Transport sanitaire : les taxiteurs de La Réunion vont plaider leur cause auprès de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie

Les taxiteurs de La Réunion restent déterminés après la réunion en préfecture de ce vendredi 19 septembre. La convention nationale qui doit entrer en vigueur en novembre doit absolument être amendée, selon eux.
Pas d’action coup de poing prévue pour le moment malgré les rumeurs évoquant une opération escargot pour cette fin septembre. Les taxiteurs de l’île de La Réunion continuent de croire à une issue favorable grâce au dialogue.
Vendredi dernier avec le préfet Patrice Latron et le directeur de la Sécurité sociale Benoît Sério, ils planchaient sur l’application locale de la convention nationale des transporteurs sanitaires. Une convention qui a eu le don d'agacer la profession puisqu'elle y découvrait une nouvelle grille tarifaire au kilomètre de courses moins avantageuse et un forfait additionnel plus avantageux pour quelques grandes villes dans l'Hexagone là où les professionnels d’Outre-mer devront se contenter d'une version au rabais.
L’intersyndicale compte sur les prochains jours pour tenter de corriger le tir. Il faut dire que le contexte est peu favorable, avec des interlocuteurs - les ministres démissionnaires des Transports et de la Santé - pris dans la tourmente d'un remaniement tout proche, indique Hugues Atchy, président de la FNTI (fédération nationale des taxis indépendants). Mais une occasion de faire valoir leur situation devrait leur être donnée dans les jours qui viennent auprès d’un représentant de l’Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam), soit en visioconférence si la rencontre devait se dérouler mercredi prochain, soit en présentiel à Paris si cette réunion devait s’organiser vendredi prochain.
« En préfecture, l’échange a été très intéressant. On nous a proposé d’intervenir directement auprès de la Sécurité sociale nationale. Donc nous allons voir si l’Etat est prêt à entendre les doléances d’outre-mer car la convention, aujourd’hui, telle quelle est écrite, ne correspond absolument pas à la réalité des outre-mer », fait savoir Grégory Tréport, président du FRAT (fédération réunionnaise des artisans taxi) et porte-parole de l'intersyndicale qui réunit le SATR présidé par Stevens Hoarau et la FTI d'Hugues Atchy.
Grégory Tréport convoque l’exemple de leurs confrères de Mayotte qui « subissent déjà une baisse drastique de leur activité. Ça s’avère être une catastrophe chez eux ». idem en Guyane et Guadeloupe.
Le calendrier est très serré. D’ici le 8 octobre, les organisations professionnelles de France et d’outre-mer doivent signer la nouvelle convention auprès de la Sécurité sociale. Cette convention doit ensuite être signée par les entreprises du secteur jusqu’au 31 octobre pour une application au 1er novembre 2025.
Eviter d’en arriver au tri, entre courses rentables et celles non rentables
Alors que les transports sanitaires sont dans le viseur du gouvernement suite à un rapport de la Cour des comptes, Grégory Tréport lève le voile sur ce que pourrait donner une prise en charge demain si la convention restait en l’état.
« L’aspect tarifaire va influer sur la rentabilité, malheureusement, de la prestation, explique-t-il. Donc nous derrière en tant que gérants, mécaniquement on va devoir faire un choix sur la patientèle, entre les courses rentables et les courses non rentables. C’est cela qui va se passer. Derrière une course rentable ou non rentable, c’est quelqu’un qui a besoin de se faire soigner. Et on ne peut pas dire en France, parce que la course n’est pas rentable, que cette personne n’ira pas se faire soigner. C’est pas entendable. Nous on se bat aujourd’hui pour que ce tri n’arrive pas », prévient-il alors que les transports actuels sont déjà mutualisés, c’est-à-dire que plusieurs patients peuvent monter à bord du véhicule sur un même trajet. « Cette mutualisation existe déjà, avec parfois 3 ou 4 personnes transportées. Demain pour être rentable, il faudra faire monter huit passagers. Je vous laisse imaginer la précarité et le temps passé, surtout pour des gens dialysés ou en chimio », partage-t-il cette crainte.
Sur la question des éventuelles largesses de la profession telles que relevées par la Cour des comptes en juin dernier, le président du FRAT apporte comme éclairage que « le transport sanitaire n’est qu’un maillon de toute une chaine (médicale) qui s’est densifiée ». Il en tient pour preuve que des actes qui n’existaient pas avant le covid, comme ceux des tests PCR, ont généré des déplacements supplémentaires durant les années covid avant de permettre au patient d'accéder à un établissement de santé. Autre exemple à retenir selon lui, la densification de l’ambulatoire qui, mécaniquement, fait augmenter les besoins en transport de et vers les hôpitaux et cliniques.
85 000 personnes ont été transportées en 2024 à La Réunion par ces professionnels. 10% de la population est concernée par le transport sanitaire par taxi.
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Le transport en taxi c’est aussi, à l'échelle nationale cette fois, 60 000 entreprises, plus de 100 000 chauffeurs et employés. Bref, « une économie bien réelle qui réinjecte ses fonds dans l’économie française contrairement au système Uber qui capitalise dans les paradis fiscaux… », invite-t-il les décideurs à bien regarder ce que le système social perdrait en défiant cette profession.


