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"Stigmatisation des plus précaires" : à peine élu, ce maire signe un arrêté anti-mendicité et déclenche une onde de choc politique

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le mercredi 1 avril 2026 à 08H55
Photo d'illustration.

À Carcassonne (Aude), un arrêté anti-mendicité signé dans la foulée de l’élection municipale relance un débat brûlant sur la place des plus précaires dans l’espace public. Entre affichage d’autorité et mise à l’écart sociale, la décision interroge bien au-delà de l’Hexagone, jusqu’à La Réunion.

Il aura suffi d’un stylo, d’un arrêté, et d’une caméra. À Carcassonne, le nouveau maire RN (Rassemblement national) Christophe Barthès, élu le 29 mars 2026, n’a pas attendu pour imprimer sa signature. À peine installé, il interdit la mendicité dans certains périmètres du centre-ville, invoquant un "trouble à l’ordre public et une promesse de campagne tenue sans délai", comme le révèle nos confrères de la Dépêche du Midi.

Le geste est rapide, presque chorégraphié. Il est aussi ancien que la politique elle-même. Mais vient surtout rappeler que gouverner, c’est choisir ce que l’on rend visible et ce que l’on relègue hors champ.

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Les réactions politiques n’ont pas tardé à tomber, à la hauteur de la charge symbolique de la mesure. Du côté du maire, l’arrêté est présenté comme "une mesure de bon sens" destinée à "rétablir la tranquillité" dans certains secteurs du centre-ville.

En face, les oppositions dénoncent une décision brutale et ciblée. Certains élus parlent d’"une stigmatisation des plus précaires" quand d’autres accusent la municipalité de "s’attaquer aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté".

Dans le sillage, plusieurs voix associatives s’indignent également d’un texte qui "invisibilise la misère sans jamais la résoudre". Des formules tranchantes, révélatrices d’un clivage profond, où le débat dépasse rapidement la simple question de sécurité pour toucher à une certaine idée de la justice sociale et du rôle même d’une ville.

Ce type d’arrêté n’est pas nouveau. Il revient par cycles, au gré des alternances politiques et des inquiétudes sociales. Il rassure certains, indigne d’autres. Il simplifie en fait une réalité qui ne l’est jamais.

À ce titre, l’arrêté pris à Carcassonne pourrait bien se retrouver rapidement sur le banc d’essai du juge administratif. Car derrière l’effet d’annonce, tout dépendra de sa rédaction précise.

S’il vise de manière générale la mendicité, sans distinction de comportements ni justification circonstanciée, il pourrait s’exposer à une annulation. En revanche, s’il cible des situations clairement identifiées, dans des périmètres restreints et pour une durée limitée, il pourrait passer le filtre du droit, sans pour autant éteindre la controverse.

Vieille tension française

C’est toute l’ambiguïté de ces décisions. "Légalité ne signifie pas légitimité". Et même validé par un tribunal, un tel arrêté continuerait de poser une question politique essentielle, celle du traitement réservé aux plus fragiles dans l’espace commun.

À La Réunion, où les rues de nombreuses communes mêlent pauvreté réelle et solidarités discrètes, l’écho d’une telle décision résonne autrement. Ici, la mendicité n’est pas seulement un fait social. Elle est un visage, une voix, parfois un voisin. Elle dérange moins qu’elle n’interroge.

Mais derrière l’arrêté, il y a une vieille tension française. Celle qui oppose ordre public et dignité humaine. Sécurité et hospitalité. Propreté et présence des corps.

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La Ligue des droits de l’Homme ne cesse de le rappeler. Interdire la mendicité, ce n’est pas résoudre la pauvreté. "C’est la déplacer, la rendre invisible, la pousser ailleurs, souvent un peu plus loin, toujours un peu plus bas." Dans ses prises de position répétées, l’association dénonce des mesures "qui visent moins les troubles que ceux qui les incarnent".

On pourrait convoquer Michel Foucault, qui voyait dans la gestion des marges une forme de pouvoir moderne. Ou Hannah Arendt, pour qui la condition humaine commence précisément là où l’on accepte de voir l’autre, même dans sa fragilité.

La Ville, récit collectif

La question revient avec insistance. Une ville qui interdit la mendicité se protège-t-elle, ou se ferme-t-elle à ce qui la constitue profondément, sa part d’inachevé, d’inégal, d’humain ?

À Carcassonne, les oppositions politiques n’ont pas tardé à dénoncer "une mesure symbolique visant les plus précaires plutôt que leurs conditions de vie". En clair, un clivage partisan, où se joue aussi une forme précipitation. Mais peut-être aussi une manière de gouverner par signal. D’installer une autorité par le visible. D’occuper l’espace médiatique autant que l’espace urbain.

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À La Réunion, où les fractures sociales sont profondes et persistantes, la tentation pourrait exister. Nettoyer les centres-villes, apaiser les tensions, répondre à une demande d’ordre. Mais à quel prix symbolique ?

Une internaute l'a d'ailleurs rappelé : "Car une ville n’est pas seulement un espace à réguler. C’est un récit collectif. Et dans ce récit, la place laissée aux plus vulnérables dit quelque chose de notre horizon commun (...) Interdire la mendicité, c’est peut-être gagner en silence. Mais c’est aussi perdre une question."

Et les sociétés qui cessent de se poser des questions finissent souvent par ne plus savoir ce qu’elles regardent.

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