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Procès des marchés truqués du Sidelec : le DGS avoue une entente, mais nie toute corruption

Ecrit par  Léa Delaplace, à Paris – le samedi 24 mai 2025 à 06H05

Si l’entente commerciale n’est contestée par aucun des entrepreneurs, contraints de s’y soumettre pour mettre fin aux tensions avec le Sidelec, Yves Gigan, le directeur général des services, plaide y avoir participé pour la même raison. À la discrétion de Maurice Gironcel et d’autres absents au procès ? 

“On était dans une situation de blocage, j’ai fait de mon mieux pour que le marché passe. Comme un facilitateur”, se défend Yves Gigan. Le directeur général des services (DGS) du Sidelec s’est enfin expliqué, vendredi, devant le tribunal. Depuis l’ouverture du procès mercredi, l’homme est accablé par trois des prévenus, chefs d’entreprise ayant participé à ces pratiques anticoncurrentielles sur le marché public de l’électrification rurale. Avant d’engager l’audition, la présidente lui a laissé la possibilité de réagir. Yves Gigan lui a d’abord répondu par un long silence, puis a susurré que “beaucoup de choses ont été dites”. 

Le DGS reconnaît, sans détour, avoir déjeuné à plusieurs reprises en 2021 avec Jean-Michel Hypolite, l’ex-patron de Bourbon Lumière. Des têtes à têtes au restaurant avec le sous-traitant, ayant pour objectif de “démêler le vrai du faux” des factures surévaluées des entreprises candidates aux appels d’offres. Yves Gigan, qui se décrit comme très pris par sa fonction, n’aurait eu d’autres disponibilités que la plage horaire du déjeuner pour mener ces “rencontres techniques” avec celui qu’il dit découvrir plus tard être “l’interlocuteur”. Soit l’intermédiaire entre le fonctionnaire et les entrepreneurs de la SGER2 et Testoni Réunion.

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C’est toujours dans cette volonté de “comprendre le pourquoi du comment” de prix considérés exorbitants, que le prévenu partage ensuite des informations économiques confidentielles, sur clé USB, à l’ex-gérant de Bourbon Lumière. Puis, l’invite a participé à la conception du troisième appel d’offres pour attribuer le marché concerné. Le tout, dans une “démarche personnelle”, sous-entendu, sans accord ou directive de Maurice Gironcel, le président du Sidélec. Néanmoins, il précise l’avoir informé des premières suspicions d’entente… avant d’y prendre finalement part.

Des accusés absents

Aucune déclaration choc de la part d’Yves Gigan, donc, qui maintient, en quasi-totalité, ses précédentes positions. “Je n’ai pas, personnellement, demandé à qui que ce soit des contreparties par rapport au marché, conteste-t-il fermement les accusations de corruption à son encontre. Il nous arrive de mettre en relation des entreprises et des associations, qui cherchent un coup de main, mais ils gèrent ensuite eux-mêmes le sponsoring.” Car ce sponsoring aurait été une modalité, selon les prévenus entrepreneurs, des pots-de-vin prétendument demandés par le DGS, en parallèle de versements en espèces. “Je n’ai jamais reçu d’enveloppe de Mr Hypolite”, poursuit-il clairement. Les 13 500 euros retrouvés à domicile ne sont pas le fruit d’une manœuvre corruptive, mais “d’économies, constituées 50 euros par 50 euros depuis plusieurs années”. Une mentalité héritée de son père, agriculteur, lui ayant appris à “avoir toujours un peu de liquide”. À qui doit-on alors donner la casquette de menteur, quand chaque prévenu maintient fermement sa version ?  

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Si le fonctionnaire nie être au cœur de la machine, et explique ne pas connaître les intentions des chefs d’entreprises qui l’accusent, ce n’est pas Jean-Marc Testoni qui dira le contraire. “Les instigateurs du système ne sont pas présents dans ce procès, Fabrice C. (Carpin), le responsable des travaux du Sidélec sous les ordres d’Yvan D. (Dejean), le directeur de cabinet du Sidélec”, indique le président de l’entreprise éponyme, entendu comme témoin, sa société ayant déjà plaidé coupable. Les deux hommes ont déjà été cités à plusieurs reprises par les prévenus, notamment Fabrice C., aux manettes de la partie technique du marché public. Pour autant, ni l’un, ni l’autre n’est poursuivi. Et ce, malgré la demande adressée au Parquet national financier par Maître Rapady, l’avocat de Maurice Gironcel, visant à porter plus d'attention à Fabrice C. dans la procédure.  

Le “coup d’éclat”, selon certains, de Jean-Marc Testoni, aura eu pour effet de redonner le sourire à Maurice Gironcel, sans pour autant lui promettre la relaxe. Le maire, que tous pensaient voir à la barre hier, le sera finalement lundi, faute de temps. D’ici là, le dossier semble se résumer facilement… Le combat du mal contre le mal. 

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