicat de dire de quoi on est fier ou de quoi on l’est moins, parce qu’il y a autant de points de vue que de personnes. À titre personnel, je ne parlerais pas d’erreur, mais plutôt de regret. C’est peut-être de ne pas avoir su mieux communiquer directement avec les citoyens pour réussir à leur expliquer les choix que nous avons pu faire. Je le dis clairement maintenant, avec le recul.

Avez-vous eu le sentiment que votre âge et le fait d’être une femme ont joué contre vous dans votre mandat ?

Je pense encore davantage au fait d’être jeune qu’au fait d’être une femme. À mon avis, dans notre société, nous n’avons pas encore cette vision selon laquelle, indépendamment de son sexe ou de son âge, on peut avoir de la compétence et de la légitimité. Je l’ai beaucoup ressenti, surtout au début.

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Avec le temps, les gens se sont habitués à avoir une femme qui leur donne des directives. Certaines choses pour lesquelles on m’a reproché d’être autoritaire m’ont même valu d’être parfois traitée de "dictatrice" (sic).

"Mes opposants disaient que j’avais confondu l’élection municipale avec une élection de Miss"

Si un homme de 50 à 70 ans avait demandé exactement les mêmes choses, de la même façon que moi, on aurait dit qu’il a du charisme, de la poigne. Il y a une iniquité dans tout ce traitement. Je suis fière d’être une femme, d’avoir été une jeune maire et d’être une élue encore jeune par rapport à la moyenne d’âge de la classe politique réunionnaise. Il faut des équilibres, des personnes avec des regards différents et des parcours différents.

Je me souviens de ma première candidature aux cantonales de 2011 et cela a été repris pour les municipales de 2014 : mes opposants disaient que j’avais confondu l’élection municipale avec une élection de Miss. Ils disaient, en substance, que si je croyais qu’il suffisait de mettre un chapeau vert, parce que c’était ma marque de fabrique, et une petite jupe pour être élue, je n’avais rien compris.

Ce sont des remarques d’un autre âge, d’un autre temps. Cela m’a simplement choquée, en me disant qu’on en était malheureusement encore là. Nous sommes au XXIe siècle et nous en sommes encore à entendre ce genre de remarques quand on est une femme.

Quel conseil donneriez-vous à celle que vous étiez avant de devenir maire ?

Je lui dirais : "Sois forte et sois prête." Il y a plein de choses que je ne m’attendais pas à vivre, notamment sur le plan judiciaire. J’ai été accusée de harcèlement moral. Je dois dire que, moralement et psychologiquement, cela a aussi été un coup dur (l'audience devant le tribunal judiciaire est programmée vendredi 30 octobre, NDLR).

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Je suis quelqu’un qui a tellement à cœur d’être là pour les autres et de faire du bien autour de moi que ces accusations sont très difficiles à gérer émotionnellement. Sur un plan très pragmatique, il faut aller chercher des documents datant d’une dizaine d’années, retrouver le mail qui prouve que je n’ai pas voulu causer du tort à qui que ce soit. C’est une sacrée épreuve de vie.

"J’ai été accusée de harcèlement moral. Je dois dire que, moralement et psychologiquement, cela a aussi été un coup dur"

Cela fait aussi partie de la fonction d’élu. On prend le package et on le gère. Mais, en tout cas, cela fait grandir. En tant qu’être humain, toutes ces aventures et toutes ces expériences font avancer et nous apprennent aussi beaucoup de choses sur nous-mêmes.

Votre défaite signifie-t-elle la fin de votre engagement politique ?

Je crois que la politique et moi, c’est une grande histoire d’amour. Je pense vraiment avoir une mission à accomplir pour les Possessionnais, peut-être même pour les Réunionnais. Donc non, ce n’est pas terminé. Après, il va falloir attendre le bon moment, les bonnes échéances et avoir suffisamment mûri notre positionnement en tant que mouvement Citoyens CREA. Il faut voir vers quelles échéances nous nous projetons, mais aussi attendre les décisions de justice concernant le Conseil d’État et l’élection municipale, pour voir quelle sera la suite.

"Je pense vraiment avoir une mission à accomplir pour les Possessionnais, peut-être même pour les Réunionnais"

On ne peut pas avoir donné autant de son temps, de son énergie et de son cœur et se dire que c’est terminé, que la page est tournée. Il y aura d’autres formes d’implication, quelles qu’elles soient, pour que nous puissions continuer. Je dis "nous" parce que l’on me voit, moi, parce que je suis l’image de ce mouvement citoyen, ou l’image de La Possession pendant douze ans. Mais, en réalité, il y a toute une équipe derrière, des personnes qui, comme moi, ont envie de continuer à faire de belles choses pour les Réunionnais et les Possessionnais.

Comment avez-vous occupé votre temps depuis votre départ de la mairie ?

Moi, je n’oublie jamais les liens familiaux. Je n’ai plus mon père, donc ma mère est essentielle. C'est mon Zarboutan à moi. J’ai aussi une sœur, un frère, des nièces et un compagnon. Mon cercle familial est essentiel pour moi, parce que c’est ce qui me nourrit. J’ai aussi deux petits chats, dont je m’occupe avec beaucoup d’amour.

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Ensuite, il y a toujours ce que j’avais déjà pu dire auparavant, parce que cela n’a pas changé : c’est la musique, la danse et le chant. Mon grand plaisir, c’est de pouvoir enfin - parce que cela fait trois ans que je m’y attelle - jouer du piano et chanter en même temps. Je m’éclate là-dedans.

Après, il y a le sport et la nature, évidemment. Tous les jours, par exemple, comme je suis maintenant dans un lycée situé dans les Hauts, j’ai l’occasion de voir des fougères arborescentes, des ravines, etc. Je me rends compte de toutes ces choses, de la nature qui nous entoure, parce qu’avant j’étais une urbaine qui vivait beaucoup plus dans le béton. Je me dis : "Waouh, mais qu’est-ce qu’elle est belle, cette île !" Cela me donne encore de l’énergie pour essayer de préserver cette beauté que nous avons.

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