Sur l'île de Sainte-Marie, les acteurs du tourisme en quête de solutions pour gérer leurs déchets

Même si l'hiver austral n'est pas la meilleure période pour profiter des plages de l'île de Sainte-Marie, le fenêtre de juillet à août s'apparente à une bonne bouée de sauvetage pour les acteurs touristiques.
Le phénomène de migration des baleines à bosse participe en effet grandement à la renommée de cette minuscule île située sur la côté est de Madagascar, connue aussi sur le plan historique pour avoir été un comptoir de l'esclavage et un véritable repaire de pirates à la fin du XVIIè siècle. Huguette Bello n'a d'ailleurs pas manqué de visiter le cimetière Saint-Pierre, plus couramment appelé cimetière des pirates, lors de sa visite officielle à Madagascar en juillet dernier.
La présidente de la Région Réunion a arpenté Sainte-Marie durant le Festival des baleines et a rencontré les principaux acteurs politiques, économiques, touristiques et culturels, qui ont l'avantage d'être déjà rassemblés au sein d'une plateforme de concertation.
Si le sujet d'une liaison aérienne directe avec La Réunion a bien été évoqué, cet espoir apparaît encore inscrit dans un horizon lointain, notamment parce que la compagnie Air Austral, en cas de redressement de sa fragile situation économique, devrait en premier lieu « rétablir les lignes qu'elle a récemment supprimées, avant de songer à en créer de nouvelles », selon les propos de François-Xavier Mayer, un important acteur touristique de l'île qui a pris part à certains échanges avec Huguette Bello.
Entre 20.000 et 25.000 visiteurs par an
Selon lui, la piste de Sainte-Marie ne serait de toute façon pas dimensionnée pour les A220 de la compagnie réunionnaise, et pourrait uniquement convenir aux ATR de sa filiale Ewa Air.
L'homme, à la tête de l'hôtel de luxe Princesse Bora et connu sous le surnom de « Fifou », affrète des petits avions via sa compagnie Bora Fly pour certains de ses clients fortunés de Maurice ou de La Réunion. Il faut dire que la traversée par bateau en provenance de la grande île de Madagascar peut se révéler épique, depuis le port le plus proche de Sonierana Ivongo.
François-Xavier Mayer, qui a créé l'association d'observation et de protection des baleines Cétamada en 2005, accueille par ailleurs avec une certaine prudence les discussions menées sur le sujet de la gestion des déchets. Sainte-Marie, qui verrait passer entre 20.000 et 25.000 visiteurs par an, ne dispose d'aucun système de collecte, de traitement ou d'enfouissement des déchets.
Lors de la mandature de Joseph Sinimalé dans les années 2010, les élus politiques de Sainte-Marie avaient vu défiler sur l'île des représentants de l'ex-TCO de, au prétexte d'études et de projets dans le domaine. En l'absence de résultats, une nouvelle convention a été signée l'an passé entre le Territoire de l'Ouest et la Communauté urbaine de Sainte-Marie.
« Mettre en place un système d'exploitation qui soit pérenne »
L'ONG internationale Gret a été chargée de « réaliser un diagnostic initial de la situation » dont les premiers résultats montrent « une production significative de déchets végétaux, représentant 75 % du total » des déchets produits sur l'île, selon Ali Karimi, chargé de mission Coopération décentralisée au TO.
De ce constat est né le projet de valorisation des déchets végétaux en compost, lequel sera intégré ensuite dans la production locale de maraîchage. Ce qui permettrait en retour de fournir plus de légumes dépourvus de pesticide aux habitants et aux touristes. Deux étudiantes de l'université de La Réunion réalisent actuellement un diagnostic des besoins des maraîchers malgaches. D'ici septembre, le TO devrait déposer une note d'intention auprès de l'Agence française de développement (AFD) en vue d'obtenir un soutien financier via les fonds européens Ficol et Interreg.
« Pour les déchets plastiques, il faut qu'on réfléchisse comment on gère, car on ne peut pas recycler sur place. Il y aura un système de collecte, on verra comment car il faut que cela soit adapté à l'île et viable. L'objectif, c'est de mettre en place un système d'exploitation qui soit pérenne », assure Ali Karimi.
Le chargé de mission du TO veut éviter les promesses démesurées du passé, lorsque l'intercommunalité avait évoqué l'idée d'envoyer de vieux camions de collecte d'ordures à Sainte-Marie, sur une île où les routes, et même les quantités de déchets produits, ne justifient sans doute pas un équipement aussi lourd à entretenir. Ali Karimi cite plutôt comme inspiration l'exemple de la ville de Tulear, dans le sud de Madagascar, où les plastiques seraient collectés à bord de charrettes ou via des personnes circulant à VTT.
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