Cérémonie interdite à Sainte-Rose : une réunion de soutien autour de la famille, Tamij Sangam veut trouver une « porte de sortie »

En réponse à l'arrêté municipal interdisant la tenue de leur cérémonie tamoule, le président de l'association Tamij Sangam et une cinquantaine de personnes, dont plusieurs voisins directs, se sont réunis au domicile de la famille, au lotissement Adrien-Payet. Son président, Selvam Chanemougame, doit rencontrer le maire Michel Vergoz cette semaine pour tenter de trouver une "porte de sortie".
Quelques jours après le début de la polémique et la publication de deux arrêtés municipaux par la mairie interdisant des cérémonies religieuses dans un cadre privé, une réunion de soutien s'est déroulée samedi soir autour de la famille Ah-Yong Ablezot.
Selon le président de Tamij Sangam, Selvam Chanemougame, une cinquantaine de personnes ont fait le déplacement jusqu'au domicile de la famille, au lotissement Adrien-Payet, à Piton Sainte-Rose.
Parmi elles, cinq voisins directs ont signé un document dans lequel ils contestent l'existence de nuisances liées à la cérémonie organisée, rappelle la famille, une fois par an.
"Nous, soussignés, voisins immédiats de la chapelle située au 36 lotissement Adrien-Payet, Sainte-Rose, affirmons que ni les cérémonies ni le bruit des tambours ne constituent une gêne pour le voisinage. Enfin, nous affirmons que ces cérémonies ne sauraient être qualifiées de nuisances sonores", peut-on lire dans ce texte.
Pour rappel, la famille affirme que ses voisins les plus proches ne se plaignent pas de ses pratiques. Selon elle, les critiques proviendraient essentiellement de personnes vivant à l'extérieur du lotissement. Une version contestée par la municipalité et la SEMAC, qui font état de plaintes et de nuisances depuis plusieurs années.
La famille appelle de nouveau à la médiation
C'est vers Tamij Sangam, auteur d'un message de soutien à la famille cette semaine, que cette dernière s'est tournée pour demander de l'aide. Elle a sollicité son soutien dans une lettre adressée à son président.
Présent samedi soir, ce dernier espère désormais pouvoir jouer un rôle d'intermédiaire. Il doit rencontrer Michel Vergoz dans le courant de la semaine avec l'objectif de parvenir à une solution.
L'association espère trouver une "porte de sortie", alors que le conflit dépasse désormais la seule interdiction ponctuelle de la cérémonie. La famille est également sous la menace d'une procédure de déstruction concernant la petite chapelle construite dans sa cour et d'une possible résiliation de son bail. La mairie a en effet demandé à la SEMAC, propriétaire du logement, "d'aller au bout" des démarches engagées dès 2024, notamment concernant la déconstruction de l'édifice.

"Chacun à raison (...) C'est à chacun de faire un petit effort"
Pour le président de Tamij Sangam, cette affaire soulève une question plus large que le seul cas de la famille de Sainte-Rose. Il rappelle que les chapelles familiales construites dans les cours font partie de l'histoire religieuse et culturelle réunionnaise.
"Pendant longtemps, il était interdit d'en construire sur l'espace public. C'était une obligation pour échapper à l'interdiction et pouvoir pratiquer", explique-t-il. Mais avec l'expansion de l'urbanisation, certaines se retrouvent désormais au cœur de quartiers densément habités, provoquant parfois un "télescopage" entre la permanence des traditions et les attentes nouvelles du voisinage.
L'enjeu à ses yeux est désormais de concilier le maintien de traditions anciennes avec le respect de la vie d'autrui. "Il faut respecter leur foi et le lien qui les unit à leur religion", insiste-t-il.
Ce dernier lance un appel : "Ne nous réduisez pas au silence." Pour lui, dans ce dossier, "toutes les parties ont raison". "C'est le droit de cette famille d'être dans sa pratique de foi profonde", estime-t-il, rappelant que celle-ci s'exerce à son domicile et non dans un temple, "chaque famille ayant un lien étroit avec sa divinité".
"Les riverains aussi ont raison et ont droit à la tranquillité après une semaine de travail. Et le maire aussi a raison, en tant que garant de cette sérénité à l'échelle de sa population", poursuit-il.
Il rappelle dans le même temps que ces nuisances peuvent avoir "plusieurs origines". "Hier, il n'y avait pas que des malbars, toute La Réunion était là, c'était magnifique. Tout le monde s'est retrouvé pour prier".
Un "vivre-ensemble" au nom duquel il appelle chacun à faire "des concessions, c'est à chacun de faire un petit effort".
Au Petit-Brûlé, la cérémonie s'est "adaptée"
L'association s'est rendue ensuite auprès de l'autre famille visée par un arrêté municipal, au Petit-Brûlé. Cette dernière devait organiser une cérémonie relevant du culte malgache.
Elle a finalement maintenu sa cérémonie, mais en l'adaptant, "sans musique traditionnelle, avec uniquement des chants a cappella. L'article 3 de l'arrêté n'empêche pas la pratique du culte. C'est ce que nous avons fait, sans nuisances sonores", a témoigné la famille au micro de Réunion La 1ère.


